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Pourquoi sommes-nous accros au sucre ?

Biologie, psychologie, environnement : voilà le cocktail explosif de notre addiction au sucre

Le sucre, omniprésent dans notre alimentation moderne, exerce sur nous autres, êtres humains (mais pas seulement !), une attraction puissante. Cette attirance quasi irrésistible est issue de mécanismes qui nous poussent à en consommer toujours plus, malgré les risques avérés pour notre santé. De l’obésité au diabète, en passant par les maladies cardiovasculaires et les caries dentaires, les conséquences d’une surconsommation de sucre sont aujourd’hui bien documentées. Pourtant, nous peinons à réduire notre consommation et celle-ci n’a jamais été aussi élevée. Cette contradiction apparente entre notre connaissance des risques et notre comportement révèle la complexité de notre relation à cet aliment.

Explorons les raisons biologiques, psychologiques et sociétales qui expliquent notre dépendance au sucre, afin de mieux comprendre pourquoi cette substance, autrefois rare et précieuse, est devenue un véritable enjeu de santé publique dans nos sociétés contemporaines.

Une prédisposition innée à la saveur sucrée

Notre attrait pour le sucre trouve ses racines dans notre évolution. Dès la vie fœtale, nous développons déjà une préférence pour le goût sucré. Inès Barkatou, dans sa thèse ; L’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé ; cite une étude de De Snoo : « l’injection dans le liquide amniotique d’un stimulus de goût sucré provoque une déglutition accrue du fœtus, ce qui a été interprété comme une réaction positive au sucre ». Même pas nés et déjà attirés ? Oui, en quelque sorte.

À la naissance, cette préférence se confirme. Ganchrow et ses collègues, cités dans cette même thèse, ont observé dans leurs recherches que les nouveau-nés manifestent une réponse positive, mesurable par des expressions faciales, à un stimulus gustatif sucré : « Ces expressions positives consistent en une élévation des commissures labiales, une succion des lèvres et des doigts, l’ouverture et la fermeture des lèvres, et la protrusion rythmique de la langue [NDLR : mouvement répétitif et volontaire de la langue qui sort de la bouche] ».

Cette prédilection innée pour le sucre aurait une valeur adaptative, qui a favorisé notre survie au fil des siècles. Comme l’explique Beauchamp, « il n’existerait pas dans la nature d’aliment qui soit à la fois sucré et toxique, tandis que de nombreux poisons végétaux ont un goût amer ». Le goût sucré servait donc de repère pour localiser les sources de glucose, essentielles au fonctionnement de notre organisme.

Quand le sucre pirate notre système de récompense

Au-delà de la simple préférence gustative, le sucre ne se contente pas de ravir nos papilles, mais active puissamment le circuit cérébral de la récompense. Il déclenche une libération de dopamine dans le cerveau, ce qui nous pousse à en redemander encore et encore. Serge Ahmed, neurobiologiste à l’Institut des maladies neurodégénératives, explique dans cet article de l’Inserm : « Nous avons montré que les rats préfèrent nettement l’eau sucrée à l’héroïne ou à la cocaïne en intraveineuse, aussi dosée soit-elle ! Ce résultat très robuste a été reproduit avec de la métamphétamine aux États-Unis. Il démontre donc un potentiel addictif élevé ».

Chez l’humain, l’imagerie cérébrale révèle que la consommation de sucre active les mêmes zones que les drogues à haut potentiel addictif. Le sucre déclenche ainsi un sentiment de plaisir et de satisfaction qui nous pousse à en consommer toujours plus. Comme le souligne Ahmed : « La dépendance n’est donc pas seulement au goût sucré, mais bien au sucre, dont le passage dans le sang crée du plaisir ».

De plus, le sucre agit à deux niveaux : d’abord sur la langue via les récepteurs gustatifs, puis dans le cerveau par l’afflux de glucose sanguin. Cette double stimulation renforce par conséquent son pouvoir addictif. La dépendance n’est donc pas simplement liée au goût sucré, mais bien à l’effet physiologique du sucre sur notre organisme.

Une omniprésence qui renforce l’addiction

Si notre biologie nous prédispose à aimer le sucre, notre environnement moderne exacerbe cette tendance et ce dernier est devenu omniprésent dans notre alimentation, bien au-delà des simples bonbons et autres sucreries. Cette étude de 2017, parue dans la National Library of Medecine révèle que « deux tiers des produits pré-emballés étudiés contiennent des sucres ajoutés ». On le retrouve dans la grande majorité des produits transformés, même salés, où il joue un rôle d’exhausteur de goût ou de conservateur.

L’industrie agroalimentaire exploite notre attirance naturelle pour le sucre en l’ajoutant massivement à ses produits. Pascale Modaï, nutritionniste et addictologue, souligne : « Beaucoup de patients, sans avoir de troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie…), se plaignent de ne pas résister à des aliments sucrés comme les bonbons, ou gras et sucrés comme le chocolat ou les biscuits. Leur comportement correspond aux symptômes des addictions […] L’obésité peut être une conséquence de cette perte de contrôle, mais attention à la démagogie, il est trop facile de dire au patient qu’il doit éviter les excès quand on n’a pas de solution à lui proposer ! Ces messages d’information publique sont inutiles et le stigmatisent. Il sait bien que manger trop sucré est mauvais et il voudrait arrêter ! Mais l’alimentation est pour beaucoup une source de plaisir facilement accessible. C’est pourquoi cette addiction touche tant de gens dans un climat général très anxiogène ».

Les techniques de marketing rendent ces aliments ultra-disponibles et attirants, notamment pour un public vulnérable : les enfants. Cette surabondance de sucre dans notre environnement rend le sevrage très difficile. Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, note : « Distributeurs sur les quais de gare ou de métro, achats par Internet…, tout est en accès permanent, d’un simple clic ».

Nous associons, de plus, souvent le sucre à des moments de plaisir ou de réconfort depuis l’enfance : anniversaires, fêtes, goûter au retour de l’école, grignotage devant Netflix, etc. Cette composante émotionnelle renforce encore plusson pouvoir addictif. Dans un contexte de stress ou d’anxiété, beaucoup se tournent vers des aliments sucrés pour se rassurer, créant un cercle vicieux difficile à briser. Notre dépendance au sucre est donc le résultat d’une alchimie complexe, où s’intriquent des facteurs très diversifiés, depuis les racines de notre évolution jusqu’aux pratiques douteuses des industriels. Ironique, n’est-ce pas ? C’est ce qui nous réconforte le plus qui finit parfois par nous détruire : un paradoxe classique de la nature humaine.

  • Notre attirance pour le sucre commence dès la vie fœtale et a évolué pour nous aider à identifier des aliments sûrs et énergétiques.
  • Le sucre active les mêmes circuits cérébraux que certaines drogues, créant une dépendance renforcée par son omniprésence dans notre alimentation.
  • Le sucre est lié aux moments de réconfort et de plaisir, exacerbant l’addiction, dans un environnement où il est très facilement accessible.

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Par : Gouvernement français
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3 commentaires
3 commentaires
  1. Le sucre est une drogue. On apprend également que les maladies qui lui correspondent sont les mêmes que que celles que l’on subit par les pollutions atmosphériques…
    De fait ces dérèglements sont issus de profits industriels criminels.
    On cherche donc une solution je crois.

  2. Après trois semaines – difficiles – d’abstinence, le désir de sucre de sucre diminue fortement mais nos amis et notre famille nous font replonger rapidement.

  3. Le sucre étant essentiel au cerveau entre autres il convient de le diluer. Juste comme un poison que l’on découvre inoffensif à petite dose homéopathique. Donc un sucre, une bouteille d’eau. Secoué et boire 1 verre par jour. Manger fruits, légumes, viandes. Hors pâtisseries sucrées ou salées. Un verre de vin de temps à autre et surtout fruits rouges framboise, mûrs, groseille, compotes maison sans ajout du moindre sucre industriel et chimique. Ensuite marcher à pieds et faire du jardin et avoir des amis qui servent le même schéma. Rassurez-vous tout cela est remboursé par la sécurité sociale. Les frais sont pris en charge par les industriels qui viennent de décider de rembourser le trou de santé et d’arrêter leurs usine pour une plus grande participation à la réduction du réchauffement climatique. Les usines ainsi stoppées serve à préparer des des cageots de légumes pour les salariés qui n’ont plus de salaire mais qui peuvent fair du jardin autour de l’usine et construire des cabanes pour y vivre avec leurs familles. Il y aussi des écoles et des terrains pour jouer au foot. Vous pouvez visiter près de Dijon une ville qui fonctionne déjà comme ça à Arc-et-Senans. Pour s’émanciper du sucre ils ont produit du sel ! Bon ils le vendent et ils organisent des concerts et des expos. Ensuite vous pouvez aller voir les moines dans les abbayes c’est assez jeunes et chantant. On peut y dormir et manger du fromage/salade à moindre coût. Bref…
    Plutôt que de choisir vos vacances sur catalogues avec départ en avion/bus et buffet à volonté plein de sucre et d’alcool… Essayé le repos et la découverte des bois, plein de surprises près de chez vous. Trouvez une petite clairière au calme et construisez une petite cabane. La loi va bientôt changer et ce sera permis de le faire à la condition de rester propre et respectueux des lieux. Au fait je crois que c’est un choix politique en prévision des bouleversements catastrophiques dû à notre existence irresponsable depuis qu’on mange du sucre dans tout. Donc voilà que ça peut changer.

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