Ces dernières années, la Chine a pris les devants dans la robotique, jusqu’à dominer complètement certains de ses domaines, comme les robots humanoïdes. Des automates qui font le spectacle : certains, comme le Tiangong Ultra, courent à la vitesse de l’éclair, d’autres participent, à leur manière, au Nouvel An lunaire. Les entreprises concevant ces machines qui nous ressemblent se sont multipliées comme des petits pains en moins de cinq ans. Unitree, AgiBot / Zhiyuan Robotics, XPeng, UBTech Robotics, Fourier Intelligence, LimX Dynamics ou DEEP Robotics, toutes profitent des généreuses enveloppes de l’État chinois. La robotique est désormais l’une des priorités stratégiques nationales de Pékin, et l’une des composantes de son soft-power.
Mais le pays n’avance pas uniquement sur les humanoïdes ; ses progrès en matière de robots d’assistance médicale sont tout aussi spectaculaires. Le 6 septembre, au sixième centre médical de l’Hôpital général de l’Armée populaire de libération chinoise, une équipe de cardiologie a réalisé la fermeture percutanée d’une malformation cardiaque congénitale sur un homme de 48 ans, en s’appuyant sur un système robotique échographique dirigé par intelligence artificielle. Une prouesse technologique inédite à l’échelle mondiale, confirmée après une recherche d’antériorité menée par un organisme accrédité.
Colmater le cœur : un travail d’orfèvrerie médicale
Bien que qualifiée de « mini-invasive » en comparaison d’une chirurgie à cœur ouvert, cette procédure demeure hautement technique et exige une grande maîtrise de la part du cardiologue interventionnel. Il doit insérer un cathéter dans un vaisseau sanguin pour le faire remonter jusqu’au cœur afin d’y déployer une prothèse d’occlusion. Un petit dispositif servant de « bouchon » qui scelle une brèche dans la paroi séparant deux cavités du cœur, à travers laquelle une partie du sang reflue. Avec les années, cette malformation fatigue le cœur et surcharge les artères des poumons, ce qui peut provoquer, à long terme, une insuffisance cardiaque ou une hypertension pulmonaire.
L’une des principales difficultés réside dans le guidage du cathéter : le praticien ne voit pas directement le cœur et doit progresser en combinant la fluoroscopie (rayons X) et l’échographie transœsophagienne, deux modalités d’imagerie complémentaires qui exigent une concentration extrême pour interpréter les données en temps réel, ainsi qu’une habileté hors-normes.
Dans le cas du patient chinois, l’intervention a été entièrement automatisée : le système mis en place par l’équipe n’utilisait pas de rayons X, mais des ultrasons, biologiquement inoffensifs puisqu’ils ne produisent aucune radiation ionisante (ce sont les mêmes que ceux utilisés pour suivre un fœtus pendant une grossesse).
Grâce à son algorithme intégré, il a pu reconnaître toutes les structures anatomiques de l’organe pour repérer la malformation et a guidé le cathéter jusqu’au déploiement de la prothèse, en corrigeant continuellement les mouvements du bras robotisé.
Ses concepteurs qualifient ce fonctionnement de « coordination intelligente bidirectionnelle » : en plus d’analyser l’imagerie pour commander le robot, il utilise également les retours de ce dernier pour actualiser sa lecture des images échographiques. Un cardiologue interventionnel était bien présent lors de l’opération pour superviser, mais il a délégué entièrement la tâche au robot, avec succès.
Si, pour cette première, le système a été utilisé pour une intervention courante en cardiologie interventionnelle, l’équipe de l’Hôpital général de l’Armée populaire de libération chinoise aimerait étendre son application. Dans un communiqué, elle imagine déjà son potentiel ailleurs : diagnostic d’urgence dans des contextes militaires, interventions téléguidées à distance ou encore renforcement des structures de santé locales privées de spécialistes en cardiologie. Si l’Occident conserve encore une aura d’excellence en matière de recherche fondamentale (pour combien de temps encore ?), la Chine vient de prouver au monde entier que le leadership médical mondial se décrète également en dehors des grands amphithéâtres de Harvard ou du MIT.
- La Chine a réalisé une première mondiale avec une chirurgie cardiaque complexe effectuée par un mini-robot piloté par IA.
- La procédure, automatisée, a permis de traiter une malformation cardiaque avec une grande précision grâce à l’imagerie échographique en temps réel.
- Cette avancée illustre les progrès de la robotique médicale en Chine et son potentiel d’application dans divers contextes de soins.
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