Au pays de l’Oncle Sam, le prix du bœuf haché a atteint un sommet historique. Dans certaines villes, le kilo se monnaye à près de 14 dollars (environ 6,32 dollars la livre). Trois facteurs expliquent cette flambée : un cheptel de bétail au plus bas depuis que les données sont collectées, en 1973 ; une demande qui reste exceptionnellement forte ; et un fort engouement pour les régimes ultra-protéinés « La demande américaine est telle que le pays doit importer de plus en plus de viande, car sa production ne suffit plus à suivre », expliquait récemment Wesley Batista, l’un des dirigeants du géant brésilien JBS, premier groupe de transformation de viande au monde.
Le modèle alimentaire américain, fondé depuis l’après Seconde Guerre mondiale sur la notion d’abondance, s’effrite. Le pays vit aujourd’hui ce que l’Europe redoute : la fin d’une ère durant laquelle le steak saignait à volonté. L’Europe peut-elle éviter une crise de l’élevage comme celle qui frappe les ranchs américains ?
Un empire agricole rongé par sa propre démesure
L’Amérique, qui a longtemps nourri le monde, lutte aujourd’hui pour satisfaire la demande insatiable de ses propres citoyens. Dans les grandes plaines du Midwest, les sécheresses à répétition ont vidé les pâturages et ruiné les éleveurs. Les troupeaux ont ainsi fondu à vue d’œil : avec seulement 28,7 millions de têtes de bétail recensées au mois de juillet, le cheptel atteint son niveau le plus bas depuis 1973.
N’y voir qu’une simple crise passagère serait une grave erreur ; le royaume du barbecue et des fast-foods paie au prix fort l’échec de son modèle agroalimentaire, qu’il croyait indestructible : produire toujours plus, en pompant toujours davantage d’eau et en usant les sols.
Dans le même temps, les Américains n’ont jamais été aussi friands de protéines, dopés par la mode des régimes hyperprotéinés et la popularité des médicaments anti-obésité comme Ozempic ou Mounjaro. Ces traitements pourraient, selon certains experts, alimenter cet engouement pour les protéines. « Personne ne sait exactement quel est l’impact de ces nouveaux traitements, mais quelque chose se passe, car la protéine est devenue une véritable tendance », admet Batista.
Le premier producteur mondial de bœuf doit maintenant importer des tonnes de viandes de l’étranger, notamment depuis le Brésil, qui était pourtant son concurrent direct. Les importations américaines ont bondi de 91 % au premier semestre de l’année, malgré les surtaxes imposées par Donald Trump. L’Amérique s’alimente donc à l’étranger pour satisfaire sa propre boulimie ; quelle triste ironie pour une nation qui a bâti une partie de sa puissance sur le fameux mythe de l’autosuffisance agricole.
L’Europe à l’abri… pour l’instant
Sur le Vieux Continent, le marché du bœuf est beaucoup plus régulé et moins dépendant des aléas climatiques que connaît l’Amérique. Actuellement, l’Union européenne produit presque autant de bœuf qu’elle en consomme, avec un taux d’autosuffisance « proche de 95 % », selon la Commission européenne et les données d’Eurostat.
Contrairement aux États-Unis, la demande est surtout plus stable et tend même à légèrement baisser. Nous mangeons moins de viande rouge pour diverses raisons (économiques, sanitaires ou environnementales). Par exemple, en France, la consommation moyenne a chuté de près de 19 % en 20 ans. « La consommation de viande des Français est passée de 88,7 kg par habitant en 2003 à 83,5 kg en 2023 », selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, rapportés par Food Business.
Pourrait-on affirmer pour autant que nous soyons parfaitement à l’abri ? Non, les vagues de chaleur grillent déjà les pâturages du sud (Italie, Espagne, etc.), les étés torrides, de plus en plus fréquents, vident les nappes phréatiques et les réglementations environnementales mettent à mal les exploitations familiales.
Si la demande repartait ; ne serait-ce que sous l’effet d’un retour en grâce de la viande dans nos assiettes ou d’un simple rebond économique ; l’Europe pourrait à son tour se retrouver prise dans l’étau à moyen terme. Une production bridée, accompagnée d’une consommation qui repart, provoquerait, à coup sûr, une envolée des prix.
L’Europe a ralenti sa production au nom de l’écologie, sans mesurer pleinement qu’elle rendait nos assiettes plus dépendantes des autres producteurs. Au premier frémissement de la demande, elle n’aura donc d’autre choix que d’acheter au prix fort ce qu’elle ne produit plus. Dans une vision court-termiste, il y a ainsi peu de chance que l’Europe subisse le même dérapage américain : l’offre et la demande sont stables et la PAC (Politique Agricole Commune) veille au grain. Un équilibre qui tient autant aux subventions publiques qu’au climat, deux paramètres qui ne peuvent être garantis sur le long terme.
- Aux États-Unis, la combinaison de la sécheresse, d’un cheptel réduit et d’une forte demande fait exploser le prix du bœuf.
- En Europe, la consommation recule et la production reste encadrée, mais le système repose sur un équilibre fragile.
- Si la demande repart, la dépendance accrue aux importations pourrait rapidement faire grimper les prix.
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