Passer au contenu

Quand un animal « sourit », que veut-il vraiment exprimer ?

Et si on interprétait tout de travers ?

Si vous avez la chance d’avoir un chien dans votre quotidien, vous avez sans doute plus d’une fois eu l’impression que celui-ci souriait : gueule ouverte, dents apparentes et lèvres tirées en arrière. Certains animaux, comme le quokka (Setonix brachyurus), arborent même un sourire permanent. Toutefois, attention, derrière l’apparente simplicité d’un museau retroussé ou d’une gueule entrouverte se dissimule une palette d’émotions animales bien plus insaisissable que nos interprétations anthropomorphiques ne le laissent présager.

L’illusion du dauphin jovial

Le Grand dauphin (Tursiops truncatus), ce cétacé emblématique des océans, affiche perpétuellement ce qui nous semble être un sourire affable. La courbure caractéristique de son rostre, formant ce qui nous apparaît comme un sourire éternel, a longtemps alimenté les fantasmes d’une intelligence émotionnelle proche de la nôtre. Pourtant, cette expression n’est qu’une particularité anatomique, une simple courbure naturelle de sa mâchoire.

Cette physionomie distinctive, fruit d’une longue évolution adaptative, ne traduit toutefois pas nécessairement un état émotionnel particulier. Les études morphologiques démontrent que cette configuration anatomique, résultat de millions d’années d’évolution, répond avant tout à des impératifs de survie : optimisation hydrodynamique, efficacité dans la capture des proies et adaptation aux contraintes de la vie aquatique.

Dauphin
La morphologie du dauphin le contraint à sourire, ce qui lui donne cet air sympathique. © Pixabay / Pexels

Des chercheurs italiens et français ont néanmoins observé dans cette étude parue au mois d’octobre que ces mammifères marins présentent plus fréquemment cette expression typique lors de leurs interactions ludiques avec leurs congénères.

Les auteurs soulignent en revanche que le sourire de ces animaux peut en réalité servir à plusieurs fins, dont une très importante : la défense. Dans certains contextes, ce « sourire » peut signaler une forme d’avertissement ou de positionnement hiérarchique au sein du groupe.

Entre chien et chats

En 2017, une équipe de chercheurs britanniques, dirigée par l’Université de Cambridge, a entrepris une analyse des mimiques canines, publiée dans la revue Scientific Report. Ces derniers sont tombés sur cette conclusion : les interprétations que nous faisons des expressions de nos plus proches compagnons ne sont pas toujours les plus appropriées. Ce que nous interprétons communément comme un « sourire » chez les chiens, constitue généralement un indicateur d’anxiété ou de stress. Par ce geste facial, l’animal peut tenter de se calmer ou de se montrer soumis face à une situation qu’il trouve stressante.

Les félins, quant à eux, demeurent plus énigmatiques. Dans cette étude, elle aussi menée en 2017, des chercheurs se sont penchés sur le cas du chat domestique (Felis catus). En adaptant des algorithmes initialement conçus pour l’analyse des expressions faciales humaines, ces chercheurs ont développé un outil permettant de décoder objectivement les subtilités des expressions félines.

Chat
Il a l’air de faire la tête, mais son langage corporel est en réalité très varié. © howcheng / Wikipédia

Leurs travaux ont mis en évidence un répertoire émotionnel incluant la peur, la colère et la frustration (non, votre chat n’est pas tout le temps indifférent, malgré sa moue), mais aucune manifestation s’apparentant au sourire.

Quand l’homme projette ses émotions

Les recherches sur les grands singes offrent un éclairage particulier sur l’origine de nos expressions faciales. Le primatologue Frans de Waal a consacré ses travaux à l’étude des différentes significations du « sourire » simien. Cette expression à bouche ouverte, observée notamment pendant les moments où ces animaux jouent, constituerait un précurseur évolutif du sourire humain, sans pour autant porter la même charge émotionnelle.

Greg Bryant, chercheur en sciences cognitives à l’UCLA (University of California Los Angeles), compare notre tendance à interpréter ces expressions animales comme des sourires au phénomène de paréidolie. Celui-là même qui consiste à percevoir des formes familières, souvent des visages, dans des stimuli visuels aléatoires et ambigus. En d’autres termes, c’est cette tendance naturelle que nous avons tous à voir des visages dans les nuages, dans les textures, ou même dans les objets du quotidien.

Marc Bekoff, biologiste de l’évolution et éthologue animal, invite à la prudence, particulièrement dans l’interprétation des expressions canines : « Pour comprendre l’expression d’un chien, il faut considérer le contexte global : qui est présent ? Que se passe-t-il autour de lui ? » Cette anthropomorphisation excessive peut même s’avérer préjudiciable pour nos animaux de compagnie. Bryant souligne qu’un chien attend de son maître qu’il assume un rôle de leader, et non une relation égalitaire qui pourrait générer de l’anxiété en lui. Les expressions faciales animales, aussi charmantes soient-elles, méritent donc une lecture avertie et contextualisée, loin des projections affectives humaines.

  • Ce qui semble être un sourire chez les animaux, comme le dauphin ou le chien, est souvent une particularité anatomique ou un indicateur de stress, et non une émotion de joie.
  • Contrairement aux chiens, les expressions des chats révèlent des émotions comme la peur ou la frustration, mais aucun équivalent au sourire.
  • Interpréter les expressions animales comme humaines peut mener à des erreurs et nuire à la compréhension de leurs véritables besoins.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech