Du très célèbre Hannibal Lecter à Villanelle (de la série Killing Eve) a culture populaire regorge de personnages décrits tantôt comme sociopathes, tantôt comme psychopathes. Dans le cas de dernier, le mot peut même être utilisé comme une insulte ou une case dans laquelle nous rangeons les personnes sortant des normes sociales classiques. Une simplification prouvant que le mot s’est progressivement dévoyé.
Mais au-delà de la fiction, que signifient réellement ces termes ? Contrairement aux idées reçues, ces deux concepts ne sont pas des diagnostics cliniques officiels, mais plutôt des traits de personnalité liés à des comportements antisociaux. Décryptage d’une confusion terminologique qui perdure depuis des décennies.
Des origines distinctes
Le terme « psychopathie » apparaît dans la littérature psychiatrique dès le 19ᵉ siècle. En 1941, le psychiatre américain Hervey Cleckley en donne la première description formelle dans son ouvrage The Mask of Sanity. Il y identifie des caractéristiques clés telles que le charme superficiel, le manque de fiabilité et l’absence de remords chez les personnes concernées.
Selon le livre Psychopathic traits in a large community sample: Links to violence, alcohol use, and intelligence, écrit par Neumann Craig S. et Hare Robert D. en 2008, ce trouble concernerait environ 1 % de la population générale.
La « sociopathie », quant à elle, fait son apparition dans les années 1930, sous la plume du psychologue George Partridge. Ce terme met davantage l’accent sur les conséquences sociétales des comportements qui violent habituellement les droits et les limites d’autrui. Il sera utilisé dans la première édition du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) en 1952, sous l’appellation « trouble de la personnalité sociopathique ».
Des caractéristiques qui se chevauchent
Aujourd’hui, le DSM ne reconnaît ni la psychopathie ni la sociopathie comme des troubles cliniques à part entière et ces traits sont plutôt intégrés dans la description du trouble de la personnalité antisociale.
Un psychopathe se caractérise par sa capacité principalement à manipuler autrui, son charme superficiel, son ego surdimensionné, et sa tendance à la tromperie persistante. Sur le plan émotionnel, il présente un manque d’empathie, une indifférence à la souffrance d’autrui et un refus d’assumer la responsabilité de ses actes. Un loup déguisé en agneau, pour parler plus vulgairement.
Attention à ne pas tomber dans la simplification excessive cependant, ces traits ne constituent pas à eux seuls une définition complète et précise de ce trouble de la personnalité. Fait inconditionnel : ces derniers ne se manifestent pas avec la même intensité chez les psychopathes et peuvent différer dans leur expression. D’autres troubles de la personnalité peuvent par ailleurs présenter des symptômes similaires : trouble de la personnalité antisociale, trouble de la personnalité narcissique ou trouble de la personnalité borderline.
La définition de la sociopathie est moins précise. Ses comportements antisociaux peuvent être semblables à ceux observés dans la psychopathie, mais sont considérés comme le produit de l’environnement social de l’individu. Les manifestations de la sociopathie peuvent être plus variables et moins stables dans le temps que celles de la psychopathie et peuvent s’atténuer ou même disparaître si l’individu est exposé à un environnement plus favorable. Notre société a donc bien sa part de responsabilité dans la création de ces personnalités difficiles.
Des origines et des implications différentes
Les recherches suggèrent que la psychopathie a des bases génétiques, biologiques et psychologiques. Des différences cérébrales ont été observées chez les individus présentant des traits psychopathiques, notamment dans les régions associées aux émotions, à l’inhibition du comportement et à la résolution de problèmes.
La sociopathie, comme écrit plus haut, est davantage liée à l’environnement social et n’est pas innée. Elle tend à se manifester au sein des familles (cette étude traite du sujet) et est très souvent associée à des expériences d’abus physiques et de conflits parentaux.
En termes de prédiction des comportements nocifs, la psychopathie s’avère finalement un indicateur plus fiable. Dans le système de justice pénale, elle est fortement reliée à la récidive, en particulier pour les crimes violents. Dans la population générale, elle est aussi associée à une tendance à la dépendance aux substances psychoactives, au sans-abrisme et à d’autres troubles de la personnalité.
Même s’ils sont confondus et que leurs frontières sémantiques tendent à s’estomper dans l’usage général, ces deux traits présentent bien des différences. Subtiles, certes, mais très importantes pour en comprendre toutes leurs implications dans le tissu social.
- La psychopathie a des bases biologiques et est un meilleur prédicteur de comportements antisociaux futurs.
- La sociopathie est davantage liée à l’environnement social et familial de l’individu.
- Ni la psychopathie ni la sociopathie ne sont des diagnostics cliniques officiels, mais des traits de personnalité complexes.
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