Le terme hikikomori ( traduit littéralement par se retirer dans une cage ou s’enfermer), conceptualisé par le psychiatre nippon Tamaki Saito en 1998, désigne un phénomène d’isolement pathologique sévère. Il se manifeste principalement chez les jeunes hommes qui, renonçant à toute interaction sociale, s’emmurent dans leur domicile, parfois dans une seule pièce, durant des périodes pouvant s’étendre sur plusieurs années.
Bien qu’originaire du Japon, ce syndrome a depuis transcendé les frontières asiatiques, suscitant de nombreuses interrogations quant à ses origines, ses manifestations et les approches thérapeutiques à adopter.
Une génération enfermée : de la société japonaise à un phénomène mondial
Initialement ancré dans le contexte sociétal japonais, caractérisé par une pression considérable à la réussite socio-économique, le phénomène Hikikomori s’est progressivement mondialisé, même si la prévalence dans les autres pays reste plus faible.
Une étude japonaise de 2016 dénombrait 540 000 cas dans le pays parmi les 15-39 ans, chiffre dépassant le million si l’on inclut les tranches d’âge supérieures. Selon les résultats de cette dernière, 35 % des individus s’étaient complètement isolés, et ce de manière volontaire, depuis au moins sept longues années.
Ce qui n’était à l’origine qu’une réponse aux normes rigides de la société japonaise s’est propagé à des pays aussi divers que la Corée du Sud, l’Espagne ou la France, soulevant la question de l’universalité de cette détresse, exacerbée par des facteurs tels que le chômage ou l’isolement technologique.
Internet : catalyseur ou refuge ?
L’essor d’Internet a profondément bouleversé la dynamique de l’isolement social. Pour de nombreux hikikomori, le monde virtuel constitue un refuge face aux exigences du monde réel, bien que cette dépendance numérique puisse paradoxalement renforcer leur retrait.
Selon Carol Berman, psychiatre à New York, les causes de cet isolement caractéristique sont multiples et peuvent être liées à plusieurs déséquilibres de la santé mentale. « Les personnes souffrant de troubles mentaux peuvent présenter diverses problématiques qui les incitent à éviter les sorties. Par exemple, quelqu’un atteint d’un trouble anxieux sévère pourrait craindre de subir une crise de panique en extérieur » explique-t-elle.
Il semblerait néanmoins qu’un point commun existe : l’omniprésence des écrans dans la vie des hikikomori. « Certaines personnes passent leur journée devant leur écran, sans jamais sortir » souligne la spécialiste. Cette hyperconnectivité, couplée à la généralisation des services de livraison à domicile, facilite et accentue l’isolement. Ce dernier est alors total : aucune relation sociale, enfermement complet et évitement absolu de tout contact avec l’extérieur.
La pandémie de COVID-19 a par ailleurs amplifié ce phénomène, offrant à chacun un prétexte légitime pour se cloîtrer, ce qui pourrait expliquer la recrudescence récente des cas de hikikomori.
Une condition complexe à évaluer
Si l’identification d’un hikikomori peut sembler, de prime abord, relativement aisée – il s’agit d’un individu qui s’isole durablement à son domicile -, cerner les racines profondes de ce repli social s’avère nettement plus ardu. Les causes peuvent être très diverses : traumatismes lors de l’enfance, relations complexes entre les individus masculins avec leur mère, phénomène de l’enfant roi, forte pression scolaire, etc.
Ces reclus volontaires peuvent être en proie à divers troubles psychologiques, allant de l’anxiété sociale à la dépression, en passant par des troubles de la personnalité évitante (peur intense du jugement et du rejet, conduisant à un évitement systématique des interactions sociales et à une faible estime de soi).
Berman souligne la complexité inhérente à leur prise en charge en expliquant que l’ajustement des traitements médicamenteux est parfois très délicat. La moindre perte de patience ou de confiance du patient peut même aggraver son isolement.
Ce retrait social s’apparente alors à un cercle vicieux, aggravé par la difficulté d’accès aux soins, particulièrement lorsque tout contact avec l’extérieur est perçu comme une menace potentielle.
Le phénomène hikikomori est souvent perçu comme le reflet d’une société moderne trop complexe, où les pressions sociales, l’individualisme exacerbé et les difficultés à s’intégrer peuvent conduire certains individus à se retirer du monde, trop violent à leur goût. Il est aussi le miroir d’une certaine forme d’épuisement face à la performance et à la compétitivité constante, poussant certains à vivre en ermites modernes. Le phénomène est donc bien plus qu’un simple choix individuel ; il est le symptôme d’un mal-être plus profond, lié à notre mode de vie contemporain et à nos interactions sociales, complètement bouleversées depuis l’avènement du numérique.
- Le phénomène hikikomori est un un isolement volontaire et prolongé, conduisant certains individus à un retrait social extrême.
- Les raisons qui poussent les individus à se retirer du monde sont variées et peuvent inclure des facteurs sociaux, psychologiques et personnels.
- L’essor d’Internet et des technologies numériques a facilité l’isolement des hikikomori en leur offrant un moyen de s’évader de la réalité et d’interagir avec le monde sans avoir à y faire face physiquement.
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Ce n’est pas l’épidémie de COVID-19 qui a amplifiée ce phénomène mais les mesures totalitaires misent en place.
J’ai un peu réflèchis à cet état mental, étant informaticien depuis plus de 40 ans. Un vieux aujourd’hui je me souviens de tous les efforts fournis pour avancer dans le codage et aussi intègrer nuits et jours ces technologies nlles en constantes évolution.
Ce qui nous maintenait en veille c’était la passion du progès et je sais que beaucoup on tout sacrifié pour ce savoir technologique et sans doute métaphysique qu’il entrainait.
Parler d’ermites et de cloître proche de mon ressenti. Comme enfants très jeunes dans les annèes 60 je pouvais rêver à partir dans l’espace seul avec un ordinateur contenant le monde… C’était un but radical !
Il n’y a pas de préparation à ce nouveau contexte. On le voit encore aujourd’hui où tous les médias se questionnents, les états, les parents… sur le devenir de cet enfermement pour certains qui passionnés ou perturbés se figent socialement dans un absolu qui n’est peut-être qu’un mirage… Comme bien d’autres avant eux d’ailleurs ey pour beaucoup d’autres vertiges.
Cercle vicieux en effet que celui de l’isolement involontaire quand celui-ci nourrit un pathos lequel renforcera l’isolement.
C’est toujours l’incapacité à entrevoir la sortie d’un environnement qui peut engendrer un conflit intérieur, et cette incapacité est certainement liée à la cause de l’isolement : si l’on y est entré en connaissance de cause ou si l’on s’y est perdu : en somme, si l’isolement fut une quête ou une fuite.
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Nous savons des écrivains, des penseurs, des ermites qui auront voulu l’isolement non pour fuir mais pour trouver. On peut par exemple évoquer Marguerite Yourcenar élue à l’Académie Française qui écrivait, recluse dans sa maison du Maine, mais toujours accompagnée de ses personnages historiques souvent, puis littéraires. L’exception ne fait pas la règle, et il s’agira d’avoir une “vie intérieure” riche, étoffée, dense.
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Quoi qu’il en soit, nous sommes des animaux sociaux et, à moins de le vouloir et d’en avoir les moyens psychiques, l’isolement n’est pas naturel à l’homme, il l’est si peu qu’il peut engendrer des troubles, de la personnalité, relationnels, bénins ou graves, voire des fins dramatiques.
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J’ignore comment un thérapeute s’y prend pour aider celui perdu dans la détresse de l’isolement, j’ignore la pertinence du psychanalyste, comme j’ignore en quoi un homme d’église pourrait laisser entrevoir la sortie du tunnel, j’ignore enfin si une solide amitié à défaut d’une âme auréolée de compassion saurait trouver la bonté, les mots, les arguments pour happer le regard et l’entendement de l’être en détresse. Mais je suis certain qu’il ne faut jamais laisser seul quiconque est en détresse, jamais. Entre non-assistance et non-ingérence, s’ingérer, quitte à se faire lourder, mais s’ingérer, revenir à la charge, imposer notre tendresse même s’il la refuse, s’accrocher, encore. Aimer. Par amour, pas par devoir, aimer.
Le contraire n’est pas du tout expliqué dans l’article 😡
Internet et les jeux m’ont éduqué et continuent de le faire, j’ai maîtrisé la langue de Shakespeare, parlé avec des gens du monde entier, me socialiser (certes pas physiquement mais quand même), comprendre des systèmes complexes (Économiques,Sociaux,Programmation,Stratégie,Dilemmes…), être un monstre en math…
C’est en gros, pour moi, une autre manière de communiquer et d’apprendre. Libre a chacun de s’en servir ou pas, pour ce qui est des hikikomori, c’est plus un blocage qu’autre chose, l’outil est là mais il n’en profitent pas a 100% (socialement surtout). Je considère ma santé mentale très bonne malgré un temps d’écran qui ferait pâlir bon nombre de gens.
Cette “Hyper-connectivité” a certes les désavantages cités dans l’article, mais aussi bon nombre d’avantages qui la rend rentable personnellement. Certes je ne me considère pas comme un hikikomori, je sors et reste socialement acceptable, mais il m’arrive de me décrire aux autres comme un geek sorti de sa grotte ou de dire que je vais retourner dans ma grotte sur le ton de l’humour.