C’est l’accélération que le spatial européen n’attendait plus. The Exploration Company vient d’annoncer une levée de fonds record à hauteur de 450 millions de dollars, du jamais vu pour une entreprise spatiale du Vieux Continent. Hélène Huby, sa cofondatrice et PDG, se démarque clairement de ses pairs : elle est, aux côtés de Thomas Pesquet que l’on ne présente plus, envoyée spéciale du président de la République lors du Sommet international de l’espace à Paris.
L’entrepreneuse jouit d’une expérience redoutable, notamment une dizaine d’années passées à des postes de direction chez Airbus Defence & Space et ArianeGroup, deux mastodontes européens. Mais ce n’est pas tout, puisqu’elle est à l’origine d’Urania Ventures, un fonds spécialisé dans l’amorçage des technologies de pointe, de quoi lui octroyer des connaissances cruciales dans le capital-risque.
Hélène Huby a également fondé The Karman Project, une ONG spécialisée dans la promotion de la coopération internationale dans le spatial.
Casser les codes du spatial européen
Face à la léthargie perçue des géants traditionnels, symbolisée par les retards d’Ariane 6 et du projet IRIS2 face au monopole de SpaceX, Huby détonne par son franc-parler.
« Nous avons besoin d’hommes et de femmes politiques européens ambitieux. Les entrepreneurs ne peuvent pas y arriver seuls. Nous devons être soutenus par les politiques et par l’Agence spatiale européenne (ESA). Mais nous devons commencer par atteindre les objectifs fous que nous nous sommes fixés. C’est ce qui donnera confiance aux autres pour croire en ce que nous faisons », a-t-elle lancé cette semaine lors d’une conférence de presse.
Sa feuille de route passe d’abord par la capsule Nyx, pensée pour ravitailler l’ISS dès 2028. Mais l’entrepreneuse vise déjà l’étape suivante : l’adapter au transport d’astronautes, une perspective qui résonne particuli!rement au sein de l’ESA, qui souhaite garantir sa souveraineté pour l’accès aux vols habités.

Un moteur de fusée comme celui de Starship
Mais l’ambition de Hélène Huby passe aussi par le développement d’un moteur réutilisable baptisé Storm, qui s’appuie sur une architecture similaire à celle du Raptor, le moteur de la fusée géante Starship de SpaceX. Un défi technique immense qui vise à équiper de futurs lanceurs lourds européens capables d’emporter 40 à 60 tonnes de charge utile.
« Les investisseurs à qui je parle, et même les gens de la NASA, sont ravis que des Européens se réveillent et aient enfin ce niveau d’ambition », confie-t-elle dans les lignes du Monde. « J’ai toujours voulu faire une fusée, dès le départ, car c’est la clé pour envoyer de façon industrielle, pour peu cher, des milliers de satellites dans l’espace », poursuit-elle. Le défi est immense, mais la dirigeante semble bien décidée à remettre l’Europe sur le devant de la scène.
- Ancienne cadre d’Airbus et d’ArianeGroup, Hélène Huby s’impose en figure incontournable du New Space européen.
- Face aux retards du spatial européen, elle revendique une ambition décomplexée, allant du vol habité aux moteurs de fusées.
- Elle mise sur des résultats rapides et des objectifs audacieux pour réveiller les investisseurs et les décideurs.
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