Trop russe pour l’Occident, mais trop libre pour la Russie ? Telegram, l’application de messagerie chiffrée connaît pourtant un succès fou, mais n’est plus dans les bonnes grâces du Kremlin. Après le blocage de Facebook, X et YouTube en 2022 par le Roskomnadzor (le chien de garde des télécoms russes), le régulateur s’attaque désormais au dernier bastion de la communication non censurée.
Selon les informations du média RBC, les autorités du pays viennent d’entamer les premières mesures visant à ralentir l’accès à Telegram. Moscou ne veut plus de l’hégémonie de l’application créée par Pavel Durov et souhaite à tout prix que ses citoyens migrent vers une solution souveraine, sous contrôle total.
Adieu Telegram, bonjour Max : l’application d’État qui veut tout savoir des Russes
Le Roskomnadzor, jamais avare de justifications tarabiscotées, affirme que Telegram facilite la fraude, les activités criminelles ou terroristes. En contrepartie, Moscou applique à la lettre le manuel chinois du contrôle social en incitant les uasagers à migrer sur Max, l’équivalent slave de WeChat. Une super-app d’État qui centralise tout ce qui fait la vie d’un citoyen : ses échanges privés, ses coordonnées bancaires, ses documents administratifs, ses données de santé…
Pour forcer l’adoption de cet outil panoptique, le pouvoir ne recule devant rien. D’après Eurasiabusiness, depuis la rentrée 2025, Max est « préinstallée sur tous les smartphones vendus dans le pays » et son usage est devenu obligatoire dans les écoles et les universités.
Roskomnadzor fait en sorte que l’expérience utilisateur sur Telegram soit la plus pénible possible (une méthode baptisée « throttling »), pour que le passage vers Max lui apparaisse comme la seule issue. Même si des étudiants de plusieurs universités moscovites ont déjà lancé des pétitions contre cette installation forcée, dénonçant une violation flagrante de la Constitution et du droit à la vie privée, on peut déjà considérer que la mort de Telegram sur le sol russe est actée.
En effet, dès le mois prochain, l’application Max deviendra l’unique passerelle pour accéder à quasiment tout. Services de santé, examens universitaires, versement des salaires, système de transport public : un écosystème complètement fermé, surveillé de près par le FSB (Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie).
Telegram sera toujours accessible, mais elle perdra toute pertinence d’utilisation dès lors que l’intégralité des interactions numériques vitales exigera une authentification par les serveurs de Max, qui appartiennent indirectement à Moscou via l’entreprise VK. Un muselage en douceur rondement mené, puisqu’il ne s’agit pas d’un blocage total ; le Kremlin a bien compris qu’il était plus efficace d’asphyxier techniquement une application que de l’interdire. Officiellement, elle est toujours autorisée, ce qui permettra à Moscou de rejeter les accusations de censure devant les instances internationales, tout en évitant d’offrir une tribune politique à l’opposition.
- Le Kremlin impose de nouvelles restrictions sur Telegram pour inciter les Russes à utiliser l’application d’État Max, qui centralise les données personnelles.
- Roskomnadzor met en œuvre des mesures pour rendre l’accès à Telegram difficile tout en justifiant ces actions par des préoccupations de sécurité.
- Max deviendra la seule plateforme pour divers services essentiels, rendant Telegram pratiquement obsolète en Russie.
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