Définir l’intelligence, en voilà une question complexe. S’il est admis que de nombreux animaux puissent faire preuve d’une intelligence assez remarquable comme les primates, les abeilles, les corbeaux ou les dauphins, pour ce qui est des plantes, l’affirmation est tout de même rare. Toutefois, des recherches menées sur une espèce de verge d’or, aussi appelée solidage (en l’occurence ici, Solidago altissima), plante à fleur très répandue aux USA, Canada et au Mexique, ont fait remonter le fait que celle-ci pourrait adopter des comportements intelligents.
L’étude en question a été publiée dans la revue Plant Signaling and Behavior le 17 avril, et menée par André Kessler, écologiste chimique à l’Université Cornell, et son étudiant en doctorat, Michael Mueller.
Un nouveau regard sur l’intelligence végétale
L’article et la position de ses auteurs sont assez controversés. Leur plaidoyer s’appuie sur le postulat que ces végétaux, lorsqu’elles sont confrontées à des problèmes, répondent à leur environnement en ayant recours à une forme primitive de mémoire et en faisant preuve de capacités décisionnelles. En effet, la verge d’or serait capable « d’entendre les cris » de ses voisines lorsqu’elles se font attaquer par des herbivores.
Lorsqu’une verge d’or subit les assauts de larves de coléoptères, elle sécrète des composés organiques volatils (COV). Ceux-ci constituent en réalité un signal adressé aux insectes, les avertissant que le végétal a été endommagé et qu’ils devraient par conséquent se tourner vers une autre source de nourriture.
Parallèlement à cette émission de substances chimiques, les plantes attaquées modifient la réflexion de la lumière rouge émanant de leurs feuilles, un signal aisément détectable à distance par d’autres spécimens de la même espèce. Ces signaux, à la fois chimiques et lumineux, jouent un rôle d’alerte auprès des autres verges d’or situées à proximité, lesquelles réagissent en renforçant leurs propres défenses, en produisant des composés aux vertus protectrices visant à repousser les insectes. Une réaction correspondant tout à fait au fonctionnement d’un système immunitaire animal.
Communication et défense : un réseau sophistiqué
Kessler et Mueller défendent l’idée que ce comportement transcende la simple réaction réflexe. Selon eux, il s’agit, en effet, d’un changement comportemental « réfléchi ». Kessler précise : « Elles peuvent sentir leur environnement de manière très précise ; chaque cellule peut le faire, autant que nous le savons jusqu’à présent ».
Cette aptitude à intégrer les informations environnementales et à anticiper les conditions futures témoignerait d’une forme de comportement intelligent, et ce, en dépit de l’absence totale d’un système nerveux central. La réponse des plantes aux composés organiques volatils n’est pas une simple réaction figée, mais bien une adaptation basée sur les informations recueillies et analysées depuis leur environnement.
En 2022, Kessler et son collègue Alexander Chautá avaient déjà proposé une autre étude suggérant que les verges d’or attaquées n’émettent pas la même lumière à partir de leurs feuilles lorsqu’elles ne sont pas entourées d’autres fleurs. Pour Kessler, ce signe est clair : « En fonction des informations qu’elle reçoit de l’environnement, la plante modifie son comportement standard ».
La controverse autour de l’intelligence des plantes
L’usage du terme « intelligence » pour décrire les capacités des plantes demeure un sujet extrêmement controversé. Pendant des décennies, cette conception a été largement rejetée par la communauté scientifique. Cependant, les recherches menées par Kessler et Mueller s’inscrivent dans un mouvement grandissant visant à reconsidérer les facultés cognitives du règne végétal.
Cette perspective nouvelle soulève des interrogations fondamentales quant aux modalités par lesquelles les plantes parviennent à percevoir, apprendre et prendre des décisions en l’absence d’un système nerveux. Kessler et Mueller nuancent bien ces interrogations : « La question n’est pas de savoir si les plantes expriment un comportement intelligent, mais comment elles y parviennent sans système nerveux et quelles sont les conséquences écologiques de ces comportements ».
Depuis les années 1980, il est établi que certaines plantes utilisent les composés organiques volatils pour « communiquer » entre elles au sujet des menaces partagées. Néanmoins, une grande partie de ces recherches a été menée en laboratoire, et il reste encore beaucoup à découvrir sur la manière dont les plantes utilisent ces réseaux de communication dans leur environnement naturel.
Certains scientifiques demeurent tout de même sceptiques quant à l’utilisation de termes si subjectifs comme l’intelligence pour décrire ces comportements. Néanmoins, indépendamment des définitions, il nous faudrait mener davantage de recherches pour explorer le potentiel de perception, d’apprentissage, de prise de décision et de mémoire parmi la flore de notre planète. Ce type d’étude est un véritable appel d’air pour réévaluer notre compréhension du fonctionnement de certains végétaux et ce n’est jamais de trop.
- Une étude au mois d’avril a porté sur une plante, une espèce de verge d’or, capable de communiquer avec ses semblables en cas d’attaques d’herbivore.
- Une habileté permise grâce à l’émission de COV entre les différentes plantes proches les unes des autres.
- La question de l’intelligence végétale reste tout de même sujette à controverse.
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À supposer également que les fleurs croient les humains intelligents…