Passer au contenu

Si vous utilisez cette application, votre smartphone écoute vos conversations

Une révélation troublante qui vient secouer le monde de la publicité en ligne et de la protection de la vie privée.

On a tous fait l’expérience un jour de publicités ciblées à propos d’un produit que l’on venait de citer dans une conversation. Un fait bien trop gros pour être une coïncidence, et qui se confirme une nouvelle fois aujourd’hui.

Un géant des médias américains, Cox Media Group, développe un outil publicitaire baptisé « Active Listening » qui utiliserait les enregistrements audio de nos appareils connectés pour cibler les publicités.

Évidemment, cette pratique soulève de nombreuses questions éthiques et légales, remettant en cause la confidentialité de nos conversations les plus intimes. Au cœur de cette polémique : Facebook, une des applications les plus utilisées au monde.

L’écoute active, une réalité inquiétante

Le concept repose sur une idée simple, mais invasive : utiliser les microphones de nos smartphones, enceintes connectées et autres objets intelligents pour capter des mots-clés dans nos conversations quotidiennes. Ces mots-clés serviraient ensuite à déterminer nos centres d’intérêt et nos intentions d’achat, permettant aux annonceurs de nous cibler avec une précision chirurgicale.

Concrètement, si vous mentionnez à voix haute votre envie d’acheter une nouvelle paire de chaussures de course, l’application pourrait enregistrer cette information et la transmettre à des annonceurs. Vous risqueriez alors de voir apparaître dans les heures ou jours suivants des publicités pour des équipements de running sur vos réseaux sociaux.

Un document qui en dit long

C’est un document interne de Cox Media Group, révélé par le site 404 Media, qui a mis au jour l’existence de ce projet controversé. Ces slides destinées à présenter l’outil à de potentiels partenaires, ne laissent que peu de place au doute quant aux intentions de l’entreprise.

On y apprend notamment que l’outil serait capable de « capturer des données d’intention en temps réel en écoutant nos conversations ». Plus inquiétant encore, il permettrait d’associer ces données vocales à nos comportements en ligne pour cibler les consommateurs prêts à l’achat.

Le document mentionne également l’utilisation de l’intelligence artificielle pour analyser ces données vocales et comportementales, provenant de pas moins de 470 sources différentes. Une collecte massive qui pose question sur l’ampleur réelle de cette surveillance.

Les géants de la tech dans la tourmente

Actions Meta Facebook
© Dima Solomin – Unsplash

Cox Media Group n’hésite pas à mettre en avant ses partenariats avec les plus grandes entreprises technologiques pour asseoir la crédibilité de son projet. Google, Amazon et Facebook sont ainsi cités comme partenaires dans le document.

Cependant, face à la polémique naissante, ces géants du web semblent vouloir prendre leurs distances. Google a ainsi déclaré avoir mis fin à son partenariat publicitaire avec Cox Media Group. Amazon affirme n’avoir jamais travaillé sur ce programme spécifique, tandis que Meta (maison-mère de Facebook) se contente de rappeler ses politiques en matière d’utilisation des microphones pour la publicité ciblée.

Ces réactions en demi-teinte soulèvent néanmoins des interrogations sur la connaissance qu’avaient ces entreprises du projet « Active Listening » et sur leur possible implication, même indirecte, dans son développement.

Un flou juridique inquiétant

La légalité d’un tel dispositif pose question. Aux États-Unis, de nombreux États disposent de lois sur les écoutes qui exigent le consentement explicite des personnes enregistrées. En Californie, par exemple, la loi requiert le consentement des deux parties pour tout enregistrement d’une conversation.

Comment Cox Media Group compte-t-elle se conformer à ces réglementations ? Le document ne le précise pas. On peut supposer que l’entreprise compte sur les conditions d’utilisation des applications et appareils connectés, souvent acceptées sans être lues par les utilisateurs tant celles-ci sont longues et compliquées, pour obtenir ce consentement. Une pratique qui, si elle s’avérait légale, n’en resterait pas moins éthiquement discutable.

Protéger sa vie privée à l’ère du tout connecté

Face à ces révélations, nous sommes en droit de nous inquiéter à propos de notre vie privée. Facebook, avec ses milliards d’utilisateurs actifs, se trouve au cœur de ces préoccupations. L’application, déjà critiquée pour sa gestion des données personnelles, est un vecteur majeur de cette écoute active.

Les utilisateurs doivent donc redoubler de vigilance, en vérifiant notamment les autorisations accordées à l’application, en particulier l’accès au microphone. Il est également recommandé de désactiver les fonctionnalités vocales lorsqu’elles ne sont pas utilisées et de lire attentivement les conditions d’utilisation du réseau social.

  • Cox Media Group développe « Active Listening », un outil publicitaire qui utiliserait les enregistrements audio de nos appareils connectés pour cibler les publicités
  • L’outil capte des mots-clés dans nos conversations pour déterminer nos intentions d’achat et nos centres d’intérêt
  • La légalité et l’éthique de cette pratique sont remises en question, tandis que les géants de la tech tentent de se distancier du projet

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Amazon Prime Video
Amazon Prime Video
Par : Amazon Mobile LLC
4.3 / 5
M5.4 avis
5 commentaires
5 commentaires
  1. “lire attentivement les conditions d’utilisation du réseau social.”

    🤣🤣🤣
    oui il faudrait…
    mais on a pas le temps…
    et ils le savent….

  2. “Vous risqueriez alors de voir apparaître dans les heures ou les jours suivants” parfois même quelques minutes après..

    combien de fois j’ai eu des discussions avec une pote, et quasi direct après une pub sur l’un de nos instagram, ou page web …

    1. Question pour les plus de 30 ans:
      Depuis combien de temps de vraies associations citoyennes, si elles existent encore, mettent en garde contre l’intrusion de ces appareils, et leurs logiciels, dans la vie des personnes ?
      Ha oui, c’est vrai, les citoyens: ils n’ont [plus] rien à cacher !

      1. J’en ai plus du double et je sais une époque où de telles associations, de telles mise en garde n’avaient pas lieu d’être, une époque où l’on pouvait même partager notre adresse courriel sans crainte, où les listes, les filtres de blocage étaient superflus, où les antivirus et compagnie émergeaient à peine.
        Ce n’est plus le cas. Comme vous je déplore l’absence de mises en garde, qu’elles émanent d’assos, quelles émanent de spots média gouvernementaux. Pire, les médias, les feuilletons télévisés, le cinéma semblent considérer les GAFAM comme une réalité incontournable tant elles s’y réfèrent systématiquement (on verra par exemple un personnage faire une recherche Internet toujours avec Google, jamais avec un autre moteur de recherche) comme si cela allait de soi, comme si ces mastodontes du numérique étaient rentrés dans le domaine publique.

        Nous sommes malgré tout un certain nombre à fréquenter des sites tels que celui-ci et être informés en conséquence du pire comme du meilleur de la sphère technologique et numérique en particulier pour ce qui concerne les dangers du Web. Mais je sais que l’immense majorité d’entre-nous considère bien à tort que de tels sites s’adressent aux geeks alors qu’il n’en est rien, en tous les cas pas tous.

        Alors, oui, une information délibérée sur les dangers, les pièges du .Net est requise, indispensable ; je pense aussi en amont les FAI qui distribueraient des notices explicatives en conséquence, à leurs nouveaux clients en particulier.
        J’ose l’analogie avec un conducteur qui roulerait, avec ou sans permis la question n’est pas là, mais sans connaissance aucune des réalités des transports mécanisés, de ce qu’est une bagnole, de ce que sont les routes et leurs chauffards (et qu’ils risquent d’être eux-mêmes), de ce qu’est le car-jacking et j’en passe : l’immense majorité d’entre-nous surfe sans aucune connaissance du Web pas plus que de leur bagnole — pardon — de leur ordi/smartphone. Il s’agit de déployer une volonté publique d’information.

  3. Citant l’article, “C’est un document interne de Cox Media Group, révélé par le site 404 Media”.
    Si l’article avait été retiré, 404 Media l’aura archivé auparavant ; celui-ci, in extenso (EN) :

    “How Voice Data Works and How You Can Use It in Your Business | CMG Local Solutions”
    (“Comment fonctionnent les données vocales et comment vous pouvez les utiliser dans votre entreprise | CMG Local Solutions”)

    SITE : [https://www.documentcloud.org/documents/24224884-how-voice-data-works-and-how-you-can-use-it-in-your-business-cmg-local-solutions]
    PDF : [https://s3.documentcloud.org/documents/24224884/how-voice-data-works-and-how-you-can-use-it-in-your-business-cmg-local-solutions.pdf]

    Révélateur. On comprend que l’entreprise ait fait l’impasse sur son article, d’une désinvolture, d’un cynisme propres à ceux qui font leur blé sur notre dos.

Les commentaires sont fermés.