En février dernier, Elon Musk fusionnait son mastodonte spatial, SpaceX, avec xAI, sa startup d’intelligence artificielle (IA). Objectif affiché : utiliser la surpuissance de sa fusée lourde Starship pour lancer jusqu’à 1 million de data centers en orbite, et ainsi dominer la course mondiale à l’IA.
Car dans l’espace, les centres de données bénéficieraient d’une exposition quasi permanente au Soleil, fournissant une énergie gratuite et illimitée. Ils s’affranchiraient aussi des contraintes foncières terrestres, de plus en plus coûteuses, et pourraient théoriquement réduire la latence pour certains usages. Elon Musk l’a d’ailleurs résumé sans détour lors du Forum économique mondial de Davos, en janvier : mettre l’IA dans l’espace serait, selon lui, « une évidence absolue ».
Pourtant, SpaceX elle-même semble moins convaincue qu’elle ne le laisse paraître…

Ce que SpaceX avoue dans les petites lignes
Pour s’introduire en Bourse, toute entreprise américaine doit déposer un document S-1 auprès du gendarme boursier américain, la Securities and Exchange Commission (SEC. C’est une déclaration officielle qui détaille les finances, la stratégie – et surtout les risques. Cet exercice de transparence est imposé par la loi pour protéger les investisseurs, et la société elle-même en cas de litige.
Dans ce document, dont Reuters a pu consulter des extraits, SpaceX adopte un ton bien plus prudent que son patron. La firme reconnaît que ses projets de data centers orbitaux « en sont à leurs débuts, impliquent une complexité technique significative et des technologies non éprouvées, et pourraient ne jamais devenir commercialement viables ». Elle précise également que ces infrastructures évolueraient « dans l’environnement hostile et imprévisible de l’espace », exposées à des risques capables de provoquer « des dysfonctionnements ou des défaillances ».
SpaceX pointe aussi une dépendance lourde à Starship, sa fusée de nouvelle génération. Or, celle-ci n’est pas encore opérationnelle à grande échelle, et n’a pas volé depuis six mois désormais. « Tout échec ou retard dans le développement de Starship à grande échelle retarderait ou limiterait notre capacité à exécuter notre stratégie de croissance », admet l’entreprise.
Notre analyse
Ce document corrobore les inquiétudes des experts et des investisseurs. Car depuis l’annonce du rapprochement SpaceX-xAI, ils sont nombreux à s’interroger sur la pertinence de l’opération.
SpaceX est aujourd’hui une machine financière solide, bénéficiant d’une marge opérationnelle exceptionnelle portée par Starlink et des contrats stratégiques avec la NASA et le Pentagone. xAI, elle, brûle environ 1 milliard de dollars par mois, pour des revenus encore très modestes face à des concurrents comme OpenAI, Google ou Anthropic.
SpaceX s’expose dorénavant à financer une activité beaucoup plus risquée, et potentiellement sans retour rapide. Ceux qui misaient sur le leader des lanceurs se retrouvent malgré eux exposés aux aléas d’une course à l’IA coûteuse et incertaine. De quoi potentiellement plomber l’empire spatial bâti par Elon Musk depuis deux décennies. Mais si le pari est finalement gagnant, il s’agira probablement du coup de maître par excellence dans la carrière de l’homme le plus riche au monde.
- SpaceX prévoit de lancer des data centers en orbite pour dominer l’IA, en s’appuyant sur sa fusée Starship.
- Mais l’entreprise reconnaît elle-même que ces technologies sont non éprouvées et pourraient ne jamais être rentables.
- Une prudence qui tranche avec le discours conquérant d’Elon Musk, et qui inquiète une partie des investisseurs.
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