Le 10 janvier dernier, SpaceX signait un accord avec la fondation nationale de la science. L’entreprise d’Elon Musk s’engageait à réduire le niveau de pollution lumineuse de ses satellites. Concrètement la nouvelle génération de satellites sera invisible à l’œil nu.
Mais pour Tony Tyson de l’Université de Californie, même en réduisant par 10 la luminosité des satellites Starlink « ils apparaîtront toujours dans les données et rendront l’analyse plus compliquée. Nous pourrons passer à côté de découvertes majeures en pensant trouver une interférence. »
L’un des rapports les plus complets sur la question de la pollution lumineuse remonte à juillet 2020. 250 astronomes du monde entier avaient alors échangé sur la question avec des représentants de SpaceX, Amazon et OneWeb, trois créateurs de constellation en orbite.
À l’époque il avait été reconnu que les LEOsats (satellite en orbite basse) allaient affecter de manière « disproportionnée » l’observation du ciel depuis la Terre. Le rapport avait également mis l’accent sur les possibles interférences créées par ces constellations.
Starlink : pollution lumineuse et radio
Les constellations comme Starlink ont besoin de faire « communiquer » leurs satellites entre eux. Or ces échanges créent une « muraille radio » entre la Terre et les objets situés plus haut en orbite. C’est notamment le cas des télescopes spatiaux comme Hubble.
Dans l’accord signé par SpaceX début janvier, l’entreprise promet qu’elle « coupera les communications » entre ses satellites lorsqu’ils passent au-dessus d’un site de communication avec des objets en orbite. Une pratique demandée depuis 2019 par ces derniers.
Les chercheurs ont besoin de rester en contact avec leurs appareils. Pour faire avancer la science, mais aussi pour protéger la Terre. La présence de constellations de satellites en orbite peut masquer l’arrivée d’un astéroïde ou d’une comète menaçant la Terre.
Les scientifiques ont besoin d’observation claire du ciel sur un temps assez long pour pouvoir calculer avec précision la trajectoire d’un astéroïde ou d’une comète. En cas de menace vis-à-vis de la Terre, la récente mission DART de la NASA a prouvé que nous ne sommes pas sans solutions.
En envoyant une sonde sur un astéroïde, elle a réussi à le dévier de sa trajectoire. Pour qu’une telle mission réussisse, il faut cependant que les astronomes repèrent un astéroïde potentiellement dangereux et disposent du temps nécessaire pour envoyer une sonde à sa rencontre.
Starlink, Amazon, OneWeb : cela ne fait que commencer
Malgré les plaintes des astronomes, le nombre de satellites en orbite ne fait que croître. L’un des projets qui inquiètent le plus les scientifiques, c’est le programme Kuiper d’Amazon. Ce dernier aura moins de satellites que Starlink (3200 contre 12 000), mais les orbites des satellites Kuiper posent problème.
Contrairement aux appareils de SpaceX (qui sont tous regroupés à la même orbite autour de 550 km), Amazon veut lancer ses satellites sur trois orbites différentes (590, 610 et 630 km). Cette présence disparate risque de placer les satellites Kuiper sur plus de clichés.
De son côté OneWeb dispose déjà de 600 satellites en orbite. L’entreprise est aujourd’hui dans une impasse géopolitique, à cause de la guerre en Ukraine. Mais elle compte reprendre les lancements en 2023 et dépasser les 1000 satellites en orbite.
Le risque ultime : le syndrome de Kessler
Si le développement accéléré des industries spatiales a inquiété les scientifiques, le problème pourrait finalement se retourner contre ses créateurs. En surchargeant des orbites clés (entre 400 et 650 km d’altitude) l’industrie spatiale pourrait s’enfermer dans le « syndrome de Kessler. »
Théorisée par l’astronome du même nom, cette idée propose un futur proche ou l’humanité est enfermée sur Terre à cause d’une épaisse couche de débris en orbite. Les voyages spatiaux seraient tout simplement impossibles.
Si pour l’heure cette idée sert le cinéma et la science-fiction — le film Gravity prenant le syndrome de Kessler comme base — les dernières estimations envisagent ce destin funeste.
Fin des satellites, début des problèmes
Si l’orbite devient demain inhabitable, cela signifiera la fin de l’ISS, mais aussi de l’exploration spatiale. Pour les 95 % de la population qui ne sont pas concernés par ces changements, cela signifierait la perte de tous les systèmes utilisant des satellites.
GPS, télécommunications, mais aussi observation de la Terre, prévisions météorologiques et suivi des espèces menacées deviendraient impossibles. Kessler estime que l’orbite terrestre pourrait alors être condamnée pour 30 à 100 ans.
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