Il était certainement le plus américain des pick-up électriques. Héritier dénudé de son V8 du véhicule le plus vendu outre-Atlantique depuis quarante ans, le F-150 Lightning reste tout de même le leader incontesté du segment électrique aux États-Unis, devançant le Cybertruck de Tesla et le R1T de Rivian. Son record de ventes sur le dernier trimestre de l’année n’aura néanmoins pas résisté aux sévères lois du marché. Trop cher à produire et trop lent à rentabiliser, Ford a décidé de suspendre sa production, préférant la rentabilisation immédiate, grâce à ses gammes à essence et hybrides, jugées plus profitables.
Le F-150 Lightning débranché temporairement
Le F-150 a été, pendant près de quatre décennies, un symbole pour toute l’Amérique : la vache à lait de Ford qui lui a assuré sa rentabilité économique. Compagnon de route des travailleurs de tous bords, il incarnait aussi l’Amérique ouvrière, fière de ce qu’elle peut construire de ses mains.
Lorsqu’en 2021, le constructeur de Dearborn a annoncé qu’il allait lancer une version électrique du F-150, ce fut l’équivalent d’un saut dans le vide. Comment électrifier un véhicule aussi enraciné dans la culture du V8, sans trahir son ADN mécanique ?
De nombreux acheteurs furent convaincus par la transition, menant le F-150 Lightning à caracoler en tête des ventes de ce segment. Quatre ans plus tard, l’élan s’est perdu, et Ford n’a écoulé qu’un peu plus de 23 000 exemplaires du pick-up sur les neuf premiers mois de 2025. Un record pour la marque, mais totalement insignifiant face aux centaines de milliers de F-150 qui s’écoulent chaque année.
Les chiffres de la division Model e de Ford, dédiée aux véhicules électriques, sont assassins. Du mois de janvier au mois de septembre de cette année, elle accuse 3,6 milliards de dollars de pertes, dont 1,4 milliard sur le seul troisième trimestre. Les autres divisions comme Ford Blue (thermique) et Pro (utilitaires et flottes professionnelles) affichent, au contraire, des résultats très solides et tirent les bénéfices vers le haut.
Comme si cela ne suffisait pas, un incendie s’est déclenché dans une usine d’aluminium de Novelis, à Oswego, un de ses fournisseurs principaux. Ford a d’abord été forcée de suspendre la production du F-150 Lightning suite à cet événement. Confrontée à la fois à des difficultés d’approvisionnement et aux trop faibles marges dégagées par le Lightning, Ford a choisi d’allouer son aluminium restant à ses F-Series essence et hybrides, ses véritables locomotives commerciales.
L’heure des choix pour Ford : produire ce qui rapporte
Pour le moment, Ford n’a pas annoncé qu’elle abandonnait sa transition électrique, elle s’octroie simplement une petite pause, le temps que le contexte économique lui soit plus favorable.
L’heure est donc à la réorientation : tous les salariés du Rouge EV Center (l’usine dédiée au F-150 Lightning à Dearborn) ont été temporairement réaffectés aux chaînes de montage voisines où Ford produit les versions thermiques et hybrides du F-150. Le constructeur prévoit même de créer un millier d’emplois supplémentaires pour augmenter la production de ses pickups thermiques/hybrides, dont la cadence devrait croître de 50 000 unités d’ici 2026.
En privilégiant ces derniers, Ford revient à ce qu’elle sait faire de mieux : des véhicules désirables et rentables. Comme le groupe Volkswagen, le constructeur a finalement compris que le virage de l’électrique ne peut se négocier en allant à l’encontre des réalités économiques ou en reniant sa base industrielle. Aux États-Unis, où le plein d’essence reste deux fois moins cher qu’en Europe et où les bornes rapides se font rares hors des métropoles, il est finalement assez logique que le F-150 Lightning n’ait pas trouvé son marché. On ne transforme pas un véhicule aussi symbolique du jour au lendemain, encore plus quand il continue de faire vivre des milliers d’emplois et d’assurer la rentabilité de la marque. Un jour, peut-être, il reprendra la route, même sans le rugissement de son énorme moteur ; mais il est aujourd’hui plus important pour Ford de sauver son industrie que de s’entêter dans une course à l’électrique trop coûteuse et prématurée.
- Ford interrompt la production de son pickup électrique F-150 Lightning, plombée par un coût de fabrication trop élevé et un marché américain encore frileux.
- Le constructeur privilégie désormais ses modèles thermiques et hybrides, bien plus rentables dans un contexte économique tendu.
- Cette pause marque un recentrage stratégique : Ford temporise sa transition électrique pour préserver son équilibre industriel.
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