Au début du XXᵉ siècle, le tatouage en France était un marqueur social particulier, réservé uniquement à certaines populations : marins, prisonniers, soldats, prostitués, artistes de cirque, etc. On le ralliait alors très facilement au milieu du crime, ou a minima, de la déviance ou aux classes populaires, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, puisque 13 millions de personnes se déclaraient tatouées en 2023. « Un Français sur cinq », si l’on en croit cet article de nos confrères de France Inter.
Un art, autrefois tribal, qui s’est donc largement démocratisé au fil du temps, mais l’innocuité des encres utilisées reste encore un sujet de préoccupation sanitaire. Certaines études se sont déjà penchées sur la toxicité potentielle des composés chimiques et nanoparticules (incluant parfois des métaux lourds) présents dans les encres, ainsi que sur le risque de réactions cutanées et allergiques. Néanmoins, jamais un lien causal direct entre tatouage et cancers de la peau n’a été établi à ce jour.
Selon cette étude américaine, publiée dans la revue Journal of the National Cancer Institute, le tatouage pourrait même avoir un effet « protecteur ». Selon ses auteurs, les personnes déjà passées sous le dermographe plusieurs fois présenteraient un risque moindre de développer un mélanome, cancer de la peau le plus rare, mais également le plus grave.
Tatouages et mélanome : un lien contre-intuitif
Le mélanome est un cancer extrêmement agressif, dont l’incidence a explosé ces dernières années aux États-Unis, particulièrement dans les régions ensoleillées, comme l’Utah. Un État dans lequel le soleil frappe très fort une bonne partie de l’année ; c’est donc dans cette région de l’ouest américain que l’équipe de Jennifer Doherty, chercheuse à l’Huntsman Cancer Institute et professeure à l’Université de l’Utah, a mené une vaste étude.
Au total, plus de 7 000 personnes résidant là-bas y ont participé. Après analyse, l’équipe en a conclu que celles et ceux qui se sont fait tatouer à deux reprises ou plus présentaient un risque plus faible de développer un mélanome qu’il soit invasif ou dit in situ.
Le terme in situ désigne ici un mélanome restant limité à l’épiderme, sans invasion des couches plus profondes de la peau, et donc généralement plus facile à traiter que les formes invasives. En revanche, les auteurs ont remarqué que les personnes ne portant qu’un seul tatouage étaient justement plus exposées à ce type de mélanome. Un paradoxe, que l’équipe ne parvient pas encore à expliquer.
« Concernant le mélanome, les résultats apparaissent contrastés », souligne Jennifer Doherty, cette association n’est donc pas univoque. Elle précise que « chez les personnes s’étant fait tatouer à deux, trois ou quatre reprises, le risque semble bien diminuer. C’est un schéma plus probant que la légère hausse observée chez celles ne portant qu’un seul tatouage ».
Les chercheurs eux-mêmes s’attendaient à trouver un lien inverse : l’encre, en se dégradant avec le temps sous le derme, peut produire des substances cancérigènes. Sans compter que l’acte du tatouage est très agressif pour la peau et provoque une inflammation locale. Si elle est chronique, elle est généralement considérée comme un facteur de risque supplémentaire au développement de cancers.
Un résultat qui ne correspond donc absolument pas à cette hypothèse. Comme l’a souligné Rachel McCarty, première auteure de l’étude : « Le fait que les tatouages puissent être associés à un moindre risque de mélanome nous a réellement surpris. » Elle insiste toutefois : « Cela ne veut pas dire qu’il faut se tatouer pour se protéger : il est encore trop tôt pour tirer une conclusion directe. Nous devons comprendre si cette diminution du risque est liée à des comportements plus prudents vis-à-vis du soleil, à un effet physique des pigments qui bloqueraient une partie des UV, ou encore à une réponse immunitaire particulière déclenchée par les tatouages ».
Il n’y a donc pas de lien de causalité démontré ici ; seulement une corrélation qui mériterait d’être creusée par d’autres études menées ailleurs, peut-être sur des cohortes plus importantes et avec une méthodologie différente. C’est justement ce que précise l’équipe de recherche : en aucun cas un tatouage ne peut être vu comme un acte protecteur contre les rayons UV du soleil.
- Une vaste étude menée dans l’Utah suggère que les personnes tatouées à plusieurs reprises présentent un risque moindre de développer un mélanome.
- À l’inverse, celles ayant un seul tatouage semblent légèrement plus exposées, un résultat paradoxal qui intrigue les chercheurs.
- Aucune preuve de causalité n’est établie : d’autres facteurs (protection solaire, réactions immunitaires, pigments) doivent être explorés dans de futures études.
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