L’État qui vous paye pour rouler en sportive, c’est un peu le monde à l’envers. Surtout que le coup de pouce n’est pas timide puisqu’il tutoie les 3 600 €. Au minimum… Est-ce parce qu’il s’agit d’une Peugeot ? Peut-être, même si la e-208 GTi n’est pas made in France. En réalité, cette belle générosité vient surtout du fait que l’auto soit électrique. Une GTi électrique, c’est grave, docteur ? Après l’avoir bousculée sur les routes écossaises, je peux vous dire que non.
La française s’inscrit effectivement en courbes avec brio grâce à sa direction particulièrement consistante et directe. Niveau précision, c’est convenable, même si un léger flou demeure au point milieu. Sans rien vous cacher, l’amortissement est raide et cogne rapidement même sur les irrégularités les plus petites. Et dieu sait qu’elles sont nombreuses sur l’asphalte écossais. Ça tressaille et ça sautille à souhait. Drôle sur le moment, mais lassant à la longue.
281 ch sous le capot : le miracle du différentiel Torsen
Fort heureusement, la bombinette vous le rend bien dans les virages, où elle contient très correctement ses mouvements de caisse. Les Michelin Pilot Sport 4S gardent l’adhérence, même sur chaussée humide. Avec une traction développant 281 ch et 345 Nm de couple, cela est un joli tour de force. J’ai beau appuyer franchement sur l’accélérateur, les roues avant conservent leur accroche au bitume.

C’est une preuve tangible que le différentiel autobloquant Torsen fait remarquablement bien son travail. Sur beaucoup d’autres, la moindre sollicitation se solderait par un numéro de patinage artistique suivi d’une dérive malvenue. Mais il ne faut pas non plus s’attendre à une agilité de ballerine, la e-208 GTi pesant 1 535 kg à vide. Il y a donc de la masse comparé aux 850 kg de la vénérable 205 GTi. La bombinette électrique virevolte donc, mais pas trop.
Sensations au volant : de la puissance, mais où est l’émotion ?
D’ailleurs, la machine électrique vous offre au global des sensations assez lissées comme si vous étiez constamment propulsé par un élastique. C’est tonique, mais sans grande émotion. Il y a bien une sonorité artificielle spécialement travaillée pour ce modèle, mais elle s’avère bien synthétique et peu agréable. Les freins arrêtent efficacement l’engin. Prière cependant de ne pas utiliser le mode B, franchement horrible en conduite dynamique.

Horribles, c’est également l’adjectif s’appliquant aux aides à la conduite, trop intrusives. Les couper est nécessaire afin de ne pas devenir maboul. Après quelques instants passés dans l’écran tactile, la voie est ouverte pour profiter de la e-208 GTi sans retenue. Enfin, façon de parler, car en conduite soutenue, la batterie de 54 kWh n’est pas vraiment du genre endurante. Pas du tout, même.
Le choc de la réalité : 110 km d’autonomie pour un plein à seulement 7 €
Avec 352 km d’autonomie sur le cycle WLTP, le rayon d’action est déjà réduit en théorie. Alors en réel lorsqu’on la cravache, ça ne peut qu’empirer. Le délire fut succinct, mais révélateur : étant donné que la consommation moyenne s’est établie à 46,5 kWh/100 km, l’expérience est à durée très limitée. Comptez environ 110 km d’autonomie avant de devoir refaire le plein. La faute à ma conduite enjouée ?
Clairement pas, certains collègues étant carrément à deux doigts de tomber en panne avant le bout du parcours ! On se réjouit alors que l’électricité ne soit pas aussi chère que l’essence. En heures creuses, une charge complète reviendrait à 7 €, contre plus de 100 € le plein sur l’ancienne 208 GTi. Cette dernière peut aller plus loin, certes, mais pour une somme malgré tout bien plus déraisonnable.
Habitacle et technologie : la Peugeot e-208 GTi fait-elle le poids face à l’Alpine A290 ?
Reste que la e-208 GTi change peu par rapport aux modèles standards. L’auto montre bien des détails spécifiques à l’extérieur comme à l’intérieur, mais le gap n’est pas aussi tangible qu’entre la Renault 5 et l’Alpine A290, par exemple. La qualité de finition reste donc correcte avec de charmants sièges baquets mixant similicuir, Alcantara et maille tressée. Les caves de pieds rouges singent sans détours la 205 GTi. C’est réussi.
Moins réussi en revanche est l’écran tactile de 10 pouces, complètement dépassé par ses graphismes, sa fluidité et ses fonctionnalités. Il n’y a par exemple pas de planificateur d’itinéraire… L’Alpine précédemment mentionnée est infiniment supérieure à ce chapitre. La Peugeot est en revanche plus pratique, avec des places arrière plus vastes, même si ce n’est toujours pas la panacée. Le coffre cube pour sa part à 309 l, soit peu ou prou celui de l’Alpine.
À 42 900 €, vaut-elle vraiment le coup face à ses rivales directes ?
Rien de neuf côté recharge, où la GTi conserve les caractéristiques des modèles classiques avec 100 kW en courant continu DC et 11 kW en courant alternatif AC. J’aurais souhaité de meilleures aptitudes à ce chapitre. Elles arriveront probablement l’année prochaine sur la nouvelle 208. Déjà ? Oui, et alors ? Est-ce raisonnable de lâcher 42 900 € pour cette GTi sur une plateforme proche de la retraite ?
L’auto est véritablement hors de prix vu sa polyvalence limitée. Sauf qu’elle se montre dans les faits plus sympa à piloter que l’Alpine A290 GTS, tout en étant plus puissante et moins chère. Même la Cupra Raval VZ demeure plus coûteuse malgré une puissance inférieure. Cela dit, la Peugeot e-208 GTi ne pourra jamais être la voiture principale d’un foyer. Elle restera un fidèle joujou destiné à sublimer le weekend.
Et vous, prêt à pardonner 110 km d’autonomie pour le plaisir de rouler en GTi survoltée, ou ce défaut est-il totalement rédhibitoire pour vous ?

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