L’application chinoise de partage de vidéos courtes, TikTok, se retrouve une nouvelle fois dans le collimateur de la justice américaine. Treize États et le district de Columbia ont décidé de passer à l’offensive hier, accusant la plateforme d’avoir sciemment conçu un produit addictif au détriment de la santé mentale des plus jeunes.
Un réseau social sous haute surveillance
Déjà menacée d’interdiction sur le sol américain, TikTok fait face à une nouvelle salve d’accusations. Treize États, parmi lesquels la Californie et New York, ont déposé une plainte collective contre l’application. Le grief principal : avoir créé une app « intentionnellement addictive » nuisant gravement aux mineurs.
Rob Bonta, procureur général de Californie, n’y va pas par quatre chemins en s’exprimant auprès du New York Times : « TikTok connaissait les dommages causés aux enfants. Ils ont choisi l’addiction, plus d’utilisation, plus de vues et plus de dommages mentaux et physiques pour nos jeunes, tout ça pour faire du profit — c’est aussi simple que ça ».
L’accusation pointe du doigt plusieurs mécanismes mis en place par l’application pour maximiser le temps passé sur la plateforme. Notifications incessantes, contenus éphémères, flux vidéo en direct : autant de stratagèmes visant à maintenir l’utilisateur captif, au risque de lui faire perdre toute notion du temps. Un algorithme agressif et opaque, surtout pour les plus jeunes usagers.
Une protection des mineurs en trompe-l’œil
Au cœur du débat se trouve également la question de l’efficacité des outils de contrôle parental proposés par TikTok. La prétendue limite de 60 minutes quotidiennes imposée aux moins de 18 ans est considérée comme trop permissive et trop facile à déjouer. Brian Schwalb, procureur général du district de Columbia, souligne le manque de transparence de l’application : « Le problème avec les réseaux sociaux, c’est que les parents n’ont pas les codes de TikTok. Il n’y a pas de transparence sur la manière de protéger leurs enfants ».
Les filtres de beauté, omniprésents sur l’application, posent aussi problème. Ces derniers lissent la peau, affinent les traits et créent un effet de perfection, souvent très éloignés de la réalité. Pour l’État de New-York, cela coince sévèrement : « TikTok est parfaitement conscient que ses filtres de beauté entraînent des troubles mentaux et physiques négatifs et malsains, mais choisit de les maintenir sur la plateforme malgré tout ».
TikTok et l’Oncle Sam, c’est terminé ?
Cette nouvelle action en justice s’inscrit dans un contexte déjà très tendu pour TikTok outre-Atlantique. Au mois d’août dernier, le ministère américain de la Justice avait déjà intenté une action en justice contre l’application pour « violation généralisée des lois sur la protection de la vie privée des enfants ».
L’avenir de TikTok aux États-Unis est plus qu’incertain : le Congrès américain a adopté une loi au mois d’avril qui pourrait conduire à l’interdiction de l’application si ByteDance, la maison mère derrière TikTok, ne trouve pas sous neuf mois un acquéreur américain. Plus que trois mois et le couperet tombera.
Même si TikTok parvient à trouver un propriétaire américain, les poursuites engagées par les 13 États ne seront pas abandonnées. Dans ce bras de fer juridique, TikTok se mure dans un silence assourdissant. Muette face aux sollicitations du New York Times, l’application semble peser chaque mot d’une future réponse. L’enjeu dépasse largement le cas TikTok : c’est tout l’écosystème des réseaux sociaux qui est concerné. Au-delà des frontières américaines, cette affaire soulève un débat de fond sur l’éthique numérique et la protection de la jeunesse à l’ère du tout-connecté. Les géants du web seront-ils enfin contraints de repenser leurs modèles économiques pour privilégier le bien-être de leurs utilisateurs les plus vulnérables ? Peut-être que l’heure des comptes a sonné pour ByteDance et les barons de la Silicon Valley.
- TikTok est de nouveau dans le viseur de la justice américaine pour avoir sciemment rendu son application addictive aux jeunes.
- Treize États américains accusent TikTok d’inciter à l’addiction et de nuire à la santé mentale des mineurs.
- Les mécanismes de TikTok, jugés trop permissifs, sont accusés de rendre les jeunes accros pour maximiser les profits.
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