Fidèle à ses traditions, TIME Magazine a dévoilé sa “Personnalité de l’année 2025”. Pour la première fois de son histoire, le prestigieux hebdomadaire américain n’a pas choisi un individu, mais un collectif : les “Architectes de l’Intelligence Artificielle”.
Il regroupe huit dirigeants de grandes entreprises technologiques dont les décisions, les investissements et les visions ont façonné l’année écoulée et, selon TIME, transformé le cours de l’histoire humaine. Qui sont ces titans entrés dans le panthéon du magazine le plus influent de la planète ? Tour d’horizon de ces personnalités déjà iconiques.
Jensen Huang : le patron de Nvidia

Impossible de parler d’intelligence artificielle sans évoquer Jensen Huang. Le PDG de Nvidia, 62 ans, est devenu en quelques années l’homme le plus puissant de l’industrie technologique mondiale. À l’origine spécialisée dans les cartes graphiques pour jeux vidéo, sa société s’est imposée comme le fournisseur incontournable des puces qui font tourner l’ensemble des modèles d’IA de la planète.
Né à Taïwan, émigré aux États-Unis à l’âge de neuf ans, Jensen Huang a cofondé Nvidia en 1993 dans un Denny’s de San Jose. Trente ans plus tard, son entreprise pèse plus de 3 000 milliards de dollars en capitalisation boursière, et dépasse régulièrement Apple et Microsoft. Sa célèbre veste en cuir noir est devenue un symbole de la révolution en cours. Sans les GPU Nvidia, ni ChatGPT, ni Gemini, ni aucune autre IA n’existeraient sous leur forme actuelle.
Sam Altman : le papa de ChatGPT

Si un nom incarne l’explosion de l’IA dans la conscience collective, c’est bien celui de Sam Altman. Le PDG d’OpenAI, 39 ans, a propulsé ChatGPT sur le devant de la scène en novembre 2022, déclenchant une onde de choc dont les répliques se font encore sentir. En quelques mois, son chatbot est devenu l’application à la croissance la plus rapide de l’histoire, atteignant 100 millions d’utilisateurs en deux mois.
Ancien président du célèbre incubateur Y Combinator, Sam Altman cultive une image de visionnaire accessible. Mais son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. En novembre 2023, son éviction surprise puis sa réintégration spectaculaire à la tête d’OpenAI en l’espace de cinq jours ont défrayé la chronique et révélé les tensions profondes qui traversent le secteur. Sam Altman lui-même a régulièrement averti des dangers potentiels de l’IA, tout en accélérant sans relâche son développement. Une contradiction que ses critiques ne manquent pas de souligner.
Elon Musk : faut-il encore le présenter ?

On ne présente plus Elon Musk. Le patron de Tesla, SpaceX et X (ex-Twitter), 54 ans, s’est lancé dans la course à l’IA avec xAI, sa propre entreprise fondée en 2023. Son chatbot Grok, intégré à la plateforme X, se positionne comme un concurrent direct de ChatGPT, avec une approche volontairement moins policée et plus provocatrice.
Elon Musk entretient une relation ambivalente avec l’intelligence artificielle. Cofondateur d’OpenAI en 2015, il a quitté le conseil d’administration en 2018 avant de devenir l’un des critiques les plus virulents de son ancien partenaire Sam Altman. Il a signé en 2023 une lettre ouverte appelant à un moratoire de six mois sur le développement des IA avancées, tout en investissant massivement dans son propre projet concurrent.
Mark Zuckerberg : papa de Meta

Mark Zuckerberg, 40 ans, a opéré l’un des virages les plus spectaculaires de l’histoire de la Silicon Valley. Après avoir parié des dizaines de milliards sur le métavers (un échec cuisant qui a fait plonger l’action Meta) le fondateur de Facebook a repositionné son empire sur l’intelligence artificielle avec force et détermination.
Sa stratégie ? L’open source. Contrairement à OpenAI ou Google, Meta a choisi de rendre publics ses modèles de langage LLaMA, permettant à des millions de développeurs de les utiliser et de les améliorer gratuitement. Un pari risqué qui vise à imposer les standards de Meta comme référence mondiale, tout en empêchant ses concurrents de prendre une avance décisive. Mark Zuckerberg mise également sur l’intégration de l’IA dans l’ensemble de ses plateformes (Facebook, Instagram, WhatsApp) afin de toucher près de quatre milliards d’utilisateurs quotidiens.
Lisa Su : patronne d’AMD

Moins connue du grand public, Lisa Su n’en est pas moins une figure centrale de la révolution IA. La PDG d’AMD, 55 ans, a transformé un fabricant de semi-conducteurs moribond en concurrent sérieux de Nvidia sur le marché des puces pour l’IA.
Née à Taïwan comme Jensen Huang, titulaire d’un doctorat du MIT en génie électrique, Lisa Su a pris les rênes d’AMD en 2014 alors que l’entreprise frôlait la faillite. Dix ans plus tard, la capitalisation boursière a été multipliée par cinquante.
Ses processeurs MI300 s’arrachent auprès des géants du cloud computing qui cherchent désespérément des alternatives aux GPU Nvidia, devenus rares et chers. Dans une industrie dominée par les figures masculines flamboyantes, Lisa Su incarne un leadership axé sur la technique et la rigueur qui force le respect de ses pairs.
Dario Amodei : sous le sunlight d’Anthropic

Dario Amodei, 42 ans, représente une autre approche de l’intelligence artificielle. Ancien vice-président de la recherche chez OpenAI, il a quitté l’entreprise en 2021 avec sa sœur Daniela pour fonder Anthropic. Leur mission : développer une IA “sûre et bénéfique pour l’humanité”.
Son modèle Claude se distingue par une approche plus littéraire ainsi qu’un cadre éthique intégré dès la conception. Anthropic a levé plusieurs milliards de dollars auprès de Google et Amazon, mais Dario Amodei maintient un discours prudent sur les risques existentiels posés par l’IA avancée.
Scientifique de formation (il détient un doctorat en biophysique de Princeton), il publie régulièrement des articles de recherche sur l’alignement des systèmes d’IA avec les valeurs humaines. Une posture qui tranche avec l’optimisme démesuré de certains de ses concurrents.
Demis Hassabis : le Nobel de l’intelligence artificielle

Demis Hassabis occupe une place à part dans ce panthéon. Le PDG de Google DeepMind, 48 ans, est le seul du groupe à avoir reçu le prix Nobel (celui de chimie 2024), partagé avec John Jumper pour leurs travaux sur AlphaFold, un système capable de prédire la structure tridimensionnelle des protéines.
Ancien prodige des échecs, concepteur de jeux vidéo à succès, neuroscientifique diplômé de Cambridge et de l’UCL, Demis Hassabis a cofondé DeepMind en 2010 avant de vendre l’entreprise à Google pour 500 millions de dollars en 2014. Son programme AlphaGo a marqué l’histoire en battant le champion du monde de Go en 2016.
Aujourd’hui, DeepMind développe Gemini, la célèbre IA de Google implémentée sur le web ainsi que sur les appareils Android. Demis Hassabis incarne la branche scientifique et académique de l’IA, celle qui rêve de percées fondamentales plutôt que de produits commerciaux.
Fei-Fei Li : la pionnière de l’IA

Fei-Fei Li, 48 ans, est une légende vivante de l’intelligence artificielle. Professeure à Stanford, elle a créé ImageNet, la base de données qui a révolutionné la vision par ordinateur et permis l’essor du deep learning moderne. Sans ses travaux, la reconnaissance d’images, la conduite autonome et des dizaines d’applications quotidiennes n’existeraient tout simplement pas.
Après avoir dirigé le laboratoire d’IA de Stanford et occupé des fonctions chez Google Cloud, Fei-Fei Li a fondé World Labs en 2024, une startup valorisée à plus d’un milliard de dollars dès son lancement. Son objectif : développer une “intelligence spatiale” capable de comprendre et d’interagir avec le monde physique en trois dimensions.
Une consécration pour le meilleur et pour le pire
Comme le souligne le magazine TIME lui-même, “pendant des décennies, l’humanité s’est préparée à l’avènement des machines pensantes”. En 2025, le débat sur l’utilisation responsable de l’IA a fini par être dépassé par son déploiement massif. Les investissements se comptent en centaines de milliards de dollars, les centres de données prolifèrent, et les applications se multiplient dans tous les secteurs.
Mais cette accélération ne fait pas l’unanimité. Selon une étude récente du cabinet Edelman, l’IA ne fait rêver qu’une minorité mais génère une certaine anxiété chez une majorité de la population (peur du chômage technologique, crainte de la désinformation automatisée, inquiétudes sur la vie privée). TIME Magazine lui-même reconnaît ce paradoxe en définissant l’IA comme “l’outil le plus déterminant dans la compétition entre grandes puissances depuis l’avènement de l’arme nucléaire”.
D’aucuns diront que la sélection de TIME fait figurer des personnalités parfois décriées. On pense notamment à Elon Musk. Mais le magazine rappelle que la “Personnalité de l’année” n’est pas nécessairement un honneur.
Il explique par exemple avoir désigné Adolf Hitler en 1938 ou Vladimir Poutine en 2007. Le critère de sélection n’est pas moral mais repose sur des faits : TIME identifie celui ou ceux qui ont le plus influencé l’actualité mondiale, “pour le meilleur ou pour le pire”.
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