Passer au contenu

Wall Street et la tech : la fin de la récréation (Edito)

Le Nasdaq a perdu 5 % en dix jours, principalement à cause des géants de la tech. Une dégringolade qui a suscité beaucoup de surprise. Pourtant, il fallait s’en douter.

Mardi 9 juin, l’indice Nasdaq a terminé en baisse de 1 % après avoir frôlé les -3 % en séance. Le VIX, baromètre de la volatilité du S&P 500, a dépassé 23 points en séance (au plus haut depuis plusieurs semaines). Les analystes de Goldman Sachs s’inquiètent publiquement de la trajectoire des actions américaines. Wells Fargo alerte sur les risques liés à la concentration des performances autour d’un petit nombre de valeurs. Rien ne va plus à Wall Street. Tout le monde joue la surprise, alors que tout ceci était prévisible.

Entre janvier et juin 2026, le secteur technologique américain a réalisé quelque chose d’assez spectaculaire : en six mois, l’indice SOX des semi-conducteurs a presque doublé. Porté par une demande que Goldman Sachs qualifie d’«insatiable» pour les centres de données et les puces mémoire, le marché a décidé que l’intelligence artificielle était non seulement l’avenir, mais qu’elle était déjà rentable. Grossière erreur.

Cette semaine, le géant des puces Broadcom a dévoilé ses résultats trimestriels. Grosse clim’ à la Bourse. Les analystes ont jugé ces bilans insuffisants au regard d’attentes devenues stratosphériques. Logique : quand les valorisations progressent si vite, le moindre écart entre la promesse et la livraison est sanctionné.

Apple et Starlink compliquent les choses

Apple n’a pas arrangé les choses. Lundi 8 juin, soir de sa keynote WWDC, l’action a cédé près de 2 %, puis 4 % supplémentaires le lendemain. L’entreprise avait présenté Siri AI, une refonte complète de son assistant vocal (entraîné par Gemini de Google) attendu depuis deux ans. Problème : Apple n’a annoncé aucune date de lancement définitive. On a dû se contenter d’annonces de bêtas “plus tard dans l’année”, d’une diffusion générale à l’automne “en parallèle du prochain iPhone” et d’une indisponibilité en Europe et en Chine jusqu’à nouvel ordre. Tim Cook a même reconnu devant ses développeurs qu’Apple n’a pas encore tenu toutes ses promesses en matière d’IA. Sur des marchés qui ont survalorisé chaque annonce depuis dix-huit mois, ce genre d’aveu coûte cher.

À cela s’ajoute un facteur de liquidité sans précédent. Vendredi, SpaceX s’apprête à entrer en Bourse dans ce qui sera, de très loin, l’introduction la plus importante de l’histoire des marchés américains, avec au moins 75 milliards de dollars d’actions proposées. Pour les investisseurs qui veulent être de la partie, il faut trouver des liquidités quelque part. Quoi de mieux que les valeurs tech déjà en portefeuille ?

Le contexte macroéconomique complique encore l’équation. L’économie américaine tient bon mais l’inflation repart à la hausse. La Réserve fédérale est contrainte de durcir sa politique monétaire, ce qui fait remonter le coût du capital et comprime mécaniquement la valeur des actifs à long terme. C’est-à-dire exactement les valeurs tech dont le Nasdaq est gorgé.

Faut-il y voir une crise de l’IA ? Pas encore. Les centres de données continueront à se construire, les puces à se vendre et les modèles à progresser. Mais depuis dix-huit mois, le marché a pris l’habitude de valoriser l’IA comme si chaque promesse se transformait en or. Wall Street redécouvre cette semaine ce que tout investisseur sait depuis toujours : les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Même quand ils s’appellent Nvidia.

  • Le Nasdaq a chuté de 5 % en dix jours, principalement à cause des performances décevantes des géants de la tech.
  • Apple et Broadcom ont déçu les investisseurs, aggravant la situation sur un marché déjà surévalué.
  • La hausse de l’inflation et les mesures restrictives de la Réserve fédérale compliquent la valorisation des actions technologiques.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech