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Yellowstone : ce super-volcan pourrait détruire l’Amérique du Nord en quelques semaines

Personne ne le voit, mais des millions de touristes foulent son sol chaque année.

Situé à cheval sur trois États (le Wyoming, le Montana et l’Idaho) le parc national de Yellowstone s’étend sur près de 9 000 km², soit l’équivalent de la Corse. Ce vaste territoire d’altitude, perché à plus de 2 000 mètres, est formé de hauts plateaux, de vallées glaciaires, de forêts de conifères et de rivières sinueuses. Il est le plus ancien parc naturel du monde, et certainement l’un des plus beaux endroits de notre planète, mais son sous-sol est une fournaise ardente, l’une des plus actives au monde.

De nature volcanique, c’est à lui que Yellowstone doit ses magnifiques paysages : immenses geysers, sources chaudes et mares de boue bouillonnantes. Cette activité géothermique intense est le signe qu’un gigantesque réservoir de magma partiellement fondu persiste sous sa surface. Le parc est assis en réalité sur un super-volcan, qui, s’il venait à se réveiller de nouveau, pourrait transformer la planète entière.

Yellowstone (geyser)
L’un des nombreux geysers du parc, provoqué par l’activité intense de son sous-sol. © Jacob W. Frank / NPS

Une machine géologique colossale

Compte tenu de son profil géologique, Yellowstone n’est pas une montagne volcanique comme le sont le Mont Saint Helens (Washington) ou le Vésuve (Italie), par exemple. C’est une caldeira, c’est-à-dire une immense dépression formée par l’effondrement de la croûte terrestre sur elle-même après une éruption monstrueuse. La dernière a eu lieu il y a environ 631 000 ans ; des milliers de km³ de cendres, de roches et de gaz se sont répandus alors dans l’atmosphère. On parle alors de superéruption, car plus de 1 000 km³ de matière ont été violemment expulsés des entrailles du parc.

Le système volcanique du parc ne fonctionne pas comme un volcan classique, il est alimenté par ce qu’on appelle un hotspot : une zone fixe de remontée de chaleur en profondeur, depuis le manteau terrestre. Ce hotspot chauffe deux réservoirs de magma superposés.

Le premier, situé entre 20 et 50 km sous la surface, contient du magma basaltique (fluide et très chaud). Le second, entre 4 et 14 km, contient du magma rhyolitique (plus visqueux et plus explosif). C’est ce dernier qui alimente les geysers (voir ci-dessus) et les sources chaudes, et potentiellement les éruptions futures. Le schéma ci-dessous montre assez clairement cette organisation souterraine, unique à Yellowstone.

Schéma Yellowstone
Schéma de la structure souterraine du super-volcan de Yellowstone, montrant les deux chambres magmatiques superposées alimentées par le panache du manteau (le hotspot). © Huang et al., 2015

Que se passerait-il si Yellowstone explosait aujourd’hui ?

Une superéruption ne se déclenche pas comme le ferait soudainement une bombe, c’est un engrenage géologique très lent qui se met en branle. Pendant des siècles, voire des millénaires, la chaleur remonte depuis les profondeurs du manteau terrestre, fait progressivement fondre la roche, gonfle le sol. Rien ne se verrait à l’œil nu, mais sous la crôute terrestre, la pression s’accumule ; elle finirait par se bomber, se fissurer, pour finir par enfin céder.

Tous les gaz accumulés dans le magma (vapeur d’eau, dioxyde de carbone, dioxyde de soufre) s’échapperaient d’un coup, comme si l’on ouvrait une cocotte-minute à pleine pression. La décompression serait si violente qu’elle pulvériserait la croûte terrestre et le parc entier exploserait sous sa force. En quelques heures, une colonne de cendres et de roches volcaniques serait projetée à des dizaines de kilomètres d’altitude. Le panache formé serait bien plus important que celui qui a suivi la dernière grosse éruption de l’Etna le lundi 2 juin.

Le souffle qui s’en dégagerait serait meurtrier ; dans les États voisins du parc, on compterait des dizaines de milliers de morts, pris au piège par une onde de choc incandescente, victimes d’effondrements, et d’un ciel noir qui tomberait littéralement sur les villes adjacentes.

Les cendres retomberaient en nappes épaisses sur plus de 1 000 km à la ronde. Assez pour bloquer les routes, effondrer les toitures, paralyser les réseaux électriques et contaminer les réserves d’eau. L’aviation commerciale, elle, serait complètement clouée au sol à l’échelle du continent. Mais le pire reste à venir.

Les gaz volcaniques, une fois parvenus dans la haute atmosphère, se mêleraient à la vapeur d’eau pour former des aérosols sulfuriques : de minuscules particules en suspension qui réfléchissent la lumière du soleil. Les températures chuteraient lentement, jusqu’à perturber complètement les températures mondiales. C’est ce qu’on appelle un hiver volcanique : un refroidissement prolongé qui toucherait d’abord les zones tempérées et compromettrait ensuite la stabilité des saisons.

Toutefois, rassurez-vous, une éruption de ce type est hautement improbable à l’échelle humaine. D’après les données du Yellowstone Volcano Observatory, le magma sous la caldeira est très majoritairement à l’état solide. La partie réellement fondue, celle qui pourrait s’écouler, représente entre 5 et 15 % du réservoir supérieur, et seulement 2 à 5 % dans le réservoir profond. C’est très en dessous du seuil nécessaire pour déclencher une superéruption.

Le volcan est actif, mais loin d’être prêt à exploser. Il est sous surveillance constante, c’est même l’un des volcans les plus surveillés au monde. Un réseau de sismographes, de capteurs GPS et de satellites le sondent en permanence afin de détecter le moindre signe avant-coureur : gonflement du sol, mini-séismes, changements dans la composition des gaz émis en surface, etc.

Jamais Yellowstone ne connaîtra d’explosion surprise, les signaux mentionnés précédemment se manifesteraient des années à l’avance. En ce sens, les vulcanologues ne le considèrent donc pas comme une menace imminente ; le scénario d’une superéruption, au regard des constantes physiques actuelles, est strictement impossible au court terme. Au long terme, c’est une autre histoire, mais il est probable que l’espèce humaine disparaisse avant que Yellowstone se réveille de nouveau. Pendant qu’il ronflera encore quelques milliers d’années, nous avons d’autres problèmes bien plus urgents à régler. L’apocalypse volcanique attendra !

  • Yellowstone est une immense dépression volcanique active, non une montagne, caractérisée par une forte activité géothermique due à des réserves de magma sous sa surface.
  • Alimenté par un point chaud, le parc repose sur deux chambres magmatiques superposées, la plus superficielle contenant du magma rhyolitique alimentant les phénomènes de surface.
  • Malgré son potentiel destructeur en cas de superéruption, les données actuelles montrent que le volcan est stable et sous surveillance constante, rendant une éruption impossible à court terme.

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