Non mais vous avez vu ce titre un peu ?
J’ai pas peur de balancer de la sentence définitive, je suis en verve ce matin, je vous le dis.
Il y a encore quelques mois, voire une paire d’années, nous faisions le constat que l’usage des fils RSS restait confidentiel, tout affligés que nous étions de voir que l’un de nos outils favoris restait encore et de loin un truc de geeks. Même pas un truc de barbus, non. Un pur truc de geeks.

Mais nous pensions aussi que nous étions au début de quelque-chose, et que la vague du RSS allait submerger irrésistiblement les utilisateurs d’internet au même rythme que les blogs (voire les Skyblogs), tel un tsunami XML.
Cela ne serait qu’une question de quelques mois, le temps qu’Internet Explorer 7 arrive avec son lecteur de flux intégré aussi facile à utiliser qu’un vulgaire gerstionnaire de favoris, et…
Et rien.
Les mois ont passé, l’icône du RSS a fait peau neuve, les agrégateurs sont devenus plus conviviaux, nous avons tous pris quelques rides (enfin vous, surtout), Internet Explorer 7 est arrivé, et l’utilisation des fils RSS n’a pas opéré la percée espérée dans le grand public.

L’effet trompeur du Web 2.0
La formidable caisse de résonnance générée par l’avènement des blogs a tendance à masquer la réalité en nous faisant presque oublier que les fils RSS ne sont pas nés avec le Web 2.0 comme on aurait un peu tendance à le croire un peu hâtivement. Les RSS existent depuis une bonne dizaine d’année, et la syndication de contenu est presque aussi vieille que le web grand public…
Du coup, on peut en déduire que les carottes sont cuites : à la vitesse où vont les choses dans le web, il y a peu de chances pour qu’un service lié à une technologie qui existe depuis dix ans sans avoir percé auprès du grand public le fasse un jour.

Mais pourquoi donc, dis?
En fait nous nous sommes copieusement fourrés le doigt dans l’oeil en évangélisant avec la certitude que cela ne serait qu’une question de temps.
Car les flux RSS ne correspondent tout simplement pas à un besoin du grand public.
Les flux RSS, les agrégateurs, la syndication, tout ça, ce sont des outils spécialisés destinés à des spécialistes, en l’occurence principalement des blogueurs, et encore, pas tous : je serais curieux de connaître le pourcentage réel de blogueurs qui utilisent les flux RSS (hors blogs high-tech bien sûr).
Des outils spécialisés, donc, qui répondent à un ensemble de besoins :

  • veille technologique, juridique, marketing…
  • ingurgiter un maximum d’informations dans un temps optimal
  • organiser et hiérachiser cette information
  • séparer la forme du contenu
  • partager du contenu
  • déporter les contenus (mobiles…)

Bref, une formidable capacité à traiter de l’information pour pouvoir la rediffuser à sa sauce.
Soit des outils que je qualifierais presque de professionnels, pas dans le sens où ils génèrent un chiffre d’affaires, mais par opposition à "grand public".

Le grand public n’en a cure
Le grand public, justement, il s’en tape, des RSS, et il s’en tapera toujours. Parce-qu’il n’en n’a pas besoin. Tout simplement.
Le grand public a un parcours sur le web complètement différent du nôtre.
Regardez autour de vous et vous verrez : chez votre maman ou votre oncle, pas de Netvibes, pas de Google Reader. Dans la vraie vie, les gens surfent encore sur le web.
Oui, ils surfent. Ils n’agrègent pas. Ils vont chercher l’info, elle ne vient pas à eux. Et ils ont plaisir à le faire. Important, la notion de plaisir.
Ils ouvrent des pages, les visitent, en ouvrent d’autres, regardent une vidéo, font une recherche dans Google, écoutent un extrait de chanson de mauvaise qualité sur Fnac.com, matent une bande-annonce sur Allociné…
Ils zappent. Comme avec la télé. Ils sont spectateurs du web, rarement acteurs. Soit l’antithèse de l’expérience proposée par un agrégateur.
Et l’hyper-dématérialisation induite par les RSS a probablement quelque-chose de déroutant pour eux.
Quand j’ai cité votre maman ou votre oncle, ce n’est pas non plus une question de génération : regardez aussi vos neveux ou vos enfants, qu’ils aient 8 ou 15 ans : ils utilisent un agrégateur ? Non. Ben voilà.

Résumons :

  • avec les fils RSS nous avons une technologie idéale pour la veille sur internet
  • celle-ci est destinée avant tout aux "professionnels"
  • elle ne correspond pas à un besoin massif du grand public
  • les geeks-blogueurs et les professionnels de la veille utilisent les RSS, comme les médecins utilisent le Vidal. Or on n’a jamais imaginé que le Vidal soit un jour un best-seller (et encore moins qu’il reçoive un prix littéraire).

Je n’ai pas les dernières statistiques en main, mais les chiffres couramment diffusés font état d’un chifre situé entre 10 et 15% d’internautes qui utilisent un agrégateur.
Je pense que nous avons atteint là un seuil qu’il sera difficile de dépasser.

Doit-on pour autant déplorer cet état de fait ?
Pas sûr du tout. En tant qu’utilisateur, je fais un usage important de la veille via RSS.
En temps que blogueur, soit "producteur" de contenu, je suis beaucoup moins enclin à convaincre mes lecteurs de s’abonner à mon flux, même si le nombre d’inscrits ne cesse de croître (+ 1000 sur la semaine écoulée).
Car en temps que producteur de contenu, si j’avais à choisir, je préférerais de loin que les presse-citronnautes viennent sur mon blog plutôt qu’ils le scannent rapidement dans leur agrégateur parmi 158 autres flux.

C’était notre rubrique Paroles d’expert (qui se la pète).
A vous les studios.