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« Il chassait les poules et miaulait différemment » : une espèce de chat inconnue vient d’être découverte, la première en un siècle

Voilà plus de 100 ans que la famille des félins n’avait pas accueilli un nouveau membre. Absolument charmant sous tous les aspects, ce petit chat de 1,4 kilo vivait sous le nez des scientifiques depuis bien longtemps : une famille l’avait adopté et domestiqué.

Le dernier félin à avoir été formellement décrit comme espèce entièrement inédite remontait à 1923, avec la découverte du Leopardus fasciatus, un petit chat des pampas uruguayen nommé par le naturaliste Dámaso Antonio Larrañaga. La taxonomie des chats a, certes, bougé depuis un siècle : l’Oncille du sud (Leopardus guttulus) a été séparée de l’Oncille (Leopardus tigrinus) en 2013 ; le Chat-tigre des nébuleux (Leopardus pardinoides) a été élevé au rang d’espèce en 2024. Mais ces cas relèvent de la reclassification, c’est-à-dire de la réorganisation génétique d’espèces ou sous-espèces déjà connues par les scientifiques.

Le 17 septembre 2026, une étude publiée dans la revue Current Biology vient d’officialiser l’existence de Leopardus tilcayo, une nouvelle espèce de Chat-tigre vivant dans les forêts d’altitude en Bolivie. Une découverte exceptionnelle pour la zoologie, qui l’est d’autant plus que l’habitat de ce petit félin est gravement menacé par la déforestation et le réchauffement climatique. Une première découverte de nouvelle espèce de chat sauvage en un siècle, mais qui ne devrait pas être la seule, selon les chercheurs. D’autres suivront.

Un faux félin de compagnie au comportement suspect

Il faut remonter dix ans en arrière pour revenir à la genèse de l’identification de Leopardus tilcayo, en 2016. Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne, exploratrice National Geographic et fondatrice du Programme de recherche sur les félins de Bolivie, reçoit un appel du sanctuaire animalier Senda Verde, refuge et sanctuaire de faune sauvage située dans la région des Yungas. Un habitant de la région leur avait confié un animal qu’il avait recueilli chaton au bord d’une route forestière, convaincu d’avoir adopté un chat domestique (voir post sur X ci-dessous).

Pendant plus d’un an, la famille l’a pris sous son aile, en le nourrissant de pâtes et d’œufs, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’il chassait aussi les poules et émettait des miaulements qu’aucun chat domestique ne peut produire. Ses comportements étaient ceux d’un prédateur et non ceux d’un paisible chat de maison.

Anatomiquement parlant, il s’en distingue également : sa face est plus ramassée, ses oreilles plus courtes et arrondies et son pelage est couvert de rosettes bien plus larges que celles de l’Oncille (Leopardus tigrinus), l’espèce à laquelle Nogales-Ascarrunz crut d’abord avoir affaire. C’est un poids-plume : son gabarit est bien inférieur à celui d’un chat de gouttière puisqu’il mesure environ 46 centimètres de long et pèse à peine 1,3 ou 1,4 kilo. « J’ai pris une centaine de photos », raconte Nogales-Ascarrunz. « J’étais fascinée. »

C’est en 2019, en préparant un guide illustré des félins boliviens, que la chercheuse compara son spécimen aux photos de référence de L. tigrinus venues du Brésil, seule documentation disponible pour une espèce que l’on croyait répartie sur tout le continent. Elle réalisa alors que les rosettes du félin bolivien étaient nettement plus grandes que celles de ses supposés congénères d’outre-frontière.

Sauf que la morphologie seule ne suffit pas à décrire une espèce ; la génomique (analyse de l’ADN) est devenue l’outil de référence de la taxonomie moderne. Nogales-Ascarrunz consacrera ainsi plusieurs années à se former à ces méthodes. Puis, aux côtés d’Eduardo Eizirik, généticien à l’Université pontificale catholique du Rio Grande do Sul, et de Jonas Lescroart, de l’Université d’Anvers, l’équipe compare les génomes complets de 38 individus du genre Leopardus et confirme que l’animal récupéré en 2016 constitue une lignée distincte, séparée des autres Chats-tigres depuis environ 1,4 million d’années. Une distance évolutive comparable à celle qui sépare le lion contemporain (Panthera leo) du lion des cavernes (Panthera spelaea), disparu il y a environ 12 000 à 14 000 ans.

Il a été baptisé Leopardus tilcayo, pour la simple et bonne raison que « tilcayo » est le nom que lui donnent les habitants des Yungas depuis des générations, bien que l’on ne connaisse pas exactement son origine.

Nous n’en sommes probablement qu’au commencement

Leopardus tilcayo, à lui seul, complexifie la ramification de l’arbre phylogénétique du genre auquel il appartient, Leopardus, puisque son identification porte à cinq le nombre d’espèces de Chats-tigres sud-américains là où les scientifiques n’en reconnaissaient qu’une seule il y a encore treize ans. Et ce n’est qu’un début : les mêmes méthodes génomiques appliquées au Margay (Leopardus wiedii), un autre petit félin tacheté que les taxonomistes traitaient comme une espèce unique répartie du Mexique à l’Argentine, laissent entrevoir qu’il recouvrirait en réalité quatre espèces distinctes.

« Les méthodes employées dans cette étude révéleront de nouvelles espèces de petits félins sauvages en Afrique et en Asie », prédit même James Sanderson, fondateur de la Small Wild Cat Conservation Foundation. Si un félin a pu vivre autant de temps dans les Yungas sans être formellement identifié durant des siècles, les forêts tropicales d’Afrique centrale et d’Asie du Sud-Est, dont la couverture génomique des petits félins est encore plus lacunaire, recèlent probablement des espèces inconnues. Quant à savoir si nous disposerons du temps nécessaire pour les trouver avant que les activités humaines ne les emportent, la question reste dramatiquement ouverte. Pour le tilcayo, que l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) n’a pas encore intégré à ses listes, tout reste à établir : nombre d’individus, aire de répartition exacte, régime alimentaire, comportements alimentaires ou reproducteurs… Lui donner un nom n’était qu’une première étape, le véritable travail de conservation ne fait que commencer.

  • Une nouvelle espèce de chat, Leopardus tilcayo, a été découverte en Bolivie, marquant la première identification d’un félin en plus de 100 ans.
  • Cette espèce a été révélée grâce à des analyses ADN et se distingue par sa morphologie et son comportement de chasseur.
  • Leopardus tilcayo fait face à des menaces environnementales, et des efforts de conservation sont désormais nécessaires pour préserver cette espèce récemment identifiée.

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