Ce vendredi 18 septembre donne le départ des élections législatives russes qui permettront d’élire les 450 députés qui siègent au Parlement national, la Douma. Ce scrutin, qui se conclut dimanche, ne laisse guère de place au doute quant à son résultat, tant tout est fermement encadré par le Kremlin et ses soutiens, qui tiennent le pays d’une main de fer. Ainsi, le parti Russie Unie de Vladimir Poutine remportera de manière certaine la majorité, même si ce rendez-vous n’est pas dénué d’intérêt.
Il s’agit en effet des premières élections parlementaires depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Ainsi, les habitants des territoires ukrainiens actuellement occupés prendront part au vote. Dès lors, alors que le gouvernement russe revendique l’intégralité des oblasts de Donetsk, Kherson, Louhansk et Zaporijjia, des représentants seront désignés sur place.
Vladimir Poutine est-il fébrile ?
Ces élections prennent aussi place dans un contexte politique et économique très particulier. Si la contestation publique reste très compliquée en Russie (et peut rapidement mener en prison), le mécontentement semble gagner une bonne partie de la population.
Les frappes régulières de drones ukrainiens ont de fait fini par endommager les infrastructures pétrolières, des usines et des centres logistiques des géants du e-commerce (Wildberries et Ozon). La guerre n’est donc plus lointaine pour les habitants, mais elle s’inscrit dans le quotidien, avec des pénuries de carburant dans les grandes villes et les régions plus éloignées du front qui agacent très fortement.
Signe de la fébrilité qui gagne Vladimir Poutine, le parti libéral antiguerre Iabloko a été exclu de manière précipitée du scrutin après avoir été autorisé. Alors que des sondages annonçaient une percée de ce mouvement politique, les autorités ont souhaité s’éviter un camouflet.
Ainsi, les partis autorisés en dehors de Russie Unie restent pour la plupart dans les clous et aucun, du Parti communiste aux libéraux-démocrates (nationalistes d’extrême droite), ne prend le risque de s’opposer ouvertement à la guerre en Ukraine ou de demander l’arrêt des combats.
Tricher à une élection, mode d’emploi
La triche a toujours été plus ou moins présente lors des élections russes depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, mais elle atteint désormais des sommets. Selon certains observateurs, les administrations régionales ont reçu des directives précises du Kremlin, qui fixe un objectif pour que Russie Unie obtienne environ 75 % des voix avec un taux de participation supérieur à 50 %.
Dans un récent article, le média d’opposition Meduza a documenté la manière dont le pouvoir s’y prend pour tricher : bourrage des urnes (notamment pendant le vote à domicile ou dans les sacs scellés la nuit), vote électronique à distance « supervisé », falsification des procès-verbaux à plusieurs niveaux, suppression de données dans le système Vybory. Enfin, la mise en place du vote sur trois jours facilite particulièrement la fraude nocturne.
Cela dit, l’opposition russe conseille néanmoins à ses partisans d’aller voter pour les concurrents de Russie Unie. Pourquoi ? Le dépouillement lui-même est parfois honnête au niveau local. De même, les plaintes déposées par des observateurs présents au dépouillement obligent légalement les commissions à répondre et permettent parfois d’obtenir des preuves, ce qui démontre la mauvaise foi du système électoral. Enfin, plus les opposants au pouvoir votent, plus la fraude devient techniquement difficile et risquée à réaliser.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.