Séparer Messenger de Facebook : « Si c’était à refaire, on le referait »

Rencontre avec David Marcus, vice-président Facebook en charge de Messenger, pour un retour sur les coulisses de son débauchage par Mark Zuckerberg et la stratégie de Messenger.

David Marcus a pris le poste de vice-président de Facebook (en charge des produits de messagerie) depuis seulement 6 mois. Pourtant, lorsqu’il s’exprime sur la stratégie du groupe, c’est en donnant le sentiment d’avoir participé à l’aventure depuis son commencement dans une chambre estudiantine de Harvard.

Ce français de 41 ans s’exprime aujourd’hui avec un français teinté d’anglais. Les mots (et notamment les termes techniques) n’arrivent pas en français dans son esprit mais sortent dans la langue de Shakespeare. Il s’en excuse avec un sourire, même s’il est difficile de le reprocher à un homme qui a passé la majorité de sa carrière aux Etats-Unis. Entrepreneur en série, il a fondé de multiples entreprises et notamment Zong, dont le rachat par Paypal l’amènera à terme à prendre les rênes en tant que président.

messenger

C’est alors qu’il occupe ce poste que David Marcus recevra une invitation à dîner de Mark Zuckerberg. Rien d’inhabituel à cela, avait-il pensé, c’était probablement pour poursuivre une discussion commencée lors d’un précédent repas sur un potentiel partenariat entre Paypal et Facebook.

Les intentions du CEO de Facebook étaient pourtant toutes autres. Le dîner avait commencé depuis moins de 20 minutes que Mark Zuckerberg lui proposait de venir rejoindre Facebook. « La messagerie est l’avenir de Facebook, lui avait-il expliqué. Et je veux te mettre à la tête de la division Messenger« .

Surpris par cette proposition, David Marcus avait simplement répondu qu’il allait y réfléchir. La perspective de réinventer la manière dont le monde communique était un challenge séduisant pour cet entrepreneur dans l’âme… mais il n’avait pas encore prévu de quitter la présidence de Paypal à ce moment là.

Le lendemain, un mail de Mark Zuckerberg l’attendait dans sa boîte. En vérité, ce sont plusieurs tentatives que réalisa le patron de Facebook pendant les semaines qui suivirent.

David Marcus, déjà séduit par la vision, se laissa convaincre face à cette « agressivité » à le faire venir. Cela lui envoyait un message sur l’état d’esprit de Facebook : une équipe de gagnants qui vont tout faire pour acquérir ce qu’ils veulent.

Le voilà donc maintenant officiellement VP Messaging Products chez Facebook.

david marcus

Décevoir les utilisateurs pour améliorer l’expérience

Son arrivée à la tête de Messenger se fera à un moment particulier de la vie du produit. Depuis peu, l’application « Facebook » s’est séparée de la partie messagerie pour forcer les utilisateurs à télécharger l’application « Messenger ». Une décision qui sera loin de faire l’unanimité auprès des utilisateurs qui y virent une dégradation de l’expérience.

Mais bien droit dans ses baskets, David Marcus clamera : « Si c’était à refaire, on le referait ».

Il n’était pas encore en poste au moment de ce choix, mais il embrasse complètement celui-ci pour le faire sien.

« Nous ne pouvions pas réussir à faire une vraie plateforme de messagerie en restant dans l’application Facebook, il fallait itérer rapidement, le faire comme une fonctionnalité à part, sortir Messenger de Facebook. Sur le long terme, c’est la bonne décision. »

Si Facebook n’affiche aucun doute sur le bien fondé de sa stratégie, elle peut d’ores-et-déjà afficher des données qui la justifient.

David Marcus avancera ainsi les 500 millions d’utilisateurs mensuels actifs sur Facebook Messenger aujourd’hui. Un demi-milliard de personnes qui répondent 20% plus vite qu’à l’époque où la messagerie était intégrée à Facebook. Une rapidité accrue qui est exactement l’objectif du réseau social, puisqu’avec Messenger, il est question de « renverser ce paradigme de messagerie asynchrone (email) vers un vrai système de messagerie en temps-réel » d’après Marcus.

Un retour à l’entrepreneuriat

David Marcus a quitté un poste de président chez Paypal pour le rôle de vice-président chez Facebook. Et pourtant, dans son esprit, il s’agit d’un retour à l’esprit start-up. C’était ce qu’il recherchait en arrivant chez Facebook, retrouver la gestion de petites équipes (même si le terme « petit » est à relativiser devant la centaine de personnes travaillant pour Messenger aujourd’hui).

Pour Marcus, ce passage chez Facebook lui offre « le meilleur de la start-up« , lui permettant de travailler sur le produit sans avoir à réfléchir au financement, au board meeting… tout en atteignant immédiatement une population énorme.

C’est donc également cette liberté que va permettre la séparation de Facebook et de Messenger, un mode start-up qui va permettre d’apporter de nouvelles fonctionnalités rapidement. Le fonctionnement de la division Messagerie est ainsi proche de celui d’Instagram, une grande liberté tout en travaillant en étroite collaboration avec l’ensemble des équipes de Facebook Inc.

Le résultat : le test de fonctionnalités de transcription automatique de l’audio vers le texte (idéal pour prendre connaissance d’un message audio en réunion, sans devoir l’écouter). Une fonctionnalité qui arrivera en France uniquement lorsque l’équipe sera satisfaite de la qualité.

L’objectif de Messenger : devenir la meilleure plateforme pour s’exprimer de manière riche, de partager des sentiments, des émotions.

 

 


11 commentaires

  1. Il s’avère jusqu’à maintenant que toutes les investissements de Mark Zuckerberg sont gagnante y compris le choix de son personnelle hautement qualifiée pour des défit majeurs, d’ailleurs David Marcus n’aurait pas quitter son poste si ce n était pas pour lui un grand défit et une occasions d’entrer dans l’histoire
    C’est ça l’ambition

  2. Pingback: Séparer Messenger de Facebook : "Si...

  3. Ouai enfin si tu n’as plus à te préoccuper du financement et autres joies de ce milieu, que tu gères une équipe dépassant la centaine, et l’assurance d’un salaire confortable à long terme, on peut plus vraiment appeler ça un esprit « start-up » ! Enfin bon, j’imagine que sans cette illusion sa vie serait moins rock’n roll ! Que ferait-on sans les golden boys….

  4. Valentin-Pringuay on

    @MrPatat : En effet, c’est un esprit start-up édulcoré… mais le bonhomme a déjà pu régulièrement se mettre en danger pour lancer de multiples business sans le confort et avec le rock’n’roll. Je pense qu’il a le droit de prendre un peu de confort… et tant mieux pour lui si le sentiment général reste « start-up ».

    @Olivier : je vais justement en parler dans un second article. Whatsapp restera séparé de Messenger comme un produit à part. En vérité, certains pays raffolent de Messenger (la France par exemple) alors que d’autres ne jurent que par Whatsapp (l’Espagne). On va dire que c’est le moyen de contenter tous le monde en laissant le choix 😉

  5. Bonjour et merci pour cet article.

    J’étais l’un des premiers à râler et à trouver cela « abusé » que Facebook nous oblige à passer par son service de messagerie. Mais sincèrement avec un peu de recul je trouve cela beaucoup plus pratique. En effet, l’application FB rame sur mon téléphone et je n’allais plus consulter mes messages que via mon macbook. A l’inverse, l’appli messenger est très lite et très rapide. Par conséquent Monsieur Marcus a tout à fait raison lorsqu’il parle d’amélioration de l’expérience utilisateur.

    Maxime

  6. A ce propos, j’ai essayé d’installé Facebook messenger sur mon pc sauf qu’il y a un message lors de la fin d’installation m’indiquant que cette application à cessé de fonctionné et cela depuis le mois de Mars sur Windows !
    Qu’est ce que cela veux dire ?

  7. Pingback: Facebook Messenger va révolutionner la communication entreprises/consommateurs

  8. Pingback: Facebook Messenger Business & Platform : un tournant pour le réseau social ?

  9. Pingback: Le compte Facebook n’est plus requis pour utiliser Messenger

Send this to friend

Lire les articles précédents :
Your Story
Your Story, une infographie basée sur vos informations personnelles et les archives de la BBC

Une autre bonne façon de perdre son temps sur internet et une bonne raison (ou pas) de laisser un algorithme...

Fermer