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Esclavage : le Royaume-Uni se dit prêt à faire des excuses historiques (mais refuse les réparations financières)

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a ouvert la voie à de futures excuses officielles de l’État pour la traite négrière, brisant un tabou vieux de plusieurs siècles. Mais il exclut, en parallèle, tout versement de compensations financières, et privilégie une « troisième voie ».

Le sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) s’ouvre sous une tension inédite. Arrivé sur place aux côtés du roi Charles III, le Premier ministre britannique Andy Burnham a fait le choix de rompre net avec la posture de ses prédécesseurs. Le nouveau chef du gouvernement a en effet annoncé l’ouverture d’un « dialogue structuré » avec les nations touchées par la traite négrière transatlantique.

Cette démarche ouvre la voie à une étape que le Royaume-Uni s’est toujours refusé à franchir : des excuses officielles formelles au nom de l’État britannique, qui pourraient être formulées d’ici à un an. Dans une tribune publiée dans le Guardian, Andy Burnham a directement résumé ce changement de cap :

« Pendant des années, les membres du Commonwealth touchés par la traite des esclaves ont demandé une conversation honnête sur cet héritage. En mettant la tête dans le sable, nous avons nui à la capacité du Commonwealth à fonctionner. Écouter les appels à une excuse officielle constituera une part importante de ce processus, et j’y suis ouvert ».

Les conservateurs montent au créneau

L’objectif est désormais de co-rédiger le texte et la portée de cette déclaration avec les leaders caribéens et africains. Londres espère ainsi désamorcer un sujet explosif, tout en revitalisant les alliances du Royaume-Uni au sein de l’organisation.

Car le pays porte un lourd héritage. L’Empire britannique a été l’un des plus grands acteurs, financeurs et transporteurs de la traite négrière transatlantique de l’histoire moderne. S’il s’est longtemps contenté de formuler de « profonds regrets », à l’image de Tony Blair en 2006, il n’a jamais franchi le pas d’une reconnaissance juridique.

L’opposition conservatrice monte sans surprise au créneau. « Ce n’est pas parce que nous ne devrions pas exprimer de la compassion, c’est à cause de ce qui va arriver ensuite. Ce sommet est une opportunité pour les gens de commencer à demander de l’argent à la Grande-Bretagne », déplore Kemi Badenoch, la cheffe du parti.

Une reconnaissance officielle de l’État équivaut à une acceptation de sa responsabilité, ce qui faciliterait les recours en justice que préparent actuellement des avocats caribéens ou l’Union africaine, s’inspirant de la stratégie juridique qui a récemment poussé Londres à céder les îles Chagos à la République de Maurice.

Qu’est-ce que le Commonwealth ?

Le Commonwealth est une organisation intergouvernementale à adhésion volontaire qui trouve ses racines dans l’ancien Empire britannique. Fondé formellement en 1949 par la Déclaration de Londres, il regroupe aujourd’hui 56 États membres souverains et indépendants, répartis sur tous les continents. S’il rassemble une grande majorité d’anciennes colonies britanniques, il compte aussi des pays sans lien direct avec l’histoire coloniale de l’Empire, comme le Rwanda ou le Gabon.

Ses membres partagent des valeurs communes axées sur la démocratie, les droits de l’Homme, la paix et la coopération économique. Le Commonwealth représente près d’un tiers de la population mondiale.

La « troisième voie »

Mais pour éviter de telles affaires, le gouvernement britannique mise sur une « troisième voie » en renforçant les liens avec ces pays. « Nous ne croyons pas que des réparations financières soient la réponse juste ou réalisable face à l’esclavage transatlantique. Nous ne pensons pas que le bon choix soit de demander aux contribuables britanniques d’aujourd’hui d’effectuer des versements financiers pour ces actes historiques », assure Ed Miliband, ministre des Affaires étrangères.

Andy Burnham a ainsi mandaté l’ancien Premier ministre Gordon Brown pour concevoir un plan de restructuration financière afin d’alléger le fardeau des pays du Commonwealth étranglés par les intérêts. Il veut également mener des investissements conjoints dans l’éducation et la santé, ainsi que la création de groupes de travail sur les minéraux critiques et le commerce.

Les réactions sont mitigées. Si la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, salue un « partenariat de développement », Gaston Browne, Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, estime que « s’il n’y a pas de compensation, il y aura probablement une répétition de ces atrocités à l’avenir ».

Pour rappel, la France a été la première à qualifier la traite de crime contre l’humanité via la loi Taubira en 2001. En revanche, bien que les présidents successifs expriment régulièrement des « regrets » ou de la « tristesse », aucune excuse officielle d’État n’a jamais été prononcée.

  • Le Premier ministre britannique Andy Burnham s’est déclaré ouvert à présenter des excuses officielles pour la traite négrière.
  • Cette initiative provoque de vives critiques de l’opposition conservatrice, qui redoute des réclamations financières massives devant les tribunaux internationaux.
  • Londres propose une « troisième voie » axée sur la restructuration de la dette des pays du Commonwealth et des investissements ciblés.

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