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“2,3 milliards d’euros de pertes !” : Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat) s’enfonce dans la crise, mais n’assume rien

Avis de tempête sur l’industrie automobile européenne : Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat…) vient de publier des résultats alarmants pour le premier semestre 2025. Avec une perte nette de 2,3 milliards d’euros, le groupe accuse le coup après des années de profits records et se retrouve plongé dans une crise profonde, dont il peine à assumer les causes.

Le communiqué publié ce matin par Stellantis est pour le moins clair : au 30 juin, le constructeur affiche des ventes en recul de 6% sur un an, à 1,4 million d’unités. Ce chiffre, bien en deçà des attentes, s’accompagne d’une perte nette de 2,3 milliards d’euros. Une dégringolade si l’on compare ces résultats à ceux de l’année dernière : sur la même période le groupe engrangeait 5,6 milliards d’euros de bénéfices en 2024.

Désormais dirigé par Antonio Filosa (après la démission de Carlos Tavares en décembre dernier), le groupe avance plusieurs explications à cette situation critique. En première ligne, l’impact des tensions commerciales internationales, notamment la hausse des droits de douane américains décidée par l’administration Trump. Stellantis estime que ces “premiers effets des nouveaux tarifs douaniers américains” lui ont coûté à eux seuls 300 millions d’euros sur le semestre. Le constructeur prévoit également 3,3 milliards d’euros de charges nettes avant impôts, liées à l’annulation de certains programmes industriels et à la dépréciation de plateformes de production.

À ces obstacles s’ajoutent les contraintes réglementaires européennes, en particulier la loi visant à limiter les émissions de CO2 des véhicules neufs, qui impose des restructurations et des investissements massifs dans l’électrification de la gamme. Stellantis évoque une “période de transition” dans son offre, marquée par le lancement de nouveaux modèles électriques comme les Peugeot e-3008 et e-5008, mais cette mutation semble loin de compenser la chute des volumes et la dégradation des marges.

L’Amérique du Nord en chute libre

La situation est particulièrement préoccupante en Amérique du Nord, marché clé pour Stellantis avec ses marques Jeep, Dodge et Chrysler. Sur le trimestre, les ventes y ont dégringolé de 25% par rapport à l’an dernier, soit 109 000 véhicules de moins. Cette baisse s’explique en grande partie par l’impact des droits de douane sur les modèles importés, qui pèsent lourd sur la rentabilité du groupe.

En Europe, la baisse est moins spectaculaire mais reste significative : 50 000 unités de moins, soit une contraction de 6% sur un an. Sur le Vieux Continent, Stellantis met en avant la “transition de l’offre produit”, une façon détournée de désigner les difficultés rencontrées dans l’adaptation aux nouvelles normes environnementales et à la concurrence féroce sur le segment des véhicules électriques.

Face à cette accumulation de difficultés, la direction du groupe tente de rassurer, en évoquant par exemple des mesures de restructuration et un recentrage stratégique. Mais les marchés restent sceptiques, d’autant que Stellantis a suspendu en avril ses objectifs pour 2025, à cause des incertitudes liées au contexte commercial mondial.

Stellantis n’assume rien

Le départ de Carlos Tavares, figure emblématique du redressement de PSA puis de la création de Stellantis, illustre la gravité de la crise. Sa démission, motivée par des résultats financiers jugés décevants et des désaccords avec les actionnaires, a ouvert une période d’incertitude au sommet du groupe. Son successeur, Antonio Filosa, doit désormais piloter une entreprise fragilisée, confrontée à des choix stratégiques majeurs ainsi qu’à une pression croissante des marchés.

Face à ces difficultés, Stellantis la joue défensive. Plutôt que d’assumer pleinement la responsabilité de cette déroute (par exemple en reconnaissant un retard stratégique sur l’électrique), le groupe multiplie les explications externes : droits de douane, législation européenne, contexte international… Bien que réels, ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls la déroute de l’entreprise. Depuis quelques années (et malgré des résultats positifs), Stellantis accuse un sérieux retard en matière d’innovation, d’agilité industrielle et de gestion des transitions.

L’avenir de Stellantis s’annonce donc compliqué. Entre restructurations, adaptation forcée à la révolution électrique et tensions commerciales persistantes, le groupe va devoir prouver qu’il peut rebondir – et surtout, qu’il est capable d’assumer ses choix. « Gouverner, c’est prévoir ; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte. » disait l’homme politique Emile de Girardin.

  • Stellantis annonce une perte nette de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025, après des années de profits records.
  • Le groupe attribue ses difficultés aux droits de douane américains, aux contraintes européennes sur le CO2 et à une période de transition industrielle.
  • La direction, fragilisée par le départ de Carlos Tavares, peine à assumer la responsabilité de la crise et multiplie les justifications externes.

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