L’explosion des constellations de satellites en orbite basse répond d’abord à une demande mondiale en forte croissance pour un Internet rapide et à faible latence, notamment dans les zones mal desservies. Cette dynamique est portée par le déploiement de la 5G, l’essor du télétravail, l’Internet des objets et les objectifs d’inclusion numérique.
Des constellations de tailles limitées, comme Eutelsat OneWeb et ses quelque 650 satellites, suffisent pour des usages ciblés, là où la couverture peut s’appuyer sur des infrastructures terrestres existantes. Mais des projets encore plus ambitieux, au-delà de 3 000 satellites visent un accès grand public à très grande échelle, avec une couverture véritablement mondiale. Il en existe cinq aujourd’hui, et ils risquent rapidement de mener à une surexploitation de l’orbite.

Starlink de SpaceX
Et bien entendu, la constellation la plus connue est Starlink, déployée par SpaceX. Plus de 9 000 satellites évoluent actuellement à environ 550 kilomètres d’altitude, et l’entreprise d’Elon Musk affiche des ambitions pouvant aller jusqu’à 42 000 unités afin d’assurer une couverture continue et une capacité suffisante pour des milliards d’utilisateurs.
Cette montée en puissance repose sur un modèle industriel très intégré. SpaceX fabrique elle-même ses satellites dans son usine de Redmond, dans l’État de Washington, à un rythme d’environ 70 unités par semaine, soit plus de 3 600 par an. Les chaînes automatisées produisent les antennes à balayage électronique, les propulseurs ioniques et les liaisons laser inter-satellites, ce qui permet de faire chuter le coût unitaire sous le million de dollars, contre plus de 100 millions pour un satellite classique.
Le déploiement, lui, est assuré par les fusées réutilisables Falcon 9, capables de lancer 20 à 60 satellites à chaque mission. Cette maîtrise complète de la chaîne offre à SpaceX un avantage décisif sur ses concurrents, en réduisant les délais et la dépendance à des prestataires tiers.
À tel point que Starlink est devenu la principale source de revenus de SpaceX. Le service aurait généré entre 7 et 10 milliards de dollars par an en 2025, bien davantage que les lancements orbitaux. Et la cadence devrait encore accélérer avec l’arrivée de Starship.

Amazon Leo
Anciennement connue sous le nom de projet Kuiper, Amazon Leo ambitionne de réduire la fracture numérique mondiale en proposant un accès Internet haut débit et à faible latence aux particuliers, entreprises, administrations et organisations situés dans les zones peu ou mal couvertes.
Elle doit compter 3 236 satellites en orbite basse, répartis entre 590 et 630 kilomètres d’altitude sur 98 plans orbitaux. Le géant de l’e-commerce promet une latence de 30 à 50 millisecondes, grâce à des antennes à balayage électronique, des propulseurs à effet Hall pour les manœuvres de précision et une puce maison, Prometheus, chargée d’optimiser le traitement des données à bord des satellites et des terminaux.
Le groupe fabrique ses satellites en interne dans ses usines de Redmond et de Kirkland, dans l’État de Washington, avec un accent mis sur la production en série et la durabilité. Chaque engin est conçu pour une durée de vie d’environ sept ans et pour se désorbiter automatiquement en fin de mission. Amazon travaille également à réduire leur visibilité depuis le sol, via des revêtements réfléchissants destinés à limiter la pollution lumineuse.
Mais contrairement à SpaceX, la firme ne maîtrise pas l’ensemble de la chaîne de lancement, et s’appuie sur un portefeuille de prestataires : ULA avec Atlas V et Vulcan Centaur pour plusieurs dizaines de missions, Arianespace avec Ariane 6, Blue Origin, et même SpaceX.

TeraWave de Blue Origin
Elle vient tout juste d’être annoncée. La constellation TeraWave sera déployée par Blue Origin, autre entreprise cofondée par Jeff Bezos. Le projet vise des liaisons symétriques à très haut débit, jusqu’à 6 térabits par seconde, à destination des entreprises, des centres de données et des acteurs gouvernementaux pour lesquels la fibre montre ses limites.
TeraWave va reposer sur une architecture hybride de 5 408 satellites. Elle combinera 5 280 engins en orbite basse pour des liaisons radio en bande Q/V, capables d’atteindre jusqu’à 144 Gbit/s par utilisateur, et 128 satellites en orbite moyenne dédiés aux interconnexions optiques, afin de permettre des flux à l’échelle du térabit. L’ensemble est interconnecté par des liaisons laser, formant un maillage à faible latence destiné aux zones isolées, rurales ou périurbaines. Cette approche multi-orbite doit offrir une forte diversité de routes et des débits symétriques en émission et en réception.
Avec ce choix technologique, Blue Origin se distingue à la fois de Starlink, fondé sur la multiplication massive de satellites, et d’Amazon Leo, orienté vers une couverture large et généraliste. La société prévoit de fabriquer ses satellites en interne et de s’appuyer sur son lanceur New Glenn pour les premiers déploiements, attendus à partir du quatrième trimestre 2027.

Guowang, Chine
Guowang, ou « réseau national », est la constellation de télécommunications par satellite pilotée par China SatNet, une entreprise publique créée en 2021. Le projet vise à doter l’Empire du Milieu d’un accès souverain à l’Internet haut débit par satellite avec des usages à la fois civils et militaires. Communications sécurisées, gestion de crise, observation de la Terre et renseignement stratégique figurent parmi les priorités affichées, dans une logique où la sécurité nationale prime sur la conquête rapide du marché grand public.
La constellation doit compter 12 992 satellites, répartis entre deux sous-ensembles. Le premier, baptisé GW-A59, prévoit 6 080 engins en orbite basse, entre 500 et 600 kilomètres d’altitude. Le second, GW-2, doit déployer 6 912 satellites autour de 1 145 kilomètres.
Début janvier 2026, 154 satellites avaient été placés en orbite, dont 145 opérationnels. Les lancements sont assurés par différentes versions des fusées Long March, notamment Long March 8A depuis le centre de Wenchang, capable d’emporter jusqu’à neuf satellites par mission. Et le calendrier prévoit une montée en cadence rapide : environ 310 satellites en 2026, 900 en 2027, puis jusqu’à 3 600 par an à partir de 2028, afin d’atteindre un déploiement complet au début des années 2030.

Qianfan, Shanghai Spacecom Satellite Technology
Qianfan, également connue sous les noms de Spacesail ou G60 Starlink, est la constellation en orbite basse portée par Shanghai Spacecom Satellite Technology. Lancé en 2024, le projet se veut le principal concurrent privé chinois de Starlink.
Le programme est soutenu par la municipalité de Shanghai et par l’Académie chinoise des sciences, pour un financement estimé à près de 900 millions d’euros, avec une attention particulière portée aux enjeux de souveraineté des données. La constellation doit à terme compter jusqu’à 15 000 satellites. Chaque appareil, d’une masse comprise entre 267 et 300 kilogrammes, est équipé de propulseurs à effet Hall utilisant du krypton, de liaisons inter-satellites capables de dépasser 100 Gbit/s, et de cellules offrant des débits annoncés de 20 Mbit/s en réception et 5 Mbit/s en émission.
Début 2026, entre 108 et 126 satellites avaient été placés en orbite, à l’issue de plusieurs lancements réalisés par les fusées Long March 6A et Long March 8 depuis Taiyuan et Wenchang, par lots d’une dizaine à une vingtaine d’engins. Le programme a toutefois connu des difficultés techniques en 2025, avec des épisodes de dérive orbitale et de perte de contrôle de certains satellites, qui ont entraîné une suspension temporaire des tirs après mars. Les essais ont depuis repris, avec l’objectif d’assurer une première couverture régionale dans les mois à venir.

Sfera, Russie
C’est un programme orbital piloté par l’État russe, annoncé en 2018 par Vladimir Poutine, avec pour objectif de restaurer l’autonomie spatiale de la Russie face aux sanctions occidentales et à la domination croissante de constellations. Le projet ne se limite pas à l’Internet par satellite : il vise un ensemble complet de services incluant communications sécurisées, observation de la Terre, télédétection et renseignement.
Contrairement aux mégaconstellations occidentales ou chinoises, Sfera repose sur une architecture fragmentée. Le programme regroupe dix sous-constellations distinctes : cinq dédiées aux communications et cinq à l’observation. Les plans initiaux prévoyaient entre 162 et 640 satellites au total, un volume sans commune mesure avec les projets actuels dépassant les 10 000 engins.
Mais le déploiement reste très en retard. Un unique satellite de test, Skif-D, a été lancé en octobre 2022, avec plusieurs problèmes techniques signalés. Le programme Express-RV, attendu initialement en 2024, a été repoussé, et aucun déploiement en série n’a encore réellement commencé. Pire encore, les lancements reposent sur les fusées Soyouz et Angara. Problème, le pays ne dispose plus de pas de tir opérationnel.
Si les ambitions officielles évoquent jusqu’à 2 600 satellites russes en orbite à l’horizon 2036, les contraintes budgétaires ont conduit Roscosmos à revoir ses priorités et à se tourner partiellement vers des alternatives privées, comme la constellation Rassvet développée par la startup Bureau 1440. Difficile à dire s’il sera effectivement mené à terme.
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