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Apple Intelligence, Meta AI, ChatGPT : pourquoi les utilisateurs européens sont punis

Le fossé technologique entre l’Europe et les États-Unis se creuse dans le domaine de l’intelligence artificielle. Alors que les géants américains de la tech multiplient les lancements de nouvelles fonctionnalités outre-Atlantique, les utilisateurs européens restent sur la touche.

Le 28 octobre dernier, Apple lançait en grande pompe “Apple Intelligence” aux États-Unis. Ces nouvelles fonctionnalités, intégrées à l’iPhone 15 Pro et aux derniers iPhone 16, promettent une expérience utilisateur révolutionnaire grâce à l’IA : résumés automatiques de texte, assistant vocal Siri plus puissant et alimenté par ChatGPT, retouches photos intelligentes… Il y en a pour tous les goûts.

Hélas, les utilisateurs européens devront patienter pour en profiter, au moins jusqu’à avril 2025. Un scénario qui se répète avec Meta AI, l’assistant conversationnel de Mark Zuckerberg, ou encore Copilot, l’assistant PC de Microsoft qui n’est disponible qu’en partie.

Une réglementation européenne pointée du doigt

Les géants de la tech justifient ces reports par la complexité de la réglementation européenne. Le Digital Markets Act (DMA), le Digital Services Act (DSA) et l’AI Act forment un arsenal législatif sans équivalent dans le monde. Ces textes, conçus pour protéger les consommateurs et garantir une concurrence équitable, sont aujourd’hui accusés de freiner l’innovation.

La décision récente de la CNIL irlandaise illustre cette tension. L’autorité de protection des données a interdit à Meta d’utiliser les contenus publics de Facebook et Instagram pour entraîner ses modèles d’IA, sauf consentement explicite des utilisateurs. “Nous ne pouvons pas réentraîner plusieurs mois nos modèles en fonction des règles de chacun”, a déploré Joëlle Pinaud, vice-présidente de Meta chargée de la recherche en IA, auprès du Figaro.

Un jeu politique complexe

Derrière ces justifications techniques se cache un véritable bras de fer politique. Les géants américains adoptent des stratégies différentes face à Bruxelles. Meta se montre particulièrement virulent, multipliant les déclarations provocatrices. “L’Europe ne doit pas confondre le fait d’être à la pointe de la réglementation avec le fait d’être à la pointe de la technologie”, ironise Nick Clegg, son président des affaires internationales.

De son côté, Google privilégie le dialogue. L’entreprise a rejoint le pacte IA européen et continue de lancer ses produits sur le continent, quitte à les adapter. Une approche plus constructive qui n’empêche pas l’entreprise de mettre en garde contre les risques économiques : selon ses estimations, l’Europe pourrait perdre jusqu’à 1 400 milliards de dollars d’opportunités liées à l’IA générative d’ici dix ans.

Le timing de cette confrontation n’est pas anodin. La Commission européenne connaît une période de transition avec le départ récent de Thierry Breton et celui programmé de Margrethe Vestager, deux commissaires qui ont incarné la fermeté face aux géants du numérique. Le récent rapport Draghi, recommandant d’assouplir certaines contraintes réglementaires, pourrait annoncer un changement de ton à Bruxelles.

Un débat qui divise les experts

Du côté des experts, les avis divergent sur l’impact réel de la réglementation européenne. Jean-Baptiste Bouzige, CEO d’Ekimetrics, explique au Figaro que “le frein à l’innovation est une fausse barbe”. Selon lui, la majorité des usages professionnels peuvent être réalisés avec des modèles d’IA existants, le véritable enjeu étant la capacité des entreprises à les exploiter efficacement.

D’autres experts sont plus inquiets. Vincent Luciani, patron d’Artefact, met en garde contre le risque d’un “effet cliquet” : si une technologie d’IA atteint un niveau de performance révolutionnaire, les entreprises européennes privées de son accès pourraient accuser un retard irréversible.

Pas de quoi inquiéter la députée européenne Stéphanie Yon-Courtin qui rappelle que les acteurs de l’IA ne peuvent pas se passer d’un marché composé de 450 millions de consommateurs.

  • Les géants américains de la tech retardent le lancement de leurs innovations IA en Europe, pointant du doigt la dureté de la réglementation
  • Un bras de fer politique s’engage entre les entreprises et Bruxelles
  • Les experts sont divisés sur l’impact réel de la réglementation

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