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La tribu amazonienne affichée sur le site Cartier se rebelle

L’or continue de faire des ravages en Amazonie…

  • L’utilisation sans autorisation d’images d’une tribu amazonienne sur le site web de Cartier n’a pas manqué de soulever de vives critiques
  • La marque justifiait cette utilisation par un projet qui n’a en réalité jamais eu lieu
  • La tribu Yanomami, gravement touchée par l’exploitation minière illégale de l’or, critique l’entreprise pour son hypocrisie

Cartier, la célèbre marque de bijoux de luxe française, est récemment tombée sous le feu des critiques pour avoir utilisé des images de la tribu Yanomami de la forêt amazonienne sur son site web sans leur permission. Tout semplait pourtant partir d’un bon geste : la marque prétendait promouvoir la culture des peuples autochtones et protéger la forêt tropicale où ils vivent. Cependant, le projet décrit sur le site du bijoutier n’a, en réalité, jamais eu lieu. Ce qui n’a pas empêché au bijoutier d’y faire référence sur son site internet.

“Comment une entreprise qui fait des bijoux en or, contre laquelle nous, le peuple Yanomami, sommes opposés, peut-elle utiliser l’image des Yanomami ?” s’interroge Júnior Hekurari, membre du groupe autochtone et chef du conseil de santé des Yanomami, cité par Fortune. La tribu Yanomami fait partie des plus gravement impactées par l’exploitation minière illégale de l’or, et sa pollution qui engendre des maladies, des décès, des problèmes sociaux et plus largement des dégâts environnementaux – dans une nature dont les Yanomami dépendent.

Cartier n’est pas la fondation du même nom…

Cartier a bien une histoire avec les quelque 40 000 Yanomami. Tout remonte en fait à il y a 20 ans, en 1984 – lorsque la Fondation Cartier, branche philanthropique de l’entreprise, est établie. La Fondation Cartier a depuis plusieurs fois mis en avant ce peuple autochtone, et a même parrainé encore récemment une exposition présentant des photographies de Yanomami, ainsi que des œuvres d’artistes locaux, dans un élégant centre d’arts au cœur de New York.

De son côté, la fondation Cartier semble toujours entretenir une certaine distance avec l’entreprise du même nom. Dário Kopenawa, vice-président de l’Association Hutukara Yanomami qui souligne que “quiconque achète une bague en or fait partie du crime” fait lui aussi la distinction entre Cartier et la fondation éponyme : “Nous savons que Cartier achète de l’or partout dans le monde… mais la fondation est différente”.

Et d’ajouter : “C’est un autre coordinateur, une autre branche. Elle soutient la protection des Yanomami”. Évidemment, l’intérêt pour Cartier d’une telle fondation est ailleurs. D’une certaine manière, ce genre de fondations peut donner du poids à l’image de la marque. Le but est toujours de soutenir, ou de financer des projets avec une vraie sincérité. Mais comme la structure n’est pas directement liée à la marque du même nom, cette dernière peut tout à fait poursuivre des pratiques qui font polémique, tout en bénéficiant de l’aura des actions de son œuvre philanthropique.

Reste qu’en utilisant la photo de Yanomami directement sur son site internet, le bijoutier Cartier a sans doute poussé un peu trop loin le mélange des genres. La photo a été retirée du site fin mars, de même que toutes les références au projet qui ne s’est jamais concrétisé. Ce qui n’a pas empêché à la polémique de continuer à enfler.

Pour sa défense, le bijoutier affirme que des fonds avaient bien été alloués à un projet de préservation de la forêt en 2020, mais les fonds en question ont été réaffectés à l’achat d’équipement médical suite à l’éclatement de la pandémie de COVID-19. Et assure que la majorité de l’or utilisé dans ses bijoux est issu du recyclage, ou d’une filière qui respecte les standards établis par le Responsible Jewelry Council.

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