La fête est finie après 56 ans de CES. “L’économie – et je pense même l’ambiance en général – ne fait pas la part belle au sujet de la technologie”, commentait Carolina Milanesi, présidente et analyste principale de la société de recherche sur les technologies grand public Creative Strategies, en amont du célèbre Consumer Electronics Show de Las Vegas. L’édition 2023 du CES marque un grand changement où la rentabilité a remplacé la hype, et où l’expérience a remplacé le produit.
Du 5 au 8 janvier, le sommet de l’innovation technologique, en place depuis 1967, a ouvert après deux ans d’absence 100 % physique. L’atmosphère, malgré la tonne de nouveautés gadgets et la présence de plus de 100 000 visiteurs, a bien changé. L’ouverture, d’abord à la presse mardi 3 et mercredi 4 janvier, a été “moins flamboyante” racontent les journalistes présents sur place. Les années précédentes marquent bel et bien une période révolue.
La tech a grandi, l’économie lui a tourné le dos. Pris dans une inflation de taille, les consommateurs cherchent davantage à se serrer la ceinture plutôt qu’à dépenser dans le nouveau produit à la mode. Et pourtant… l’innovation n’a jamais été aussi soutenue. La France, avec ses 170 startups, est présentée comme année comme la plus grosse délégation internationale. Et comparé à 2020, le salon n’a jamais été aussi international.
Ce que les investisseurs ne veulent plus voir
Historiquement, le CES est le rendez-vous des amateurs de gadgets les plus loufoques du moment. Les objets connectés sont légion. Mais contrairement aux autres éditions, celle de 2023 arrive alors que les levées de fonds en capital-risque sont beaucoup plus timides, et où les investisseurs ne veulent plus commettre les mêmes erreurs. Le Nasdaq chute, des centaines de milliers de milliards de dollars se sont évaporés, et la politique de relance avec son hélicoptère monétaire est bien derrière nous. Désormais, les investisseurs ne croulent plus sous l’argent gratuit. Conséquence : ils veulent du concret, du commercialisable. Ils veulent une demande, un marché, et de la rentabilité.
Fini donc les projets venus au CES pour la hype, pour le coup de com’. Place à des produits qui devront se vendre vite – comme la marque française Withings en fait le pari avec son nouveau système d’analyse urinaire. La hausse des taux d’intérêt, pour lutter contre l’inflation, a rendu l’investissement plus sélectif. “Cela incite vraiment les entreprises à se concentrer sur la valeur réelle pour les clients”, ajoutait Carolina Milanesi.
“Je ne pense pas que les gadgets utopiquement-irréalisable, ultra-cool et ultra-romancés disparaissent”, commentait pour sa part Peter Csathy, de l’agence de conseil et d’analyse Creative Media. “Ils ne reçoivent cependant pas l’attrait qu’ils auraient autrement eu dans un environnement économique dynamique”, ajoutait-il.
Les thèmes abordés par les startups sont eux aussi en plein bouleversement (au CES, les locomotives sont l’automobile, la santé et le métavers), découlant sur une répartition bien inégale du capital. Les investisseurs sont de plus en plus méfiants, et critiques, notamment lorsque l’activité d’une entreprise passe par la vente de produits physique. Les différentes pénuries et l’explosion du prix des matières premières fait douter quant à la durabilité d’une boîte. Au point de booster encore plus l’importance de l’expérience.

De Consumer Electronics Show à Consumer Experiences Show
Le CES de Las Vegas représente les initiales de Consumer Electronics Show. Cela dit, cette année tout particulièrement, certains préfèrent parler de Consumer Experiences Show. Le sommet de l’innovation technologique suit sa génération et au fil du temps, le software a pris le devant sur le hardware. Au point de devenir central et changer l’approche à la fois des consommateurs et des marques.
On le voit même dans l’automobile : aujourd’hui, les voitures ne se distinguent plus vraiment sur la partie technique (les batteries viennent des mêmes fournisseurs, tout comme les moteurs) mais du design et de l’interface à bord. Ce sera encore plus le cas quand la voiture sera encore plus un bien partagé (comme chez Lynk & Co) et que la conduite sera laissée aux mains de la machine. Au CES 2023, ce n’est pas pour rien que BMW a présenté un concept-car pour mettre en avant non pas son design mais son interface homme-machine.
“Le CES s’éloigne d’un salon de l’électronique grand public et devient de plus en plus un salon de l’expérience consommateur”, commentait ainsi Ramon Llamas, directeur d’IDC Research, à CNN. “Nous allons voir un nouvel appareil apparaître ici et là, de gros téléviseurs, des voitures cool et des gadgets à gogo. Mais la sauce secrète du salon se trouve du côté de ce que le logiciel peut faire” ajoutait-il.

À ce sujet, l’intelligence artificielle est sur toutes les bouches. Et il ne faut pas se tromper : parler d’expérience en technologie sera un moyen détourner de parler d’IA. Elle permettra “de donner un sens au comportement du consommateur et configurer l’expérience de l’appareil pour mieux répondre à ses besoins”, finissait par expliquer Ramon Llamas.
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quelle vision nauséabonde et triste de cet évenements ..on dirait des enfants qui se plaignent de la fête foraine