Après l’été caniculaire épuisant que nous venons de traverser, ponctué d’atroces vagues de chaleur, les températures sont restées au-dessus des normales saisonnières durant la moitié du mois de septembre. Encore ce mardi, les Parisiens transpiraient sous 32 °C et Bordeaux frôlait les 34 °C. Le lendemain, 16 septembre, un flux de nord-ouest a fait décrocher le mercure de dix degrés en une seule journée, ramenant la capitale à un timide 22 °C, avant que les matinées de cette fin de semaine ne tombent sous la barre des 10 °C en certaines régions.
La météo étant un sujet de conversation relativement récurrent (parfois quand on n’a rien à se dire), peut-être avez-vous déjà entendu un de vos collègues ou de vos potes vous affirmer que ce grand écart l’a rendu malade. C’est faux ; le mythe du « coup de froid » est une simplification, mais il est tellement ancré dans l’imaginaire collectif qu’il perpétue un contre-sens médical en attribuant au thermomètre ce qui revient de droit aux agents pathogènes. Oui, le froid impacte bien nos organismes et les rend plus vulnérables aux maladies, sauf que ce n’est pas la météo qui nous les transmet.
Vecteur et facteur favorisant : deux termes à ne pas confondre
SI vous avez eu le malheur d’attraper un rhume cette semaine, ce n’est pas parce que vous avez laissé votre écharpe ou votre veste au placard. C’est uniquement parce qu’un pathogène opportuniste (rhinovirus ou coronavirus saisonnier) a trouvé le chemin pour s’infiltrer jusque dans vos voies respiratoires, point final. Aucun virus ne naît spontanément à la suite d’une baisse de température et aucun courant d’air, aussi glacial soit-il, ne peut déclencher une infection.
En revanche, le froid offre un milieu bien plus hospitalier pour ces mêmes virus, qui survivent plus longtemps sur les surfaces ou dans les aérosols lorsque l’air est frais est sec. Raison pour laquelle, dans les pays tempérés, les épidémies de rhume ou de grippe sont plus importantes durant l’hiver : voilà pourquoi on les appelle maladies saisonnières. Admettons un scénario complètement impossible : si les moyennes de températures de juillet et d’août étaient celles de novembre et décembre, le rhume et la grippe deviendraient des maladies estivales.
Le froid provoque également une vasoconstriction des vaisseaux sanguins dans les muqueuses nasales : un phénomène qui réduit l’apport en cellules immunitaires à l’endroit où les pathogènes tentent de s’installer. Votre système immunitaire continue de fonctionner, mais il tourne au ralenti.
Il faut également ajouter un facteur comportemental : dès que les températures chutent, nous avons naturellement tendance à nous entasser dans des espaces clos et parfois mal ventilés. Proximité physique, mauvais recyclage de l’air : deux conditions qui font le bonheur des agents infectieux, comme l’a tristement démontré l’épidémie d’hantavirus à bord du MV Hondius au mois de mai. Quand quelqu’un tousse dans le métro à 30 cm de votre visage en plein mois de décembre, vous avez infiniment plus de chances de tomber malade que si vous sortiez en slip de chez vous lorsqu’il fait 2 °C dehors.
La prochaine fois que vos parents (avec tout l’amour qu’ils vous portent, là n’est pas la question) vous sommeront d’enfiler votre veste avant de sortir, vous aurez un peu de matière pour leur répondre. Par contre, épargnez-les un peu : ne leur parlez pas tout de suite du « mets tes chaussons, tu vas avoir mal au ventre ». Un autre grand classique qui relève du même patrimoine médical imaginaire, plus absurde encore, auquel nous tordrons peut-être le cou un jour.
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