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Coût, accessibilité, écologie… Quel avenir pour le tourisme spatial ?

Les vols de Virgin Galactic et de Blue Origin ont montré que l’espace était atteignable, mais le tourisme spatial est-il souhaitable ?

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© NASA

Le 11 juillet restera sûrement comme le jour 0, le commencement. Avec son vol vers les plus hautes strates de l’atmosphère, le Britannique Richard Branson a ouvert la voie pour des centaines, voire des milliers d’autres, vers le tourisme spatial. Ce vol historique, a été confirmé neuf jours plus tard, par celui de Jeff Bezos, un de ses plus grands concurrents dans la course à l’espace, et aux vols touristiques. Leurs deux entreprises, respectivement Virgin Galactic et Blue Origin, sont tous les deux en recherche de rentabilité, et le tourisme spatial semble être la solution idéale à leurs maux financiers.

Mais alors que les contours de ce que sera le tourisme spatial commencent à se dessiner avec précision, en effet 600 personnes ont déjà réservé une place à bord d’un vol de Virgin Galactic, plusieurs questions restent en suspens. Une chose est sûre, dès l’an prochain, le tourisme spatial sera une réalité.

Le tourisme spatial : dès demain ?

Virgin Galactic est à deux vols tests de lancer son programme commercial, et Blue Origin, qui vient de faire une première démonstration habitée des plus convaincantes devrait suivre dans la foulée. Avec eux en figure de proue, c’est tout le New Space qui s’active pour prendre le train du tourisme spatial en marche, avant que ce dernier ne leur file entre les doigts.

Car pour beaucoup d’entreprises, le tourisme spatial est le Graal, la seule solution viable pour atteindre un équilibre financier. Aujourd’hui, le New Space est une bulle spéculative, les investisseurs accourent pour aider les jeunes start-up à se développer, et ces dernières vivent sous perfusions financières, elles continuent de grandir, sans se soucier de la facture. Le problème dans tout cela, c’est que les investisseurs finiront un jour par demander un retour sur leur investissement. Et aujourd’hui la seule parade trouvée par les firmes du New Space, pour rembourser ces milliards, c’est le tourisme spatial.

Un tourisme spatial scientifique

Mais le tourisme spatial ne se résume pas à envoyer des personnes hautement fortunées aux confins de l’atmosphère, il est également possible pour les entreprises privées proposant ces vols, d’y mener à bord des expériences scientifiques. Comme nous l’explique Olivier Sanguy, rédacteur en chef pour la Cité de l’Espace à Toulouse « toutes les expériences scientifiques que nous avons mené ici sur Terre, nous les avons menés avec la gravité, nous n’avons jamais travaillé sans cette force », le fait que les vols suborbitaux offrent ainsi des secondes, voire des minutes, d’impesanteur est donc une bénédiction pour les laboratoires privés et les grandes universités.

Cette pratique, si elle n’est pas nouvelle – Virgin Galactic et Blue Origin transportaient déjà lors des vols d’essai de leur engin respectif des expériences scientifiques – elle devrait se généraliser à mesure que le tourisme spatial prend de l’ampleur. Car ces vols suborbitaux sont une véritable chance pour les scientifiques, qui y trouvent un entre-deux parfait entre les vols paraboliques dans les avions « 0G » qui offrent des moments de pesanteur d’une trentaine de secondes, et les missions bien plus longues et complexes qui demandent-elles, soit d’avoir son propre satellite en orbite, soit d’amener l’expérience au sein de l’ISS. Des pratiques coûtant des millions de dollars qui sont aujourd’hui très rares. Le tourisme spatial pourrait ainsi faire évoluer cette façon d’étudier la science dans l’espace.

Olivier Sanguy croit beaucoup en cette nouvelle utilité du tourisme spatial. Tout d’abord cela pourrait être un véritable atout marketing pour des entreprises comme Blue Origin ou Virgin Galactic. Avoir un impact sur l’évolution de la science de demain donnerait un autre sens aux vols des entreprises, qui sont pour le moment vus par beaucoup comme des simples « joujoux de milliardaires ». Mais ce qui pourrait être très intéressant avec ces vols, c’est la fenêtre d’expérience immense qu’ils ouvrent. « Quand on voit ce que les scientifiques arrivent à faire en 30 secondes dans un avion 0G, imaginez seulement si on leur donnait 5 minutes », s’exclame Olivier Sanguy. Ce dernier explique également qu’un vol offrant 5 minutes pleine d’impesanteur serait un très bon entrainement pour un futur astronaute, qui pourrait apprendre à vivre avec l’absence de gravité afin de préparer un voyage dans l’ISS.

Quel impact environnemental ?

Si la question scientifique pourrait permettre de redorer l’image d’un tourisme pour ultra riche, la question environnementale risque elle de déséquilibrer le rapport de force. En effet, aller dans l’espace cela pollue. Si les vols de Virgin Galactic sont aujourd’hui les plus polluants, vu que ces derniers sont réalisés en utilisant du méthane, les vols de Blue Origin, jusqu’ici propulsés par le BE-3, un moteur à hydrogène-oxygène, sont plus propres que le prototype d’avion fusée de Virgin Galactic (sans être écologiquement parfait pour autant). La fusée New Shepard devrait d’ailleurs elle aussi passer au méthane avec son moteur de nouvelle génération BE-4. Ce gaz hautement toxique pour la planète est une quasi obligation dans le monde de l’aérospatial, lui qui offre des résultats biens meilleurs que l’hydrogène.

La conquête de l’espace se frotte donc à un nouveau dilemme dans un monde qui se veut de plus en plus écologique. Comment quitter notre planète sans la détruire ? Les projets SLS de la NASA et Starship de SpaceX sont d’aussi bonnes nouvelles aérospatiales que des désastres écologiques à venir. Alors que l’espace pourrait devenir « une économie de mille milliards de dollars d’ici 2040 » selon la jeune start-up allemande Isar Aerospace, il devra se défaire de la question écologique pour survivre. La solution se trouvant peut-être dans les moteurs à réactions nucléaires, dont l’étude est financée par une partie du budget de la NASA cette année.

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