L’OMM (Organisation météorologique mondiale), agence spécialisée de l’ONU, vient de pondre son dernier rapport, hier le 16 octobre. Le 21ᵉ Greenhouse Gas Bulletin vient de dresser un bilan que même les plus incrédules auront bien du mal à relativiser. Les concentrations des trois principaux gaz à effet de serre (le CO₂, le méthane et le protoxyde d’azote) ont explosé en 2024, atteignant des seuils jamais observés depuis que les premières mesures ont été effectuées.
Les climatosceptiques auront raison sur un point : la Terre s’en sortira, elle a connu bien pire et les cycles de réchauffement font partie de son histoire géologique. Le problème, c’est que nous sommes la seule espèce à avoir décidé d’y contribuer sciemment, et au rythme actuel, il se pourrait très bien que nous ne soyons pas là pour voir le prochain.
La Terre n’a jamais autant chauffé
Voilà le premier chiffre mis en avant par l’OMM dans son rapport : 3,5 parties par million (ppm), qui correspond à l’augmentation des taux de CO₂ mesurée entre 2023 et 2024. C’est la plus forte jamais enregistrée depuis le début des relevés modernes, qui ont commencé en 1957. Pour comparaison, la décennie 2011–2020 affichait une progression moyenne de 2,4 ppm par an (voir ci-dessous), le rythme s’est donc accéléré de 46 % en un an seulement.

« La chaleur piégée par le CO₂ et les autres gaz à effet de serre est en train de turbocharger notre climat », avertit Ko Barrett, secrétaire général adjoint de l’OMM. La chaleur excédentaire piégée par notre planète équivaut, chaque jour, à l’énergie dégagée par plusieurs millions de bombes atomiques, comme celle larguée sur Hiroshima, selon les estimations de la NOAA et du GIEC.
Un déséquilibre qui intensifie tous les extrêmes, qu’ils soient thermiques (sécheresses, canicules, méga-feux), hydriques (pluies torrentielles, inondations, cyclones) et météorologiques (tempêtes, ouragans, tornades) à l’échelle du globe.
Tous les mécanismes de compensation naturels, comme les océans, les forêts et les sols végétalisés (ceux qu’on appelle plus couramment « les poumons verts »), sont surchargés. Plus les émissions augmentent, moins ils peuvent les absorber, un cercle vicieux dans lequel le climat se dérègle, et auto-entretient lui-même ce dérèglement. Si autrefois ces puits de carbone jouaient leur rôle de tampon, en pompant le CO₂ excédentaire, aujourd’hui, leur efficacité est largement diminuée.
Ajoutons à cela une année 2024 particulièrement éprouvante : El Niño a rarement été aussi intense, ce qui a surchauffé les eaux du Pacifique qui ont encore perdu en capacité d’absorption. Les vagues d’incendies géants (Australie, Californie, Europe du Sud) ont, de leur côté, relâché des millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère, qui y demeureront encore quelques siècles. Même si l’on stoppait net nos émissions demain (ce qui n’est pas près d’arriver), notre planète continuera à se réchauffer pendant encore des centaines d’années.
Parlons désormais du méthane, qui, rappelons-le, exerce un effet de serre 86 fois supérieur à celui du CO₂ sur 20 ans. Ses taux atteignent aujourd’hui 1 942 parties par milliard (ppb), soit un seuil supérieur de 166 % par rapport à l’ère préindustrielle.
Pour le protoxyde d’azote (N₂O), un gaz principalement issu de l’agriculture intensive et des engrais azotés, sa concentration a atteint 338 ppb. Soit une hausse d’environ 25 % si on compare les taux aux valeurs initiales du cycle naturel de l’azote, avant toute interférence humaine. Même s’il est présent en quantité moindre dans notre atmosphère, son pouvoir de réchauffement est approximativement 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, pour une même quantité émise.
Ne jouons pas les optimistes, limiter le réchauffement à +1,5 °C est dorénavant un objectif inatteignable. L’inertie du système climatique terrestre, conjuguée à l’inaction et au déni politique des principaux pays émetteurs nous a condamnés à franchir un point de non-retour. Le XXIᵉ siècle s’annonce vraiment radieux, n’est-ce pas ? Pénuries d’eau, vagues de chaleur mortelles, instabilités géopolitiques en raison des conflits de ressources et des exodes climatiques, famines, etc. Tout cela était pourtant bien prévisible, la maigre consolation qu’il nous restera sera de pouvoir dire à nos petits-enfants : « Nous l’avions bien vu venir ». Mais il paraît que l’on ne pouvait pas faire autrement ; la croissance d’abord, et pour le reste, nous verrons ensuite !
- Les concentrations de CO₂, de méthane et de protoxyde d’azote atteignent des niveaux record en 2024, conséquence directe d’émissions toujours croissantes et de puits de carbone saturés.
- L’année a été aggravée par un fort épisode El Niño et des incendies massifs, qui ont relâché d’énormes quantités de gaz à effet de serre, amplifiant un réchauffement désormais irréversible à l’échelle humaine.
- Le dépassement du seuil de +1,5 °C est désormais certain : la planète entre dans une phase d’emballement climatique durable.
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