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Essai Polestar 4 : sans vitre arrière… mais pas sans idées

Pas de lunette arrière. Juste une caméra nichée à la place de l’antenne radio et connectée à un rétroviseur numérique. La Polestar 4 est un engin du futur multipliant les choix audacieux pour faire jaser. Reste à voir si ce vaisseau spatial coche les bonnes cases.

Dans un communiqué, ses équipes présentaient la voiture ainsi : « Polestar 4 réussit de manière impressionnante à harmoniser la complexité technique d’un véhicule aussi avancé avec des qualités de design telles que la simplicité et la clarté ». Permettez-moi d’attaquer cet essai avec un questionnement quasi-philosophique : trop de simplicité conduirait-il à la complexité ? Étant donné qu’il faille errer dans une flopée de sous-menus pour régler les rétroviseurs ou allumer les antibrouillards, c’est à se demander si Polestar ne se complexifierait pas la vie.

Exception faite d’une sympathique molette posée sur la console centrale, tous les boutons ont fichu le camp. L’ensemble des fonctions s’est incrusté dans un écran tactile de 15,4 pouces au centre de la planche de bord. Rien à redire sur la qualité de la dalle : le graphisme est fin, les couleurs profondes, la fluidité exemplaire… Non, ce qui fait grincer des dents, c’est l’ergonomie. Je suis pourtant un digital native qui n’a pas grand mal avec le numérique.

Mais là, c’était peut-être vraiment trop. Comment justifier le fait de devoir appeler une interface intermédiaire pour orienter le flux de la ventilation ? Comment expliquer qu’il était bon de dissimuler l’ouverture de la boîte à gants dans cet écran ? Comment excuser un aller-retour dans la page des options de conduite pour moduler la sensibilité des essuie-glaces ? Comment pardonner tous ces choix pratiques discutables ?

Polestar 4 (10)
© Thomas Kim pour Presse-citron

Soin suédois

Réponse facile : il suffit de faire le politicien et regarder… ailleurs. Le revêtement en toile habillant la planche de bord et les contreportes, par exemple. Agréable au toucher, cette matière que Polestar nomme Tailored Knit est « inspirée de l’univers de la mode [et] confectionnée à partir de fils issus à 89 % de déchets de PET recyclés ». Bon pour la conscience, d’autant plus que la qualité de finition est globalement au rendez-vous.

L’habitabilité répond également présent puisque la Polestar 4 accueille ses occupants avec grande dignité. Particulièrement généreux, le format de la sino-suédoise (4,84 m de long et 2,07 m de large sans rétros) permet de loger aisément quatre personnes. Mais le second rang est sans conteste le meilleur endroit pour siroter un rafraîchissement. On pourrait croire de prime abord que l’absence de lunette arrière confinerait sévèrement les passagers.

Il n’en est rien. Les ingénieurs ont réussi à rehausser la charpente au maximum pour dégager une excellente garde au toit. De plus, les dossiers de banquette sont inclinables électriquement, comme dans une limousine pur jus. Petit bonus, la ventilation est pilotable depuis un écran tactile de 5,7 pouces, au même titre que l’éclairage, le multimédia et le chauffage des assises.

De nuit, l’atmosphère dégagée par l’éclairage d’ambiance tamisé est particulièrement apaisante. Plusieurs choix de couleurs basés sur le système solaire sont disponibles. Le coffre, en revanche, joue les modestes puisqu’il peut engloutir 526 litres. Peu profond, il se voit complété par un rangement d’une dizaine de litres sous le capot avant. Bref, ce sont clairement les passagers qui ont été prioritaires sur les bagages.

Forte en confort, poussive en charge

La gamme de la Polestar 4 est aussi épurée que sa planche de bord car se compose de deux versions couplées à une batterie de 100 kWh. L’entrée de gamme Long Range Single Motor est ainsi une propulsion avec un seul électromoteur développant 272 ch et 343 Nm de couple. L’autonomie est solide, avec 620 km. Notre modèle d’essai Long Range Dual Motor joue les brise-nuques grâce à ses 544 ch et son couple tonitruant de 686 Nm. Forcément plus gourmandes, ses deux machines électriques réduisent le rayon d’action à 590 km.

Cela reste bien suffisant pour voyager en toute quiétude sur l’autoroute puisqu’il est possible d’abattre près de 400 km avant de devoir ravitailler. Si le confort se montre remarquable avec un amortissement tolérant, des bruits aérodynamiques moindres et des bruits de roulement inexistants, la charge rapide en courant continu DC s’avoue plus décevante. C’est bien simple, les 200 kW promis par la fiche technique n’ont jamais été atteints.

Même en se pointant à une borne avec 6 % de batterie et par beau temps, ce qui correspond aux conditions optimales, le débit a plafonné à 160 kW. Et la puissance s’est vite fatiguée, avec un plateau à 120 kW une fois les 40 % de batterie atteints. C’est assez faiblard pour revigorer efficacement un accumulateur de 100 kWh. De ce fait, on mettra plus de 30 min afin d’atteindre les 80 % de charge quand les meilleures concurrentes peuvent glisser sous les 20 min.

Lourde sans être lourdingue

Cette gentille Polestar 4 est effectivement le navire qu’elle pense être (2 355 kg à vide). De la timonerie, je ne me fais pas d’images sur l’agilité du paquebot, malgré des sièges enveloppants, des ceintures orange et une épaisse console centrale suggérant la sportivité. Forcément, c’est massif à la conduite, même si le cœur d’acier de l’auto parvient à limiter l’impression de lourdeur inhérente à beaucoup de voitures électriques de ce segment.

Les lacets montagnards ? Ce sera donc avec modération, y compris avec le Pack Performance (4 500 €) collant un châssis spécifique, des amortisseurs ZF actifs à commande continue et des jantes de 22 pouces chaussées de pneus Pirelli P Zero conçus sur mesure. Une fois de plus, la direction se montre trop assistée. Dans ces circonstances, il vaut mieux basculer sur la fermeté la plus haute, ce qui améliore les choses, même si elle demeure trop floue au point milieu.

Encombrante

Le freinage ne manque pas d’endurance, surtout avec les disques Brembo ventilés à quatre pistons de 44 mm. En ville, ils ne sont par contre pas les plus simples à doser, surtout que le mode One Pedal est très caricatural. Mais ce n’est pas le plus gros souci. Je m’inquiéterai plutôt de la grande largeur de l’engin, qui peut stresser dans certaines ruelles. La caméra 360° installée en série devient alors indispensable.

Concernant la visibilité, justement, le rétroviseur numérique exige naturellement un petit temps d’adaptation. Le champ de vision retransmis est particulièrement large mais manque cruellement de profondeur. Résultat, les véhicules apparaissent plus loin qu’ils ne le sont en réalité. Faut-il donc mettre le rétro caméra à la poubelle ? Pas entièrement, l’affichage pivote une fois le clignotant enclenché pour réduire les angles morts. Aussi, il faut avouer que la visibilité par temps de pluie est assez bluffante par rapport à un miroir classique.

Presque tout inclus

A 61 800 € en Single Motor et 69 800 € en Dual Motor, la Polestar 4 n’attaque pas si haut que cela compte tenu de sa taille. Pléthorique, son équipement peut encore se bonifier avec le Pack Plus (5 000 €) rajoutant la sonorisation Harman Kardon, les sièges arrière chauffants, l’affichage tête-haute, la climatisation trizone, les rétroviseurs extérieurs électrochromes ou encore les feux matriciels à LED.

La conduite semi-autonome avec changement de voie assisté est un indispensable supplément à 1 500 €. La facture peut donc sans surprise s’alourdir même si Polestar a été bon joueur avec un catalogue d’options assez réduit. Filez chez les copains d’outre-Rhin et vous verrez que le jeu prend une tournure plus amère avec des extras à tout-va. Au bout du compte, la sino-suédoise ne charrie que deux défauts : une ergonomie assez prise de tête et une charge rapide qui s’effiloche trop rapidement.

Conclusion : notre avis sur la Polestar 4

Cette Polestar 4 constitue une alternative exotique réussie aux ténors de la catégorie. Douillet et spacieux, original et suréquipé, performant et endurant, l’OVNI venu du nord vise juste dans ce qui compte le plus. Je ne reviendrai que sur son ergonomie, bien trop tactile, et ses capacités de recharge, qui manquent de panache dans le réel. Pour le reste, il s’agit d’un vrai outsider recommandable !

Polestar 4 (25)
© Thomas Kim pour Presse-citron

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Polestar 4 Long Range Dual Motor

83 100 €
8

Verdict

8.0/10

On aime

  • Le style audacieux
  • La présentation léchée
  • Le confort de haute volée
  • L’infodivertissement de qualité

On aime moins

  • L’ergonomie complexe
  • La puissance de charge décevante
  • L’agilité en milieu urbain
  • La consommation relativement élevée