À Saint-Louis et dans le Midwest américain, ils sont plus de 3 000 machinistes à refuser de reprendre le travail. Après plus d’un mois de grève et trois propositions rejetées (dont une plus que surprenante) Boeing se heurte à une colère tenace de ses ouvriers produisant ses meilleurs avions de chasse.
Le géant de l’aviation, à bout de souffle depuis 2018, semble s’enliser dans une crise sans fond : immobilisation mondiale du 737-Max en 2019, fiasco récent au Bourget, un 767-400 transformé en torche volante après son décollage depuis Los Angeles, crash d’un des 787-8 Dreamliner de la compagnie Air India au mois de juin… La pente ascendante post 2010 semble bien loin alors que le conflit social ne désenfle pas outre-Atlantique.
Boeing sous la pression ouvrière
Depuis le 4 août, les chaînes de production des F-15, F-18, Boeing–Saab T-7 Red Hawk et du drone MQ-25 tournent au ralenti. Environ 3 200 ouvriers spécialisés des usines de Boeing à Saint-Louis, Saint-Charles et Mascoutah sont en grève. Vendredi dernier, ils ont dit non à une troisième proposition de la direction.
Le syndicat IAM District 837, représente les travailleurs de l’industrie aérospatiale, principalement les employés de Boeing dans la région de Saint-Louis, dans le Missouri, et en Illinois. Cette section locale de l’IAM (International Association of Machinists and Aerospace Workers) a justifié ce rejet ainsi : « L’offre modifiée n’incluait pas une prime à la signature suffisante par rapport à ce que les autres employés de Boeing ont reçu », a-t-il expliqué, ajoutant que rien n’était prévu pour les retraites. Pour son vice-président Jody Bennett, la responsabilité incombe au groupe : « Boeing a les ressources pour investir dans ses personnels, mais il continue à les flouer ».
Les grévistes savent parfaitement ce qu’ils tiennent entre leurs mains : des avions de combat qui font la supériorité de l’US Air Force, un nouvel appareil école indispensable pour former ses pilotes (le Boeing–Saab T-7 Red Hawk), et le premier drone ravitailleur de l’histoire navale américaine. Sans eux, c’est tout un pan de la défense américaine qui tourne aussi au ralenti.
Le rappel d’une plaie jamais refermée
S’estimant « déçu », Dan Gillian, patron de Boeing Air Dominance, assure que l’entreprise a « ajusté son offre sur la base des retours des employés et du syndicat pour mieux répondre à leurs préoccupations ». Avant d’affirmer qu’« aucune nouvelle rencontre est prévue ». Résumons donc : nous avons là une entreprise à la dérive, s’obstinant à sous-estimer ceux qui la font tourner, des ouvriers lésés, mais qui ont compris qu’ils ont sous la main le levier ultime pour faire pression, et un patronat qui répond avec un entêtement complètement stérile.
Inutile de préciser que la posture a été perçue comme une provocation par des salariés qui sortent à peine d’une année 2024 marquée par la plus longue grève de machinistes depuis 2008. À l’époque, plus de 33 000 ouvriers de Seattle avaient stoppé la production civile après avoir rejeté une hausse de salaires jugée insuffisante. Ces sept semaines d’arrêt avaient coûté environ 10 milliards de dollars au groupe et ont finalement abouti à un compromis : + 38 % d’augmentation salariale sur quatre ans, une prime et des retraites améliorées.
Le Président-directeur-général du groupe, Kelly Ortberg, assure que « la performance financière du groupe » n’est pas menacée et que l’impact de la grève reste « limité ». Après tous les scandales concernant la sécurité de ses avions de lignes, les retards dans ses programmes et ses pertes financières, Boeing pouvait difficilement se permettre d’ouvrir un nouveau front. Pourtant, en fermant les yeux sur ce conflit, Boeing donne l’image d’une entreprise arrogante, répétant les mêmes erreurs tout en négligeant ceux qui font sa force de travail.
- Plus de 3 000 ouvriers de Boeing sont en grève depuis août, rejetant trois offres successives de la direction.
- Le mouvement touche directement la production d’avions militaires clés comme les F-15, F-18, T-7 et le drone MQ-25.
- Ce bras de fer s’ajoute aux crises industrielles et financières qui minent déjà la crédibilité du constructeur.
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