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Qu’est-ce que la « guerre de la morue », qui a traumatisé l’Islande pour son adhésion à l’UE ?

70 ans après avoir affronté le Royaume-Uni pour défendre leurs eaux, les Islandais viennent de dire « non » à l’Union européenne pour protéger leur secteur de la pêche. Plongée dans la guerre de la morue, ce conflit maritime méconnu qui explique pourquoi l’île refuse toujours de céder aux appels de Bruxelles.

Les chiffres sont sans appel. À l’issue d’un référendum marqué par une participation massive de 82,5 %, les Islandais ont rejeté la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) à 52,8 % des voix, contre 47,2 % pour le « oui ». Et c’est surtout un dispositif qui rend le pays réticent : la Politique commune de la pêche (PCP) de l’UE.

Car en intégrant l’UE, l’Islande devrait abandonner la gestion exclusive de ses quotas de pêche et ouvrir ses eaux territoriales aux flottes étrangères. Un risque inacceptable pour un secteur qui représente près de 40 % des exportations du pays. Ainsi, seule la capitale, Reykjavík, a voté majoritairement en faveur du projet. À l’inverse, les zones rurales et les communautés littorales ont massivement fait valoir leur opposition.

« Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir cette zone de 200 milles autour de l’Islande. Nous avons un peu peur qu’en rejoignant l’Union européenne, nous devions céder une partie de ce que nous avons durement acquis », explique Jon Atli Gunnarsson, capitaine de chalutier amarré aux îles Vestmann, au micro de BFMTV.

Retour sur un affrontement historique

Si la méfiance des pêcheurs islandais envers Bruxelles est si vive, c’est parce qu’elle ravive le dur souvenir de la guerre de la morue. Un conflit qui a opposé l’Islande au Royaume-Uni entre 1958 et 1976, lorsque l’île, souhaitant protéger ses ressources face à la surpêche, a décidé d’étendre progressivement sa zone de pêche exclusive. Elle est ainsi passée de 3 à 200 milles nautiques, soit de près de 5,5 kilomètres depuis les côtes à environ 370 kilomètres.

Problème, le Royaume-Uni a refusé de quitter ces eaux riches en poissons, notamment en harengs, morues et aiglefins, poussant Londres à envoyer la Royale Navy pour escorter ses chalutiers. En réponse, la garde-côtière islandaise a employé la manière forte : elle coupait les filets britanniques avec des lames tractées, tirait des coups de canon de semonce et percutait volontairement les navires adverses à pleine vitesse. Des affrontements qui ont endommagé des dizaines de navires, et fait un mort côté islandais.

Patrouilleur Yarmout
Le patrouilleur HMS Yarmouth de la Royal Navy en novembre 1973 pendant la guerre de la morue. © Wikimedia / greenacre8

Afin de faire plier les Britanniques, Reykjavík a menacé de quitter l’OTAN et de fermer la base militaire américaine de Kevlavík en pleine guerre froide. De quoi faire plier les Alliés : l’Islande a obtenu gain de cause. Suite à cette victoire, le monde entier a imposé la règles des 200 milles nautiques pour les zones de pêche nationales.

Il est question d’un épisode considéré comme un combat héroïque pour les Islandais. Céder la gestion de ces eaux aujourd’hui équivaudrait, en quelque sorte, à renier cet héritage. « La pêche, les produits de la mer, c’est dans nos gènes. Cela fait partie de notre héritage. Nous savons très bien qu’il a fallu nous battre pour obtenir ce que nous avons aujourd’hui », explique Heidrun Lind Marteinsdottir, directrice de Fisheries Iceland, principale organisation patronale du secteur.

Un partenaire de premier plan de l’UE

L’Islande ne tourne pas le dos à l’Europe pour autant. Le pays reste pleinement intégré au marché unique via l’Espace économique européen (EEE) et fait partie de l’espace Schengen. Cela lui permet de bénéficier de la libre circulation des biens, des services et des personnes tout en préservant sa souveraineté sur son secteur de la pêche. La Commission européenne rappelle que l’Islande restait l’un de ses partenaires les plus proches et les plus fiables dans l’Atlantique Nord.

  • Les Islandais ont refusé à 52,8 % de rouvrir les négociations d’adhésion à l’UE pour protéger leur secteur de la pêche et leurs ressources naturelles.
  • Ce vote s’appuie sur le souvenir des guerres de la morue (1958-1976), lorsque l’Islande a affronté le Royaume-Uni pour obtenir la souveraineté sur ses eaux.
  • L’Islande ne tourne pas le dos à l’Europe pour autant et reste un partenaire privilégié.

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