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Le « Hum » : ce bruit mystérieux qui empêche des milliers de personnes de dormir

Il a des allures de légende urbaine, mais cet étrange son existe bel et bien… et personne ne sait l’expliquer.

C’est un son que tout le monde n’entend pas, mais qui empoisonne la vie de ceux qui y sont sensibles. Un grondement persistant, qui s’installe vers la fin de soirée et se poursuit toute la nuit. Nos confrères du Parisien y ont même consacré un long article en date du 29 août, dans lequel ils ont pu recueillir plusieurs témoignages de personnes concernées. La première, une certaine Annie Pizzanelli a même été contrainte de déménager tant ce bruit la dérangeait. Elle l’a entendu pour la première fois en janvier 2024 : « J’ai été réveillé par un bruit de moteur qui ne s’arrêtait pas. Ça commence vers 23 heures et ça dure toute la nuit ». Pour elle comme pour de nombreuses personnes, ce bruit est devenu son cauchemar.

Ce phénomène, connu sous le nom de « Hum », a été documenté depuis les années 1970 en Angleterre, observé aussi au Canada, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. Il intrigue premièrement parce qu’il ne touche qu’une minorité de la population, tandis que d’autres ne semblent pas affectés. Dans une même rue, certains habitants décrivent un « bourdonnement », quand leurs voisins n’entendent absolument rien. Que savons-nous vraiment à propos de ce « Hum » ? S’il est connu depuis plus de 50 ans, nous devrions forcément avoir un début d’explication, non ?

Un son réel, mais indétectable

Le son est une vibration qui se propage dans l’air, et à ce titre, il devrait être mesurable. Pourtant, c’est l’un des aspects les plus déconcertants du « Hum » : il échappe aux outils de mesure classiques. Des sonomètres ont néanmoins été installés pendant plusieurs semaines, dans les zones les plus touchées d’Angleterre ou des États-Unis. Rien ou presque (occasionnellement, les instruments réagissaient) ne s’affichait sur les courbes, alors que des habitants, interrogés sur le sujet, décrivaient tous le même bruit.

Pour les acousticiens, cette contradiction n’est pas la preuve absolue que le bruit est imaginaire ou que les personnes hallucinent. Elle sous-entend plutôt qu’il se situe dans la zone des infrasons, des vibrations extrêmement basses (entre 0 Hz et 16 à 20 Hz) que l’oreille humaine perçoit très rarement. Leur particularité est se propager sur de très longues distances, parfois sur plusieurs kilomètres, et de traverser sans difficulté les murs, les sols ou les vitres des bâtiments.

Lorsque les infrasons voyagent, ils ne le font pas de manière uniforme, en ligne droite. Un sol rocheux peut servir de caisse de résonance, une vallée comme une enceinte qui va l’amplifier, ou une couche d’air froid plaquée au sol peut piéger ces basses fréquences et les faire rebondir sur des kilomètres. Des conditions qui compliquent grandement leur détection par les instruments, mais qui, pour une oreille sensible, transforment ces fréquences en grondement obsédant et en vraie nuisance pour le sommeil.

Ces infrasons, de nombreuses infrastructures en produisent en continu : ventilations industrielles, transformateurs électriques, réseaux de pompage, circulation maritime ou ferroviaire. La littérature scientifique a montré qu’ils pouvaient aussi provoquer des sensations physiques, comme une pression diffuse dans la cage thoracique ou des palpitations.

Les chercheurs notent un autre élément : dans une même rue, certains habitants se plaignent d’un bourdonnement lancinant, alors que leurs voisins affirment ne rien percevoir. Dans un même foyer, il arrive même qu’une personne soit tenue éveillée toute la nuit, tandis que les autres dorment paisiblement. Déroutant.

Le Parisien rappelle que plusieurs études ont avancé l’hypothèse d’une particularité physiologique : seule une petite portion de la population serait capable de percevoir ces basses fréquences. Ce n’est donc pas que le bruit n’existe pas, mais qu’il n’est pas audible par tous.

À l’échelle mondiale, cette fraction de population prend nécessairement une toute autre ampleur. À tel point qu’un certain Dr. MacPherson a ouvert un site (The World Hum Map and Database Project) répertoriant sur une carte les cas de « Hum » rapportées par les personnes touchées (voir ci-dessous).

The World Hum Map
Dans l’ensemble, la carte montre que le « Hum » semble se concentrer là où la densité de population est forte et les infrastructures industrielles importantes. © The World Hum Map Project

Le « Hum », un mystère aux causes multiples

Reste que ce bruit ne peut être attribué à une unique cause. Des témoignages ont émergés en plusieurs endroits du monde (Royaume-Uni, Irlande, États-Unis, Irlande du Nord, etc.). Les ingénieurs avaient bien identifié la présence de basses fréquences émises par des sites industriels proches. Mais ce constat n’a jamais suffi à résoudre cette énigme tenace : certains habitants directement exposés ne percevaient rien, tandis que d’autres, parfois éloignés, continuaient de décrire le même grondement.

Une autre piste évoquée par les chercheurs est d’ordre neurologique. Le « Hum » pourrait ressembler à une forme particulière d’acouphène, mais déclenchée par un stimulus externe très faible. Si l’on en croit cette hypothèse, le bruit existe bel et bien, mais il est si voilé qu’il passe inaperçu pour la majorité. Chez certaines personnes, au contraire, le cerveau l’amplifie jusqu’à en faire un « vrai » son.

Un phénomène déjà connu en médecine ORL : certains acouphènes naissent d’un bruit de fond réel (ventilateur, conduit d’aération, etc.), que le système auditif transforme ensuite en son omniprésent.

À cela s’ajoute une dimension psychologique, impossible à ignorer dans le cas du « Hum ». Imaginez être le ou la seul(e), dans un foyer ou un quartier, à percevoir un bruit que personne ne reconnaît. Quoi de plus angoissant ? Beaucoup de témoins décrivent par conséquent un sentiment d’isolement, renforcé par les nuits blanches successives. La privation de sommeil accentuant encore la sensibilité au son, les personnes concernées sont ainsi piégées dans un cercle vicieux, avec de fortes répercussions sur la santé mentale et physique.

Insomnies chroniques, irritabilité, baisse des performances cognitives, troubles de la mémoire, augmentation du risque de développer des maladies cardio-vasculaires : voilà ce que risquent les personnes touchées.

Comment expliquer l’existence de ce bruit ? L’hypothèse la plus réaliste, avec les informations dont nous disposons, est celle d’un phénomène multifactoriel. Des sources (industrielles pour la plupart) produisent en continu ces basses fréquences, la géographie et les conditions atmosphériques les amplifient, et une minorité de personnes y est biologiquement sensible. Peut-être est-il le signe d’une pollution sonore généralisée que nous n’avons pas encore réussi à entièrement cartographier ? Il faudra que la recherche croise encore de nombreuses données (sociales, médicales, acoustiques) pour comprendre la souffrance des personnes concernées.

  • Un grondement mystérieux perturbe une partie de la population depuis des décennies, sans qu’aucun instrument de mesure classique ne puisse l’expliquer.
  • Les scientifiques suspectent des infrasons produits par des installations humaines, amplifiés par l’environnement et perceptibles uniquement par certaines personnes.
  • Les conséquences sur la santé des individus concernés sont importantes, mêlant troubles du sommeil, effets physiologiques et isolement psychologique.

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Par : Gouvernement français
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