Lorsqu’on évoque l’intelligence artificielle (IA) générative, des géants américains comme Google, Microsoft, OpenAI ou encore Anthropic viennent tout de suite en tête. Mais les mastodontes technologiques chinois sont eux aussi au front pour dominer ce secteur qui attire toutes les convoitises.
L’enjeu des puces
Car l’intelligence artificielle, au même profit que l’informatique quantique ou les semi-conducteurs, est considérée comme une technologie clé pour l’avenir. Elle est même au cœur de la bataille commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine.
Pour ralentir les efforts de l’Empire du Milieu, la Maison-Blanche a multiplié les mesures visant à limiter l’accès de l’industrie chinoise aux puces américaines de pointe, particulièrement celles de Nvidia. Pour rappel, la firme de Jensen Huang domine allègrement le domaine des accélérateurs d’IA ; il est quasiment obligatoire de se procurer ses produits pour développer des modèles d’IA compétitifs à l’échelle internationale.
Ne souhaitant pas s’asseoir sur de juteuses parts de marché, Nvidia a élaboré un processeur spécifiquement bridé pour la Chine, le H20. Mais l’administration Biden est décidée à mettre des bâtons dans les roues de sa rivale jusqu’au bout. Ce 13 janvier, de nouvelles restrictions ont été annoncées.
Elles imposent, entre autres, des autorisations supplémentaires pour les exportations, réexportations et transferts domestiques des puces concernées, tout en introduisant un plafond sur le nombre de composants que la plupart des nations peuvent acquérir. Pékin a vivement réagi, qualifiant ces mesures de « violation flagrante » des normes commerciales internationales. Et si Donald Trump investira prochainement la présidence des États-Unis, il est probable qu’il poursuive sur la même lancée que son prédécesseur vis-à-vis de la Chine.

Les BATB sur le pied de guerre
Malgré ces difficultés, les entreprises chinoises avancent rapidement sur le terrain de l’IA générative. Contrairement à leurs homologues américaines, elles développent principalement des modèles de langage en open source et légers, afin que les développeurs puissent les télécharger et les développer gratuitement, sans avoir à respecter de strictes exigences en matière de licence.
Alibaba
Sur la plateforme Hugging Face, les modèles chinois sont les plus téléchargés. C’est notamment le cas des itérations de Qwen, élaborées par la branche cloud d’Alibaba, le géant de l’e-commerce en Chine. Ces modèles se distinguent par la diversité de leurs paramètres, qui vont de 1,8 à 72 milliards, et par leurs capacités multimodales : ils peuvent aussi bien traiter des données textuelles, audio et visuelles.
L’entreprise s’est également attelée à renforcer son infrastructure informatique dédiée à l’IA. Elle propose une solution d’accélération capable d’améliorer les modèles d’entraînement jusqu’à 70 % et d’accélérer les inférences par trois, ainsi qu’un moteur de recherche conversationnel destiné aux entreprises.
Baidu
Les autres membres des BATB (Baidu, Alibaba, Tencent, ByteDance, équivalent des GAFA) ne sont pas en reste. Baidu, le Google chinois, a été l’un des premiers à riposter à l’avènement de ChatGPT en présentant son propre modèle de fondation, Ernie. Ce dernier traite désormais 1,5 milliard requêtes d’API par jour, contre 600 millions en août 2024.
Baidu multiplie les initiatives. I-RAG, un générateur texte-vers-image conçu pour résoudre les problèmes d’hallucinations dans les images générées par IA, et Miaoda, un constructeur d’applications sans code exploitant les capacités des grands modèles de langage, en sont le parfait exemple. Apollo Go, sa plateforme de conduite autonome, s’impose comme l’une des plus avancées au monde.
Son écosystème IA comprend aussi la plateforme Qianfan, utilisée par plus de 85 000 entreprises pour développer 190 000 applications d’IA. Avec 20 à 25 % de son budget alloué à la recherche et au dévemoppement, un centre de recherche à 300 millions de dollars dans la Silicon Valley et des collaborations avec des universités chinoises de premier plan, Baidu entend bien se positionner comme un leader mondial du secteur.
Tencent
Le géant du jeu vidéo veut aussi sa part du gâteau, et il n’a pas de quoi rougir. En septembre 2023, il a lancé le grand modèle de langage Hunyuan, puis l’a intégré dans ses différents produits comme WeChat, QQ et Tencent Video, offrant des recommandations personnalisées et des fonctionnalités qui renforcent l’engagement des utilisateurs. Hunyuan a surpassé certains des meilleurs modèles open-source développés aux États-Unis.
Tencent propose aussi une solution dédiée aux professionnels, afin d’accompagner les entreprises dans le développement de modèles adaptés à leurs secteurs. La suite AI Infra, pour sa part, fournit des solutions optimisées pour le développement de modèles à grande échelle, tandis que le service Hunyuan Turbo double l’efficacité de l’entraînement tout en réduisant les coûts d’inférence de 50 %, assure la firme. Ces outils trouvent des applications dans des domaines variés comme la santé, le jeu vidéo , la conduite autonome et la fintech.
Sur le plan technologique, Tencent a réalisé une véritable prouesse : son réseau de calcul haute performance augmente l’efficacité des entraînements d’IA de 20 %, le tout sans dépendre des puces soumises à des restrictions d’exportation par les États-Unis. Ainsi, son réseau Xingmai peut gérer plus de 100 000 GPU par cluster.
ByteDance
La maison mère de TikTok voit les choses en grand. Elle est en effet parvenue à se procurer de nombreux processeurs H20 de Nvidia, tout en augmentant ses capacités informatiques hors de Chine, notamment en Malaisie. Ces efforts s’inscrivent dans une volonté de développer une infrastructure IA robuste et indépendante, portée par des milliards d’investissements.
En parallèle, ByteDance a lancé Doubao, un agent conversationnel ayant séduit 60 millions d’utilisateurs actifs mensuels. L’entreprise mise également sur l’innovation en interne avec l’ambition de créer ses propres accélérateurs d’IA. Cette initiative vise à réduire sa dépendance à Nvidia pour l’entraînement et l’inférence de ses modèles avancés.

Les États-Unis en tête malgré tout
Si ces avancées sont remarquables, les entreprises américaines ont encore un temps d’avance. Cela s’explique en grande partie par leur accès prioritaire aux accélérateurs de Nvidia, mais pas que. Les modèles open source privilégiés par la Chine sont en effet considérés comme en retard d’un an par rapport aux versions fermées. De même, les solutions de sociétés comme Google, Microsoft, et OpenAI sont plus largement adoptées et intégrées à l’échelle mondiale.
Les capacités de calcul américaines sont en outre immenses, avec la construction de supercalculateurs massifs dotés de centaines de milliers de GPU. De quoi, potentiellement, creuser davantage l’écart ? La Chine a aussi son mot à dire. Son marché colossal lui offre des possibilités uniques au monde, tandis que le gouvernement chinois a engagé des investissements importants dans la recherche et le développement de l’IA.
L’enjeu pour les sociétés de l’Empire du Milieu réside dans sa capacité à se mettre la main sur des puces. Le pays doit être en mesure de développer ses propres processeurs d’IA s’il veut espérer concurrencer les États-Unis. Mais la tâche s’annonce ardue, la Maison-Blanche lui bloquant aussi l’accès au matériel permettant de fabriquer des semi-conducteurs de pointe.
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