Ce mercredi 14 décembre pouvait être une date fondamentale dans l’histoire de la conquête spatiale chinoise, mais le grand rendez-vous annoncé n’aura finalement pas lieu. Sur le pas de tir du Jiuquan Satellite Launch Center (JSLC), la fusée Zhuque-2 de la société privée Landspace prenait son envol avec les espoirs de tout un pays.
Si la mission était un simple lancement orbital, comme SpaceX en réalise toutes les 48 heures, l’intérêt de cette mission réside dans les moteurs de la fusée. Zhuque-2 n’est pas un engin ordinaire. La fusée utilise du méthane pour prendre son envol. Jamais encore cet élément n’avait servi.
La Chine ouvre le bal
Sous les yeux de SpaceX et Blue Origin, qui dépense des milliards pour développer cette technologie, la société Landscape, fortement soutenue par l’État chinois a réussi à développer une fusée au méthane. Si ce 14 décembre devait marquer la fin d’une ère, tout ne s’est pas passé comme prévu.
La fusée a bien réussi son envol, mais elle n’a jamais rejoint l’orbite. Lors de la séparation du premier et du deuxième étage, les moteurs latéraux Vernier ont rencontré un problème. Sans ces propulseurs de « navigation », la fusée a fini par changer de trajectoire, rendant la mise en orbite impossible.
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Un échec dans les derniers instants pour Landscape qui essaye d’optimiser ce matin. Les moteurs principaux, responsables de la poussée, ont parfaitement fonctionné. Le méthane si difficile à contrôler en temps normal a été géré d’une main de maître par les ingénieurs de la société.
Des fusées « nouvelle génération »
Aujourd’hui la grande majorité des fusées privées, comme la Falcon 9 de SpaceX, utilisent des carburants mélangeant de l’oxygène liquide avec un kérosène spécialement raffiné pour l’industrie spatiale (RP-1). Cet assemblage permet d’avoir une IPS (impulsion spécifique) assez haute.
Cette donnée sert à mesurer le rendement d’un moteur de fusée. Pour la Falcon 9 de SpaceX, l’ISP est autour des 340 s. À titre de comparaison, la fusée européenne Ariane 5, qui utilise de l’hydrogène liquide à la place du kérosène à une ISP de 431 s.

Lors de son premier vol ce mercredi, Zhuque-2 a obtenu une ISP de 283 s. Avec un développement approfondi sur plusieurs années, cette méthode risque de dépasser les mélanges kérosène-oxygène et pourrait bien rivaliser avec les fusées à hydrogène. En plus de ce gain de puissance, le méthane présente l’avantage d’être beaucoup moins cher que le kérosène RP-1.
Le méthane : le facteur X vers la rentabilité ?
Dans une industrie où la réutilisation est primordiale, le méthane a l’avantage d’être « propre » pour les moteurs. Il ne laisse que peu de déchets derrière lui, facilitant le travail d’entretien. Si son nom est souvent rattaché à un gaz polluant, les fusées au méthane auront un impact environnemental comparable aux autres fusées.
Blue Origin travaille depuis des années sur les moteurs BE-4 qui devraient fonctionner au méthane. De son côté SpaceX ambitionne de faire des moteurs « nouvelle génération » avec les Raptors 2, qui équiperont le Starship. Si leur développement a mis à mal les finances de toute l’entreprise, les propulseurs semblent prêts et SpaceX peut encore concourir au titre de première entreprise ayant rejoint l’orbite avec des moteurs au méthane.
En plus de ces deux sociétés américaines, Rocket Lab et ULA travaillent sur une fusée au méthane. Ces deux projets sont pour le moment un peu plus en retrait.
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