L’histoire commence jeudi 23 janvier 2025. Linagora, une entreprise française, lance en grande pompe Lucie, sa nouvelle intelligence artificielle générative. L’ambition est claire : proposer un modèle français capable de rivaliser avec les géants américains comme ChatGPT. Le projet, soutenu par l’État dans le cadre du programme France 2030, se veut précurseur dans le développement d’une IA « éthique » et « transparente ».
Une IA qui perd ses moyens face aux questions simples
Les premiers utilisateurs découvrent rapidement les limites de Lucie. Sur les réseaux sociaux, les captures d’écran de ses réponses improbables se multiplient. L’IA affirme ainsi que « les œufs de vache, également connus sous le nom d’œufs de poule, sont des œufs comestibles produits par les vaches ». Une confusion zoologique qui aurait fait sourire un élève de maternelle.
Les mathématiques ne sont pas non plus le point fort de Lucie. Face à l’opération simple « 5(3+2) », elle propose d’abord 17 comme résultat. Quand on lui demande d’expliquer son raisonnement, elle change d’avis et arrive à 50. Le summum est atteint lorsqu’un utilisateur l’interroge sur la racine carrée d’une chèvre. Sans sourciller, Lucie répond : « 1». Une démonstration qui remet sérieusement en question sa capacité à servir dans le domaine éducatif, comme initialement prévu.
On peut voir la performance des IA modernes par la capacité à comprendre le second degré, et à déceler des questions absurdes.#Lucie https://t.co/gOwsF18Pd5 pic.twitter.com/vCfq9MaJlG
— Tob Casey (@TobCasey) January 25, 2025
Les ambitions rattrapées par la réalité technique
Cette déconvenue intervient dans un contexte particulier pour la France. Le pays prépare actuellement un sommet mondial sur l’IA, prévu début février 2025 à Paris. L’événement doit réunir des acteurs majeurs du secteur, dont Sam Altman d’OpenAI, et vise à lever 2,5 milliards d’euros pour développer une IA « au service de l’intérêt général ».
Face au tollé, Linagora a rapidement réagi en fermant temporairement l’accès à la plateforme Lucie.chat. L’entreprise reconnaît avoir sous-estimé l’importance des « garde-fous » et admet que le modèle fonctionne encore avec des « réglages minimaux ». « Nous aurions dû informer les utilisateurs de ces limites pour ne pas créer d’attente inutile », concède la société dans son communiqué.
Les développeurs insistent sur le caractère expérimental de cette première version et appellent à « respecter le travail des chercheurs et des ingénieurs qui œuvrent pour développer des systèmes d’IA de confiance ».
Cette mésaventure souligne le défi colossal que représente le développement d’une IA générative performante. Alors que la France cherche à s’imposer dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, l’épisode Lucie rappelle qu’entre les ambitions politiques et la réalité technique, le chemin reste encore long.
Linagora promet de revenir avec une version plus aboutie, notamment pour les cas d’usage éducatifs initialement visés. En attendant, l’entreprise devra gérer les répercussions de ce faux départ sur sa crédibilité et celle du projet France 2030 dans le domaine de l’IA.
- Lucie, première IA générative française open source, ferme après deux jours d’expérimentation suite à des réponses aberrantes
- Le projet, soutenu par l’État et développé par Linagora avec le CNRS, visait à créer une alternative nationale alignée sur les valeurs européennes
- La fermeture intervient à quelques jours d’un sommet mondial sur l’IA à Paris, où la France espère lever 2,5 milliards d’euros pour développer le secteur
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