Passer au contenu

La descente aux enfers des USA : Trump continue sa guerre contre la science

Tous les empires ont une fin ; parfois, ce sont leurs dirigeants eux-mêmes qui sabordent la machine.

Donald Trump n’a jamais aimé les faits ; il les piétine, les maquille ou les nie depuis des années. Avec son projet de budget pour 2026 (consultable sur cette page), il ne fait que confirmer son désamour pour la réalité. Le président républicain s’attaque frontalement à l’infrastructure scientifique des États-Unis et continue à faire plonger son pays dans le chaos. Jamais ce dernier n’aura eu à subir un « plan d’austérité » de cette ampleur, qui n’en est finalement pas réellement un. C’est un acte de sabotage – planqué derrière des justifications technocratiques – auquel les scientifiques s’étaient déjà préparés.

Dans les 163 milliards de dollars de coupes proposées dans les dépenses non militaires, c’est la recherche publique, environnementale, médicale et sociale qui est dans le collimateur. Ce n’est pas l’inefficacité qui est visée ici, mais l’intelligence et la connaissance critique. À travers les coupes budgétaires hallucinantes imposés à ses institutions les plus importantes, c’est une véritable purge intellectuelle qu’organise la Maison-Blanche.

Un programme réactionnaire, construit sur la haine du savoir

« Coupes budgétaires » : une expression bien trop lisse et policée pour décrire le démembrement de l’État scientifique qui a lieu en ce moment même. Le National Institutes of Health (NIH) verrait plusieurs de ses instituts phares purement supprimés ou fusionnés. En première ligne, le National Institute on Minority Health and Health Disparities, ciblé explicitement pour ses « dépenses DEI » (diversité, équité, inclusion), accusé de détourner l’argent public vers des causes dites idéologiques. Comprendre les inégalités et la réalité vécue par une grande partie de la population : intolérable, apparemment.

La nouvelle ligne politique se résume à un slogan : « Make America Healthy Again », dont l’approche semble associée aux vues du militant anti-vaccination Robert F. Kennedy Jr. La recherche serait ainsi recentrée sur les maladies chroniques – une approche individualiste et dépolitisée – aux dépens de toute vision globale ou systémique de la santé. Exit les inégalités, les déterminants sociaux, les enjeux transnationaux : le champ d’étude est rétréci à la seule santé « apolitique »… c’est-à-dire celle qui ne dérange pas le pouvoir.

À la NSF (National Science Foundation), c’est un autre pan de la science américaine qui est liquidé : climat, énergies propres, sciences sociales, sciences économiques ; tout est rayé du budget. Les programmes d’accès à la recherche pour les minorités et les carrières scientifiques issues des milieux défavorisés sont démantelés. Pour un organisme qui était autrefois un phare de la recherche fondamentale, le voilà transformé en vide-grenier idéologique. Pas de place à la nuance ici : il ne faut plus considérer la science comme un espace de progrès collectif, mais comme un instrument strictement au service d’un pouvoir techno-nationaliste.

Le Département de l’Énergie, l’un des rares endroits de l’administration fédérale où science, innovation et compétitivité industrielle travaillaient encore main dans la main sans s’insulter, verrait ses recherches appliquées en énergies renouvelables taillées de 74 %. Est-ce encore une coupe budgétaire ou une remise en route de la guillotine ?

La NASA, elle aussi, se fait violemment étrangler : 500 millions de dollars lui ont déjà été retirés et 53 % de son budget consacré à la recherche a été supprimé. À cela, rajoutons 2.27 milliards de dollars supprimés dans le budget des « sciences spatiales », ce qui conduira à l’abandon ô combien importante de la mission Mars Sample Return, jugé désormais « inabordable ».

L’Environmental Protection Agency (EPA), de son côté, perdrait plus de la moitié de son budget et 75 % de ses effectifs de recherche. Plus aucun doute n’est possible : l’objectif est de paralyser les agences capables de documenter, alerter ou contester les politiques environnementales du régime. Moins on sait, moins on agit ; moins on agit, mieux on obéit. Doit-on y voir l’émergence d’un nouveau slogan : « Make America Dumb Again » ?

L’Amérique affronte certainement là l’une des pires épurations idéologiques de sa courte existence, et non un « recentrage » comme voudrait le laisser croire Trump. Tout ce qui est annihilé ici, ce sont les disciplines critiques, les recherches sur le climat, sur la société, sur les rapports de pouvoir : tout ce qui, par essence, interroge ou remet en cause l’ordre dominant. Neutraliser la science par la politique, une bataille menée au nom d’un populisme technologique qui préfère l’ignorance à la contradiction.

La décadence programmée sous le masque du patriotisme technologique

On continue le massacre ? Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) verrait son budget amputé de 39 %, avec la suppression de plusieurs centres : lutte contre les maladies chroniques, prévention des blessures, nutrition, obésité, tabac. Le Global Health Center, en charge de la lutte contre le VIH, la tuberculose (dont les cas explosent aux USA) et la surveillance des pandémies, serait démantelé. Ces programmes sont qualifiés de « duplicatifs ou inutiles ». En réalité, ils sont perçus comme trop liés à une approche multilatérale, inclusive ou communautaire de la santé.

La Guerre contre la santé ; comme on pourrait la nommer ; est ouverte. Celle menée contre l’infrastructure de soin, de prévention et de réponse sanitaire. Non pas parce qu’elle est jugée inefficace, mais parce qu’elle représente tout ce que le pouvoir Trumpien exècre : l’idée que la santé est un bien commun, que les maladies ne respectent pas les frontières, et que l’État a une responsabilité envers les plus vulnérables.

Le Département de l’Agriculture (USDA) subirait une réduction de 18 % de son budget (5 milliards de dollars), touchant notamment la recherche climatique et les subventions aux universités. Le financement des stations expérimentales, y compris dans les universités historiquement noires, serait réduit d’un tiers. Même le National Institute of Food and Agriculture perdrait plus de 30 % de ses fonds : apparemment, nourrir sa population est un luxe dont l’Amérique ne peut plus de permettre.

L’US Geological Survey (USGS), chargé de la cartographie, des analyses hydrologiques et de la prévision des risques, perdrait plus d’un tiers de ses financements, avec l’élimination de toute sa division écosystèmes. La priorité affichée devient la « dominance en énergie et minéraux critiques ». Bye bye les oiseaux, bonjour les bulldozers : la nature redevient un stock de ressources à extraire comme à la bonne vieille époque de la conquête de l’Ouest.

La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) verrait disparaître 1,3 milliard de dollars, soit la quasi-totalité de ses crédits dédiés au climat. Les centres régionaux, les satellites et stations d’observation seraient désactivés ou abandonnés. Leurs fonctions ? Prévoir les ouragans, surveiller les océans, documenter le réchauffement. Incompatibles, selon le budget, avec « la compétitivité économique américaine ». Il faut bien une météo favorable aux profits de l’administration, quitte à noyer la réalité sous la marée montante.

Même les agences culturelles et scientifiques les plus modestes  (National Endowment for the Humanities, Institute of Museum and Library Services, Marine Mammal Commission) sont promises à la suppression. Rien n’échappe au grand gommage : ce qui ne produit pas un rendement national immédiat, ce qui ne sert pas le récit de puissance, est aujourd’hui considéré comme parasite.

L’Amérique a donc atteint son zèle néolibéral terminal : elle cible la science, mais également les conditions d’un savoir libre, divers et critique. Comme tant d’empires la précédant, elle ne s’effondrera peut-être pas sous les coups venus de l’extérieur, mais par la propre volonté de cécité de ses dirigeants. En plus de détruire ses ennemis – le carburant de sa croissance depuis que le pays est né – elle détruit aujourd’hui ses penseurs. Déjà barbare par ses guerres, elle le devient de l’intérieur par son agenda politique. Car la chute d’un empire ne commence pas forcément par les invasions : elle commence parfois par le rejet de la connaissance, la peur du doute et la haine des intellectuels brandie au nom de l’ordre.

  • Le budget 2026 de Trump désosse méthodiquement la recherche, la santé publique et l’écologie, en ciblant tout ce qui produit une pensée critique ou collective.
  • Les coupes frappent aussi bien les grandes agences scientifiques que les institutions culturelles, avec une logique de rendement immédiat et de contrôle idéologique.
  • Ce démantèlement ne vise pas l’efficacité, mais l’extinction de toute forme de savoir autonome : un symptôme classique des puissances en déclin.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech