Pete Hegseth, secrétaire à la Défense des États-Unis depuis le second mandat de Donald Trump, a récemment ordonné que les militaires bénéficiant d’une dérogation médicale au rasage ne pourront plus la conserver au-delà d’un an. Passé ce délai, ils devront soit présenter un plan de traitement, soit faire leurs adieux à l’uniforme.
Dans un mémo daté du 20 août et rendu public lundi, l’ancien militaire a rappellé que « le Département doit rester vigilant dans le maintien des standards de présentation qui sous-tendent l’éthos du guerrier ». Barbe ou pas, le soldat doit incarner le cliché du combattant américain, bien rasé, bien coiffé, et manifestement imperméable aux irritations cutanées.
Un poil de trop pour l’armée américaine
Dans l’armée américaine, les commandants ont la possibilité d’accorder des exemptions au rasage pour raisons médicales, la plus fréquente étant la pseudo-folliculite de la barbe (PFB). Une affection cutanée très courante, en particulier chez les hommes à la barbe frisée ou crépue. Elle se traduit par divers symptômes, dont petits boutons, des inflammations et des douleurs, ce qui peut compliquer le rasage.
Par conséquent, elle touche de manière disproportionnée les soldats afro-américains qui peuplent les rangs de l’armée américaine. En réponse à cette problématique, de nombreuses armées mondiales ont dû ajuster leurs règlements interne, afin que les hommes touchés puissent éviter de se raser (ou se raser de près) pour ne pas avoir à subir les effets secondaires de cette irritation du derme. Elles ont notamment mis en place des « profils de rasage » (ou « shaving profiles » en anglais) ou des dérogations médicales pour les soldats diagnostiqués avec une PFB.
Ces dérogations, pouvaient, jusqu’à maintenant, être renouvelées dans la durée sans trop de difficultés. Désormais, tout maintien au-delà d’un an devra être accompagné d’un plan de traitement médical ; sans lui, tout soldat concerné devra quitter l’armée. Le mémo ne précise pas, évidemment, quels traitements sont envisagés ni si le Pentagone compte en assumer le coût un jour.
Le nouveau cadre, appliqué à l’ensemble des services, ne dit rien des cas particuliers comme les forces spéciales, souvent autorisées à porter la barbe en opération pour se fondre dans la population locale, ou les troupes stationnées dans le froid extrême de l’Arctique. Des zones dans lesquelles le simple fait de se raser revient à s’exposer inutilement à des risques médicaux.
« Le standard de présentation fixé par l’armée américaine est d’être rasé de près et soigné dans son apparence », précise le texte. Une ligne de conduite qui ignore superbement les réalités biologiques des soldats noirs, statistiquement plus exposés à la PFB.
Cette injonction au rasage, sous couvert du fameux « éthos », nous laisse facilement un goût assez rance : il n’est en rien un impératif opérationnel. Un diktat esthétique chargé d’arrière-pensées normatives, oui. Présentée comme une simple question de discipline et d’uniformité, elle entérine la norme du soldat modèle à la Rambo, une vision racialisée et historiquement excluante de la virilité militaire.
Au sein de l’armée américaine, la diversité est donc toujours tolérée, tant qu’elle se voit le moins possible. Parler de l’éthique de guerrier pour imposer une esthétique du déni : c’est refuser de protéger la santé de ceux qui ont juré de protéger la nation, un paradoxe éthique difficile à justifier. Où d’autre qu’au pays de l’Oncle Sam peut-on prêcher la liberté, tout en excluant ceux dont la peau refuse de se soumettre au rasoir ? Mais tout va bien, la bannière étoilée continuera de flotter au-dessus d’un système martial dans lequel l’uniforme est plus sacré que celui qui le porte.
- Le Pentagone limite désormais les exemptions médicales au rasage à un an, avant exclusion possible des soldats concernés.
- Cette mesure touche surtout les militaires afro-américains, plus exposés à une affection cutanée liée au rasage.
- Sous prétexte de discipline et d’« éthos », l’armée ordonne une norme esthétique qui invisibilise sa propre diversité.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.