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Les IA, de très mauvais cuistots

Dans les cuisines du futur, l’IA s’invite aux fourneaux. Mais entre recettes farfelues et plagiat culinaire, l’intelligence artificielle est-elle vraiment le chef étoilé de demain ?

L’odeur alléchante d’une pizza tout juste sortie du four envahit les rues de Dubaï. Son secret ? Une recette concoctée par ChatGPT, le célèbre assistant virtuel d’OpenAI. Mélange improbable de poulet shawarma, fromage paneer grillé, herbes Za’atar et sauce tahini, cette création a fait fureur auprès des clients de Dodo Pizza, une chaîne internationale de restaurants. « En tant que chef, je ne mélangerais jamais ces ingrédients sur une pizza, mais malgré tout, l’association de saveurs était étonnamment bonne » explique Spartak Arutyunyan, en charge de la création du menu pour le restaurant.

Mais derrière ce succès inattendu se cache une réalité plus complexe : l’IA est-elle vraiment capable de révolutionner nos assiettes ou n’est-elle qu’un gadget marketing de plus ?

Des chefs virtuels aux papilles défaillantes

Si l’expérience de Dodo Pizza semble prometteuse, elle semble faire figure d’exception dans un océan de ratés culinaires. Venecia Willis, directrice culinaire chez Velvet Taco à Dallas, a, elle aussi, tenté l’aventure IA. Résultat ? Un festival de propositions indigestes, allant du curry rouge au tofu à la noix de coco en passant par l’ananas. « Il y avait des combinaisons vraiment étranges », confie-t-elle, mi-amusée, mi-consternée. Rappelons tout de même qu’au mois de mai, l’IA de Google conseillait de rajouter de la colle sur les pizzas.

Le problème ? Ces intelligences artificielles, aussi sophistiquées soient-elles, ne sont que des perroquets numériques. Elles régurgitent des recettes glanées sur Internet, sans réelle compréhension des subtilités gustatives. « Ce n’est pas de la magie », nous rappelle Emily Bender, professeure de linguistique à l’Université de Washington. « Si ChatGPT peut recracher quelque chose qui ressemble à une recette, c’est parce qu’il y a des recettes présentes sur Internet ».

L’IA en cuisine : entre inspiration et appropriation

Malgré ces limites évidentes, certains professionnels voient en l’IA un outil d’inspiration précieux. « C’est un excellent moyen de sortir d’une impasse créative », explique Venecia Willis. Mais attention à ne pas tomber dans le piège du plagiat involontaire, un des gros problèmes récurrents lorsqu’on parle d’IA. En puisant dans le vaste répertoire culinaire du web, ces assistants virtuels risquent de priver des blogueurs culinaires de leur gagne-pain.

L’avenir de l’IA en cuisine pourrait se dessiner ailleurs. Plutôt que de jouer les (mauvais) chefs étoilés, ces chatbots pourraient se contenter d’un rôle de commis, analysant les tendances culinaires sur les réseaux sociaux ou suggérant des associations d’ingrédients. C’est le pari fait par la chaîne de supermarchés britannique Waitrose, qui utilise l’IA pour repérer les nouvelles modes gastronomiques.

Il est probable qu’un jour, l’IA aura sans doute sa place dans les cuisines. Mais plutôt que de la laisser aux commandes, mieux vaut la cantonner au rôle d’assistant. Car si elle peut nous surprendre avec des combinaisons inattendues, elle ne remplacera jamais le flair d’un vrai chef, ni le plaisir de cuisiner soi-même. Après tout, la gastronomie reste avant tout une affaire de cœur et de papilles… deux ingrédients qui manquent cruellement à nos amies IA un peu binaires.

  • L’IA en cuisine est un succès mitigé, qui varie grandement selon l’utilisation qui en est faite.
  • Ces intelligences artificielles ne font que répéter des informations trouvées sur Internet, sans véritable compréhension des saveurs et des techniques culinaires.
  • L’IA peut tout de même être un outil utile pour les chefs, sans pour autant les remplacer.

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