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Les Sommets du Digital 2019 : ayez confiance !

La quatrième édition des Sommets du Digital vient de fermer ses portes, et il y a été très peu question de… digital.

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Les Sommets du Digital
© Eric Dupin

Après la surenchère technologique, la quête de sens ? Il flottait comme un parfum de rédemption lors de cette quatrième édition des Sommets du Digital, qui s’est tenue cette semaine à Las Clusas, pardon, La Clusaz (ça doit être le syndrome CES). Comme si tous les acteurs présents étaient tombés d’accord sur une question : sommes-nous allés trop loin, et n’est-il pas temps de s’interroger sur le sens réel du progrès technologique s’il ne sert pas d’abord à améliorer le quotidien des hommes sans laisser personne au bord de la route ?

Pourtant, la thématique centrale des Sommets depuis la première édition tourne bien toujours autour des questions liées au digital, à la mutation des entreprises et des organisations vers le numérique, et aux questions que cette évolution ne cesse de poser, y compris dans l’impact qu’elle produit dans nos propres vies. Mais cette année aura probablement marqué un tournant dans la façon d’appréhender le sujet, tant dans la diversité des profils des intervenants que dans les thématiques abordées, et la façon de les traiter.

Je ne vous cacherai pas plus longtemps que je me suis régalé tout au long de ces deux journées (en fait une journée pleine et deux demi-journées) de conférences en tous genres qui m’ont davantage fait penser à une succession de TEDx qu’à un énième égrenage de poncifs sur celui qui a la plus grosse… réussite dans le numérique.

A quoi sert la technologie si elle ne façonne pas un monde meilleur ?

« Bousculer, inspirer, connecter », tels étaient les mots d’ordre de cette édition 2019 haute en couleur (et en tartiflette). Mais il a surtout été question de confiance et d’humain. La mission était accomplie, car parler d’humain dans une conférence qui contient « Digital » dans son en-tête ne peut qu’inspirer, un peu, et bousculer, beaucoup. Plutôt qu’un compte-rendu linéaire en forme d’inventaire, voici un condensé des interventions qui m’ont le plus marqué, bousculé, inspiré.

Dès l’ouverture, le ton était donné avec Marie-Laure Sauty de Chalon, ex-présidente du groupe AuFéminin et actuelle CEO de Factor K, qui nous parlait justement de confiance et de la perte de celle-ci, nous rappelant la défiance des français à l’égard des médias (seulement 38% d’entre eux feraient confiance aux médias) et le fait que l’information n’était plus verticale mais « horizontale et circulaire », ce qui aurait un effet démultiplicateur sur les fake news et autres théories conspirationnistes.

D’inspiration il était justement question avec Pauline Butor de YouTube, qui invitait l’assistance à faire comme Beyonce avec les Tofu Tofu : s’inspirer de ce que l’on trouve sur la plateforme pour créer ses propres contenus (Gad Elmaleh valide cette recette), car YouTube « crée sa propre culture » dont il faut savoir s’approprier le style et les codes. Ce qui m’a permis d’apprendre au passage que l’éducation est l’un des thèmes qui se développent le plus sur YouTube, avec des mouvements comme Study with Me. Quant à l’ASMR qui continue à cartonner, mettant en exergue ce paradoxe d’un format qui privilégie l’audio sur une chaine vidéo, nous vous en avons déjà parlé.

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« C’est Jean-Sébastien Bach qui a créé l’intelligence artificielle »

En tant que passionné de musique, notamment dans ce qu’elle dit d’une époque, et modeste musicien à mes heures, j’attendais avec une grande gourmandise le pitch d’André Manoukian. Je n’ai pas été déçu. Avec sa faconde habituelle, faite de poésie et de punchlines ciselées, la star nous a gratifiés d’une digression exceptionnelle mettant en parallèle le passé et le présent, et pointant la façon dont certaines formes d’accords et de gammes étaient censurées selon les époques et les pouvoirs en place. Et comment le chant choral pouvait être représentatif de la démocratie : des gens différents qui arrivent à s’accorder dans le chaos ambiant. Avec en point d’orgue (si je puis dire) cette affirmation bien moins gratuite qu’il n’y parait : « C’est Jean-Sébastien Bach qui a créé l’intelligence artificielle », ce qui nous rappelle s’il en était besoin les liens de parenté entre musique et mathématiques, et donc algorithmes. Mais l’intervention d’André Manoukian ne s’est pas arrêtée là : non seulement le maestro nous a honorés de quelques notes de piano en toute intimité pendant l’apéritif du premier soir, mais surtout il relevait un défi lancé par les deux animateurs de la conférence, PPC et Jérôme Bonaldi : composer et enregistrer pour le lendemain midi un thème musical original pour les Sommets du Digital, thème qui serait donc voué à devenir son jingle officiel. Allait-il relever le défi ? Réponse plus loin dans cet article.

Du coup l’enchainement se fait tout naturellement avec une autre intervention que j’ai littéralement savourée de la première à la dernière seconde comme on déguste un cru rare et exceptionnel : celle d’Alex Jaffray. Son nom ne vous dit peut-être rien (c’était mon cas), et pourtant en termes de musique le pedigree du garçon est exceptionnel. Fondateur de l’agence START – REC, spécialisée dans l’identité sonore, Alex est producteur et compositeur pour la télévision et le cinéma. Il a travaillé entre autres pour Claude Lelouch, et composé de nombreuses identités sonores de marques, (Citroën, BNP, Veolia, TF1, France 2, BFM…) ainsi que celles de plusieurs programmes comme Scènes de ménages, Stade 2, On n’est pas couché… Sa keynote toute en humour nous a plongés au cœur du processus de création d’une signature sonore, en l’occurrence celle de Citroën, que l’on entend à la fin de toutes les publicités radio de la marque. Un récit absolument passionnant où il est également fortement question d’inspiration dans la contrainte d’un contexte très codé, celui du marketing automobile. S’il y avait eu un rappel à la fin de son show, je crois que les paumes de mes mains s’en souviendraient encore. Mais ce n’est pas tout : le défi lancé à André Manoukian a également été proposé à Alex Jaffray, qui l’a évidemment relevé. Ces deux-là allaient passer une soirée, voire une nuit studieuse…

Instagram mis au défi

Du côté des réseaux sociaux, Julie Pellet d’Instagram France et Laurent Buanec de Twitter nous rappelaient à quel point ces plateformes étaient devenues une sorte de pouls du monde, et comment – avec le fameux exemple de l’œuf devenu le post le plus liké de l’histoire d’Instagram – une idée et le pouvoir d’une communauté peuvent devenir de véritables phénomènes culturels dépassant même le cadre des plateformes. Instagram qui fut également interpelé et mis au défi d’attribuer bénévolement une partie de son espace publicitaire (et il est vaste) à des publicités sociales et environnementales, suite à la présentation très touchante d’Isabel Kurata d’ACT Responsible.

Très belle intervention également de Delphine Groll de Nabla, une startup spécialisée dans le développement de solutions basées sur l’IA auprès des entreprises. Vous connaissez l’intelligence artificielle, mais connaissez-vous les GANs. Non il ne s’agit pas d’une compagnie d’assurance, c’est bien plus sexy que cela. Selon Delphine, « Les GANs – pour Generative Adversarial Networks – sont à l’IA ce que la poésie est au langage ». Pour faire simple, les GANs sont ces algorithmes qui créent eux-mêmes des images hyper réalistes ressemblant à de véritables photos… ou à des portraits en peintures. Ils sont également capables de retoucher dynamiquement des photos pour les faire ressembler à des dessins, à l’instar d’une application comme Prisma par exemple.

Enfin, que serait un Sommet du Digital sans la rituelle et toujours très attendue prestation scénique de Cyrille de Lasteyrie (aka Vinvin pour les intimes ou les nostalgiques). Une fois de plus Cyrille n’a pas déçu, avec cette fois une intervention plus grave mais non dépourvue de saillies humoristiques et politiquement incorrectes comme on les aime, sur le sens que nous devrions donner à notre tropisme pour la technologie, et la façon dont nous devrions essayer de nous unir comme nous savons le faire lors de grands évènements, qu’ils soient joyeux (Coupe du Monde) ou dramatiques (Bataclan).

Il serait difficile, voire quelque peu fastidieux pour vous comme pour moi de mentionner tout ce qui a été dit et vu lors de cette édition, et j’arrive au moment de cet article où j’espère juste ne rien avoir oublié d’essentiel, mais en bref il a aussi été question d’utiliser l’intelligence artificielle en médecine pour passer d’une médecine curative à une médecine préventive, de cesser de gaspiller des ressources pour faire tourner nos machines et objets connectés (il a fallu 70 Ko de données pour aller sur la lune, il en faut autant aujourd’hui juste pour envoyer un email), voire de redistribuer un pourcentage de son chiffre d’affaire à des associations environnementales. Sans oublier la prestation totalement hallucinante du brillantissime mentaliste Julien Labigne, qui a carrément tué la salle en quarante-cinq minutes. J’ai encore du mal à croire ce que j’ai vu et à comprendre comment il fait ça…

Et alors, ce défi du jingle lancé à André Manoukian et Alex Jaffray ? Non seulement il a été relevé, mais les garçons n’ont pas vraiment chômé puisque la proposition de nouvelle signature sonore des Sommets nous a été dévoilé mardi en fin de matinée, dans un reveal tout en suspense qui nous a une fois de plus plongés en immersion dans le processus de création à partir de rien. Le résultat est splendide, presque cinématographique, et pour peu qu’il ait plu à l’équipe organisatrice, il devrait prendre sa place dans la charte de communication de l’évènement pour les prochaines éditions.

Peut-on concilier digital, social et environnemental ? C’est en tout cas ce que les intervenants de cette quatrième édition se sont employés à démontrer de façon plutôt convaincante, avec beaucoup de contenus à forte valeur et très peu de bullshit (même si on n’y échappe pas, notamment quand il est question de se montrer sous son meilleur profil, celui des bonnes intentions). Une conférence définitivement ancrée dans la vraie vie, faite d’expertise et d’expérience(s), de convivialité, le tout teinté d’une pointe d’humour et de beaucoup de bienveillance. Et d’un peu de génépi, aussi.

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