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L’IA selon Trump : une purge idéologique sous couvert d’innovation

L’intelligence artificielle n’est pas censée avoir de morale, mais Donald Trump veut lui en imposer une.

Donald Trump vient tout juste de présenter cette semaine son « AI Action Plan », un document de 28 pages seulement (consultable sur cette page) censé présenter la future stratégie des États-Unis en matière d’intelligence artificielle. Le texte prétend dresser les grandes priorités du pays dans le secteur dans les années à venir.

Envolées patriotiques, slogans sur la « liberté d’innover » : une couche de vernis bien douteuse pour masquer un projet truffé de mesures absurdes, voire franchement dangereuses.

Une IA « objective »… selon Trump

L’AI Action Plan est organisé autour de trois piliers : accélérer l’innovation IA, construire une infrastructure nationale et renforcer l’influence diplomatique américaine. Mais très rapidement, il tourne à la croisade politique, avec des propositions qui flirtent gravement avec la parodie.

L’objectif sous-jacent étant de forcer les développeurs d’IA à aligner leurs modèles sur une vision « neutre », en réalité très orientée politiquement. Le texte exige notamment que les entreprises qui conçoivent des grands modèles de langage (LLMs) ne puissent plus collaborer avec le gouvernement fédéral, à moins qu’elles ne garantissent que leurs IA soient « objectives et exemptes de biais idéologique imposé d’en haut ».

Bien sûr, le plan en question ne définit pas qui détermine ce qu’est un biais, ou selon quelle idéologie cette fameuse objectivité doit-elle être mesurée. Cela revient donc, indirectement, à sanctionner les modèles accusés de trop refléter des principes progressistes comme la lutte contre les discriminations, la diversité culturelle, ou la reconnaissance des inégalités systémiques.

Certaines consignes sont dignes d’un nettoyage sémantique, puisque le texte ordonne de supprimer les termes « diversité », « équité », « inclusion » et « réchauffement climatique » des lignes directrices fédérales de gestion des risques liés à l’IA.

Une IA militarisée, dérégulée, mais sous emprise idéologique

Après avoir défini ce que doit (ou ne doit plus) dire une intelligence artificielle, l’AI Action Plan s’attaque à la manière dont l’État fédéral doit en accélérer la diffusion. Le plan propose de démanteler les protections réglementaires, notamment en privant de fonds les États qui décideraient d’imposer leurs propres lois sur l’IA. Il ressuscite au passage un ancien projet de loi visant à interdire toute législation locale jugée « contraignante » : un vieux rêve républicain.

« Les États-Unis doivent instaurer une culture du “droit à l’essai” pour l’IA à tous les niveaux de l’économie ». Tester d’abord, réguler plus tard : retour au temps du Far West !

Une politique de dérégulation assumée, qui s’étend jusqu’à la construction de data centers et d’usines de semi-conducteurs. Le texte appelle à lever toutes les restrictions environnementales, à étendre le réseau électrique pour accueillir les « industries énergivores du futur », et à accélérer les permis de construire pour toute infrastructure liée à l’IA. Le ton est donné.

Les gouvernements fédéraux sont invités à adopter le plus rapidement possible des outils d’IA, notamment dans les forces armées. L’AI Action Plan défend une intégration « agressive » de ces technologies dans tous les pans de l’administration, y compris dans la Défense, au nom de la compétitivité et de la sécurité nationale.

Pour ceux qui s’inquiéteraient des potentiels bouleversements économiques, moraux ou sociaux que pourrait engendrer l’IA telle qu’elle est souhaitée, omniprésente et incontrôlée ? Le plan leur répond avec une pirouette : il suffira de « former rapidement les travailleurs à prospérer dans une économie dopée à l’IA », comme si cela suffirait à compenser l’automatisation, la précarisation de certains métiers ou les dilemmes éthiques posés par l’usage militaire ou sécuritaire de ces technologies.

Après avoir fait de la science une arme au service du pouvoir, c’est donc au tour de l’IA d’y passer. Cette technologie qui devrait être, dans le meilleur des cas, mise au service du bien commun et du savoir, se voit ainsi assignée à résidence : celle du dogme ultranationaliste et libéral. On peut ne pas s’en étonner au vu de l’homme aux manettes du pays, mais cela n’absout en rien la violence d’un tel projet, qui consiste à légitimer l’ignorance comme fondement politique.

  • Donald Trump veut imposer une vision idéologique de l’intelligence artificielle en censurant certaines notions comme la diversité ou le climat.
  • Son plan propose de démanteler toute régulation locale et de généraliser l’IA, y compris dans l’armée, sans garde-fous clairs.
  • Sous couvert d’innovation, le texte oriente la technologie vers une finalité politique, excluant toute conception pluraliste ou éthique.

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