Meta, depuis deux ans, tente à tout prix de banaliser ses lunettes connectées (les Ray-Ban Meta) malgré les désagréments évidents de confidentialité qu’elles traînent avec elles. Si on les compare au dernier projet de cette start-up américaine, elles passeraient presque pour un modèle de vertu tant celui-ci sent le rance.
Cette start-up, c’est Halo ; elle a été fondée par deux étudiants de Harvard ayant quitté l’université et se sont lancé dans l’entrepreneuriat. Leur idée ? Les Halo X, des lunettes qui peuvent « enregistrer littéralement toute votre vie » pour nourrir une IA censée vous rendre plus intelligent. Elles captent et retranscrivent l’intégralité des conversations sans prévenir les interlocuteurs qui y participent. Les données sont ensuite envoyées dans le cloud, où des modèles d’IA comme Gemini ou Perplexity les analysent pour produire des résumés ou des réponses en temps réel.
Grâce à cette « mémoire infinie », l’utilisateur peut demander : « avec qui ai-je parlé vendredi ? » ou « que m’a dit ce client la semaine dernière ? ». L’appareil se veut donc à la fois boîte noire de votre quotidien et assistant cognitif, placé en permanence sur votre nez. Ses inventeurs les mettent en avant en invoquant le principe du « vibe thinking », un slogan marketing pour exprimer qu’il vaut mieux sous-traiter son cerveau puisque l’IA et la machine sont censés faire mieux.
Le panoptique 3.0
Sur les réseaux sociaux, les Halo X ont déjà provoqué leur lot de réactions. L’autrice Mary Gillis a résumé son sentiment à propos de celles-ci en citant le philosophe Michel Foucault. : « Avez-vous déjà lu la description du panoptique, cette prison où un seul gardien peut voir tous les prisonniers sans qu’ils sachent s’ils sont observés, et vous êtes dit : j’aimerais bien porter ça sur mon visage ? »
Le concept de panoptique a été popularisé au XVIIIᵉ siècle par Jeremy Bentham et repris plus tard par le philosophe français. Comprenez-le ainsi : vous ne savez jamais si on vous surveille, donc vous finissez par vous auto-discipliner. Avec les Halo X, inutile d’être en prison : vous vous collez vous-même la caméra sur le nez, c’est plus commode, et en plus vous êtes consentant !
Les Halo X n’ont pas de témoin lumineux indiquant qu’elles enregistrent contrairement aux Ray-Ban de Meta. D’où le jugement lapidaire de l’avocate spécialisée en protection des données Whitney Merill : « Les gens ne veulent pas de ça. Vouloir ça n’est pas normal. C’est bizarre. »
Halo revendique même ce caractère intrusif ; nous en voulons pour preuve cet extrait d’interview d’AnhPhu Nguyen, l’un des deux fondateurs de la start-up. « Ce qui nous distingue des autres lunettes connectées, comme les Ray-Ban de Meta, c’est que nous, nous voulons enregistrer absolument toute votre vie. Nous pensons que ça donnera bien plus de puissance à l’IA pour vous assister » a-t-il expliqué au média Futurism.
Traduisons-le autrement : l’abandon de toute notion de vie privée est la condition sine qua non si vous souhaitez bénéficier d’un cerveau augmenté.
Un gadget condamné avant même d’exister ?
En revanche, aucune information n’a réellement été donnée par Halo qui pourrait nous aider à répondre à cette question : est-ce seulement faisable ? Comment des lunettes aussi petites pourraient-elles stocker ou transmettre en permanence des téraoctets de données, rester connectées aux IA du cloud et délivrer des réponses en temps réel sans que la batterie ne rende l’âme au bout d’une heure ?
Le cimetière des wearables étant déjà bien garni de promesses intenables et de joujoux inutiles (rappelez-vous du désastreux AI Pin de Human), il est normal de douter. Il est aussi normal que de suspecter que ces Halo X finissent, elles aussi, par avoir une tombe qui les attend dans ce même cimetière.
À l’inverse, nous allons faire comme si les Halo X allaient connaître un immense succès. Quand bien même elles fonctionneraient correctement, un tel type d’objet représente un danger cognitif ; ce n’est pas comme si nous n’étions pas au courant. Chercheurs et spécialistes de divers horizons martèlent, depuis l’avènement de ChatGPT, que la délégation de sa réflexion ou de sa mémoire à une machine finit irrémédiablement par affaiblir notre esprit.
À trop externaliser nos capacités intellectuelles vers des outils automatisés, la dépendance guette, notre esprit critique en prend un coup et nous sommes moins aptes à résoudre des problèmes. La mémoire infinie qu’offrirait les Halo X (encore une fois, si elles fonctionnaient) n’augmenterait en aucun cas notre intelligence, mais l’atrophierait. Comme un muscle que l’on ne veut plus utiliser.
Pour le moment, les Halo X n’existent pas, mais la franchise sordide de leurs créateurs est bien réelle : l’audace obscène de vouloir tuer la confidentialité et de présenter cela comme une avancée. Leur paire de lunettes n’est, pour l’instant, que du vent, mais l’idéologie sous laquelle elles sont présentées, est, en revanche, pleinement assumée. Celle de l’acceptation du flicage permanent, vendu comme un gadget désirable.
- Les Halo X sont présentées comme des lunettes capables d’enregistrer et de transcrire en continu les conversations, puis de les analyser via des modèles d’IA connectés au cloud.
- Le système promet une « mémoire illimitée », permettant à l’utilisateur de retrouver à tout moment des informations issues de ses échanges passés.
- Des doutes persistent toutefois sur leur faisabilité : stockage massif, connexion constante et autonomie paraissent difficilement conciliables dans un appareil de cette taille.
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