Passer au contenu

Manchester City peut-il mourir ? Plongée dans un scandale politico-sportif digne d’une série Netflix

Le club historique de Premier League est dans la tourmente. Ses difficultés donnent aussi des sueurs froides au gouvernement britannique.

« Toute la question de la propriété des clubs, et la manière dont le football a évolué au cours des vingt dernières années, est désormais sur la table. Là où circulent des sommes colossales, surgissent des problèmes colossaux. La question est désormais de savoir si Manchester City est devenu “trop grand pour faire faillite”. » David Bernstein, ancien président de Manchester City, ne cache pas son inquiétude suite aux révélations publiées par une commission d’enquête indépendante de la Premier League fin septembre.

Le club de football légendaire est en effet accusé de 115 infractions financières commises entre 2009 et 2018. Il est notamment question de paiements cachés, de faux contrats de sponsoring ou d’entraves à l’enquête.

Concrètement, au fil du temps et pour maintenir son niveau de dépenses, le club a eu besoin que son propriétaire injecte des sommes très importantes, ce qui aurait contrevenu aux nouvelles règles financières initiées par l’UEFA à la fin des années 2000. Selon l’investigation, le club a donc mis au point un mécanisme de financement déguisé en présentant ces apports comme provenant des revenus de sponsoring.

La direction clame depuis son innocence et a indiqué qu’elle fera appel. Quant aux risques encourus, ils sont nombreux : une amende, un retrait de titres, une perte de points qui pourrait dépasser 50 et mener à la relégation, voire une exclusion de la Premier League.

Quand l’argent du Golfe révolutionne le sport

Tout avait pourtant bien commencé en 2008, lorsque le club de Manchester City est racheté par le cheikh Mansour, membre de la famille royale d’Abou Dabi. L’homme investit des montants colossaux dans son équipe et bouleverse la hiérarchie du football britannique grâce à l’achat de joueurs emblématiques. Pour n’en citer que deux parmi tant d’autres, des stars comme Sergio Agüero et Kevin De Bruyne ont beaucoup aidé cette équipe.

Depuis son acquisition, le club a dépensé 4,5 milliards d’euros en transferts, selon les estimations du site spécialisé Transfermarkt, tout en récupérant environ 1,9 milliard d’euros grâce aux ventes (montants ajustés en fonction de l’inflation).

En 18 ans et sans compter les Community Shield (le Trophée des champions anglais), Manchester City a remporté 22 trophées majeurs. On peut notamment rappeler les huit titres de champion d’Angleterre, mais aussi quatre FA Cups, sept League Cups, et une Ligue des champions. Une Coupe du monde des clubs et une Supercoupe de l’UEFA complètent ce palmarès incroyable pour une équipe qui était plutôt habituée à la défaite qu’aux triomphes sportifs.

Au niveau local, cette arrivée de capitaux du Moyen-Orient est par ailleurs une aubaine pour la ville de Manchester, rappelle le Financial Times. Un quartier totalement délaissé de la ville est profondément transformé avec de nouveaux logements, des bureaux et des infrastructures de loisirs construites.

Cette acquisition est enfin un tournant pour le sport au niveau mondial. Peu à peu, l’on s’habitue à voir des États, surtout ceux du Golfe, communiquer en investissant dans des équipes ou des événements. Le Qatar rachètera par la suite le PSG, et organisera la Coupe du monde en 2022, tandis que le Moyen-Orient devient un passage obligé de la saison en Formule 1.

En relations internationales, cette pratique est présentée comme du “soft power” (puissance douce) que les experts définissent comme la capacité d’une nation à influencer indirectement le comportement ou les choix d’autres acteurs par des moyens non coercitifs. Autrement dit, l’idée est d’améliorer l’image et la capacité d’action de régimes autoritaires en leur donnant une image bien plus positive à l’international.

« Le football est très vulnérable »

Suite à la publication du rapport de la commission d’enquête et dans l’attente de potentielles sanctions, cette affaire prend donc très logiquement un tournant politique puisque, au-delà du sportif, deux États sont finalement concernés : les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni. Outre-Manche, les autorités rappellent d’ailleurs que le football britannique dispose d’instances indépendantes et qu’il ne peut intervenir sur ce dossier.

Si les actionnaires n’ont pour l’heure, pas l’intention de vendre Manchester City, ils ont aussi noté la réaction « mitigée » des fans. David Bernstein explique au média britannique :

Il faut se poser la question : les propriétaires souhaitent-ils poursuivre l’aventure ? C’était une excellente opération de communication pour eux, mais aujourd’hui, c’est un désastre.

Le régime d’Abou Dabi pourrait-il choisir de retirer d’autres investissements en représailles si son club venait à être lourdement sanctionné ? D’après un membre du gouvernement britannique, proche des discussions, des répercussions plus larges sont peu probables. Ce dernier précise : « Ce sont des gens sérieux qui comprennent notre système politique. »

Ce dossier va malgré tout largement au-delà du simple sport. Le ballon rond est clairement rattrapé par la réalité du monde en 2026, ce qui fait dire à un haut dirigeant de ce sport : « Je n’ai jamais été aussi pessimiste quant à l’avenir de ce sport. À mon sens, le football est aujourd’hui vulnérable comme il ne l’a jamais été auparavant. »

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech