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Minecraft abrite une bibliothèque cachée où sont conservés des milliers d’articles et de livres censurés par des gouvernements : comment la visiter ?

Lorsque la presse est muselée et les sites d’information inaccessibles aux citoyens, il reste un havre contre lequel la plupart des régimes autoritaires ne peuvent pas lutter : Minecraft, un jeu vendu à 300 millions d’exemplaires, qui héberge une véritable forteresse entièrement dédiée à la liberté de la presse.

Le 12 mars 2020, à l’occasion de la Journée mondiale contre la cybercensure, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a inauguré ce qui nous semble être l’un de ses plus brillants projets : « The Uncensored Library » (« La Bibliothèque non censurée », en français). Une immense bibliothèque numérique construite dans l’univers de Minecraft qui abrite une quantité ahurissante de livres, d’essais, d’articles et d’enquêtes journalistiques censurés dans leurs pays d’origine. Minecraft ne pouvant être bloqué comme les sites d’informations, l’ONG française a exploité la plateforme pour contourner les interdictions gouvernementales et distribuer librement ces contenus censurés.

Elle a été construite par le collectif de design BlockWorks (spécialisé dans l’utilisation de Minecraft) en partenariat avec l’agence DDB Berlin et Media.Monks, une société de production numérique. Résultat d’un chantier titanesque de plus de 250 heures, 24 bâtisseurs issus de 16 pays ont posé un par un les 12,5 millions de blocs nécessaires pour ériger ce splendide édifice de style néo-classique. Posée sur une île, son dôme principal avoisine les 300 m de diamètre et chaque pays choisi par RSF dispose de sa propre aile, contenant de nombreux ouvrages librement consultables sous la forme de livres virtuels in-game. Un magistral pied-de-nez adressé aux autocrates de tout poil !

Minecraft ou le plus grand sanctuaire de la vérité

Au lancement du projet, la bibliothèque couvrait cinq pays : l’Arabie saoudite (où l’on peut notamment lire les textes de Jamal Khashoggi, le journaliste assassiné en 2018 par des agents saoudiens), l’Égypte, le Mexique (avec les travaux du journaliste Javier Valdez), la Russie et le Viêt Nam (dont le blogueur Nguyen Van Dai, condamné à 15 ans de prison). Elle a été ensuite agrandie de plusieurs ailes supplémentaires au fil des années : la Biélorussie et le Brésil en 2021, l’Érythrée en partenariat avec la bibliothèque Dawit Isaak de Malmö, puis l’Iran en 2023.

En mars 2026, une dixième aile a été bâtie, consacrée… aux États-Unis, le soi-disant garant mondial du premier amendement et de la liberté d’expression. RSF a estimé que les pressions exercées par l’administration Trump sur la presse et sur les instances scientifiques nationales justifiaient largement son inclusion.

« Bien souvent, le baillonnement de la presse prend des formes bien plus sournoises que la censure directe », a expliqué Clayton Weimers, directeur exécutif de RSF Amérique du Nord, rappelant que « les régimes pleinement autoritaires n’ont pas le monopole des atteintes à la liberté de la presse ». Effectivement, aucun média n’est strictement censuré outre-Atlantique, mais les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées à un rythme sans précédent dans l’histoire récente du pays.

En février 2025, la Maison-Blanche a bloqué l’accès de l’Associated Press au Bureau Ovale et repris le contrôle du pool présidentiel, un arrangement institutionnel que les journalistes géraient eux-mêmes depuis des décennies. En septembre 2026, Trump est allé plus loin en bannissant CNN, MS NOW et Politico de la Maison-Blanche, qualifiant ces médias d’« ennemis du peuple » ; les trois rédactions ont dû saisir la justice fédérale pour récupérer leurs accréditations.

Dans les écoles des États conservateurs, de nombreux ouvrages sont frappés par la censure et le nombre d’arrestations de journalistes sur le sol national a triplé entre 2023 et 2024 selon Press Freedom Tracker ; RSF a sanctionné ces scandaleuses dérives en rétrogradant les États-Unis au 57e rang mondial de la liberté de la presse en 2025, les plaçant en dessous du Ghana, qui occupait la 52e place. Un pays, rappelons-le, gangréné par la corruption où la police tabasse les journalistes et n’hésite pas à les incarcérer pour les faire taire.

Six ans après son ouverture, le projet The Uncensored Library n’a jamais été aussi vivant : le lieu a enregistré plus d’un million de visites, et depuis 2020 dix millions de lectures ont été répertoriées. Même si la France n’est pas représentée au sein de la bibliothèque (qui sait, peut-être que nous y arriverons bien un jour ; nul acquis n’est éternel) rien ne vous empêche de vous y rendre aussi. Deux options s’offrent à vous : vous connecter au serveur visit.uncensoredlibrary.com dans le mode multijoueur de Minecraft (édition Java uniquement), ou télécharger la carte complète sur le site officiel du projet, dans la section Download située en bas de la page d’accueil, pour l’explorer hors ligne.

  • Minecraft héberge une bibliothèque numérique, The Uncensored Library, contenant des milliers d’articles et livres censurés par des gouvernements.
  • Inaugurée par Reporters sans frontières en 2020, cette bibliothèque est un espace de liberté de la presse accessible à tous.
  • Pour la visiter, connectez-vous au serveur dédié ou téléchargez la carte complète du projet sur le site officiel.

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