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Voici 3 cas effrayants de la nature où les fourmis deviennent des zombies

Si les zombies du cinéma ou du jeu vidéo ont eu leur heure de gloire, jetez un coup d’œil à ces trois parasites et à ce qu’ils infligent à leurs hôtes : vous verrez que la fiction fait parfois pâle figure face aux monstruosités du règne animal.

Le mot « zombie » vient du créole haïtien « zonbi », lui-même issu du kikongo (une langue parlée en Afrique centrale) « zumbi » ou « vumbi », qui a fini par désigner, dans la tradition vaudoue, un individu privé de sa volonté. La culture populaire, d’abord hollywoodienne, s’en est emparée, notamment par les œuvres du réalisateur George A. Romero, qui en a fait un archétype cinématographique. Ses films La Nuit des morts-vivants en 1968, puis Zombie dix ans plus tard, posèrent les bases du zombie occidental moderne. On les retrouve dans une pléthore de jeux vidéo, notamment le mythique Resident Evil (1996) et le genre est arrivé à saturation à partir de la décennie 2010. Les séries, également, avec The Walking Dead (2010), Kingdom (2019–2020), et bien évidemment, The Last of Us (2023), adapté du jeu éponyme, dont le troisième volet serait en préparation.

Le terme « zombie » est également utilisé par les chercheurs spécialisés en parasitologie pour décrire un organisme dont le comportement est intégralement détourné par un parasite au service de sa propre reproduction. Un phénomène très répandu chez les invertébrés, comme les grillons, les escargots ou certaines araignées cavernicoles. Chez les fourmis, il existe au moins une dizaine d’infections parasitaires, mais nous avons décidé de nous concentrer sur trois des cas les mieux étudiés, qui illustrent, parfaitement pourquoi les parasitologues utilisent l’expression « zombification » dans leurs travaux sans l’exagérer.

Le ver mutant qui pirate le cerveau des fourmis

Le premier parasite que nous allons décrire est la douve du foie (Dicrocoelium dendriticum), un ver plat trématode mesurant à peine quelques millimètres, que l’on retrouve principalement en Europe, en Asie et en Afrique. C’est un parasite qui vit et se reproduit dans le système digestif des ruminants domestiques (vaches, chèvres ou moutons), qui expulsent ses œufs par leurs excréments. Mangés par certaines espèces d’escargots, ils éclosent ensuite dans leur estomac pour se transformer en larve, les cercaires, que les escargots expulsent dans des boules de mucus, ingérées à leur tour par une espèce de fourmi (Formica fusca).

Des centaines de larves s’enkystent dans l’abdomen de l’insecte, protégées par une capsule résistante à l’acide gastrique : à ce stade, on les appelle des métacercaires. Seul un d’entre eux, parfois deux, remontera vers son cerveau pour en prendre le contrôle.

À la tombée du jour, quand la température chute, la fourmi infectée quitte la colonie et grimpe au sommet d’un brin d’herbe pour s’accrocher dessus, mandibules serrées, à la merci des herbivores. Si elle n’a pas été mangée au petit matin, le ver cesse d’interférer avec le système nerveux de la fourmi et celle-ci retournera parmi les siennes.

Ce manège se poursuit jusqu’à ce qu’elle soit mangée par un herbivore. À ce moment-là, les métacercaires rejoignent le foie de l’animal : les douves devenues adultes y pondent des œufs qui repartiront dans les excréments, qui seront de nouveau mangés par les escargots, fermant ainsi le cycle parasitaire.

Douve Du Foie
Voici à quoi ressemblent, sans artifice ni coloration, des vers adultes Dicrocoelium dendriticum fraîchement prélevés chez le mouton. © Alan R Walker / CC BY-SA 3.0

Le véritable champignon parasite derrière le fléau de The Last of Us

Notre deuxième parasite n’est pas un ver, mais un champignon entomopathogène, appelé Ophiocordyceps unilateralis. Une espèce qui a inspiré le studio Naughty Dog pour la saga The Last of Us, dans laquelle le champignon Cordyceps a décimé près de 60 % de l’humanité ; les rares qui ont survécu ont été frappés par l’Infection Cérébrale par Cordyceps (ICC) qui les a transformés en cadavres ambulants dont le crâne a été fendu d’immondes excroissances fongiques.

O. unilateralis s’attaque principalement aux fourmis charpentières du genre Camponotus, dans les forêts tropicales humides. On le trouve au Brésil (Camponotus rufipes, Camponotus balzani), en Thaïlande (Camponotus leonardi), et même dans les forêts tempérées du sud-est des États-Unis (Camponotus castaneus), où sa présence a été documentée pour la première fois en Caroline du Sud en 2009. En réalité, Ophiocordyceps unilateralis n’est pas une espèce unique mais un complexe de nombreuses espèces, chacune spécialisée dans une espèce de fourmi.

Pour atteindre son hôte, ce champignon n’a pas grand chose à faire : la fourmi marche sur ses spores, qui se fixent à son exosquelette et parviennent à le percer. Il envahit ensuite son organisme en colonisant ses tissus internes, sans prendre le contrôle de son cerveau, qui reste quasi-intact pendant toute l’infection.

Une fois infectée, son comportement devient erratique : elle quitte la cime des arbres pour descendre sur la litière forestière, et grimpe sur la tige d’une plante pour aller mordre la nervure centrale d’une feuille, toujours à environ 25 centimètres du sol. Une hauteur où la température et l’humidité sont idéales pour le développement du champignon. Les muscles mandibulaires de la fourmi, colonisés par les filaments fongiques, entrent en hypercontraction au point d’être détruits et la fourmi ne pourra plus jamais lâcher la feuille.

Deux à trois jours après la mort de la fourmi, qui a été rongée de l’intérieur par le champignon, un pédoncule fructifère pousse depuis sa tête (voir photo ci-dessous) et libère des spores qui retombent sur le sol en contrebas, où de nouvelles fourmis pourront être contaminées.

Fourmi Infectée
Photo d’une fourmi morte, infectée par Ophiocordyceps unilateralis : l’excroissance fongique que l’on aperçoit poussant depuis son cadavre permettra au champignon de relancer son cycle parasitaire. © David P. Hughes, Maj-Britt Pontoppidan / CC BY 2.5

Un ver à l’effet d’optique mortel

Le troisième parasite est également un ver nématode (Myrmeconema neotropicum), qui ne s’en prend pas non plus aux cerveaux de ses hôtes, mais les change en leurre. Il n’infecte qu’une seule espèce connue : Cephalotes atratus, une grosse fourmi arboricole qui vit dans les régions tropicales d’Amérique centrale et du Sud (Brésil, Pérou, Panama ou Costa Rica, entre autres).

Il a été découvert par hasard en 2005, alors qu’une équipe de deux biologistes étudiait C. atratus dans la canopée panaméenne, quand ils ont remarqué que certaines ouvrières arboraient un abdomen rouge vif. Une couleur anormale pour l’espèce, qui est habituellement d’un noir profond. En réalité, ces fourmis étaient infectées par M. neotropicum, qui n’a été décrit qu’en 2008, soit trois ans après ces premières observations.

Le ver profite des habitudes alimentaires de la fourmi pour se propager à travers le cycle de vie de la colonie. Pour nourrir sa progéniture, C. atratus ramasse des fientes d’oiseau qu’elle ramène à la colonie ; infestées des œufs du nématode, les déjections infectent les larves pendant leur développement.

Une fois qu’elles deviennent adultes, les femelles du nématode arrivent à maturité dans leur abdomen et pondent des œufs en masse jusqu’à le remplir. Les embryons du nématode amincissent la cuticule de la fourmi, et leur couleur ambrée, combinée à la lumière du soleil, donne à l’abdomen l’aspect d’une petite baie rouge éclatante.

La fourmi infectée adopte aussi un comportement inhabituel : elle se déplace hors du nid, abdomen levé vers le ciel. Aux yeux des oiseaux frugivores qui arpentent la canopée, elle n’est plus une fourmi, mais un fruit appétissant, qu’ils viennent gober ; les œufs du parasite sont ensuite évacués dans ses fientes, prêts à être récoltés par d’autres fourmis pour que le cycle recommence.

Myrmeconema Neotropicum
Voilà à quoi ressemble la fourmi, une fois infectée par le champignon : pour les oiseaux, impossible de faire la différence avec un fruit. © George Poinar Jr / Hindawi / CC BY 4.0

C’est donc avec un immense soulagement que nous remercions Dame Nature de n’avoir pondu aucun organisme capable de zombifier un être humain. Certes, de nombreuses espèces peuvent s’attaquer à notre organisme (des protozoaires et des vers en majorité), et certaines s’avèrent très dangereuses, notamment en zones tropicales. Toutefois, en France, nous sommes relativement tranquilles puisque les parasites les plus courants qui peuvent nous infecter sont les oxyures (Enterobius vermicularis), des petits vers intestinaux responsables d’intenses démangeaisons anales fort désagréables, ou le ténia (Taenia saginata), qui provoque quelques troubles digestifs et des nausées. Dans le pire des cas, vous devrez donc vous coltiner une consultation un poil gênante avec un gastro-entérologue : pas de quoi fouetter trois pattes à un canard !

  • Le terme zombie décrit des organismes contrôlés par des parasites, comme les fourmis, qui deviennent des hôtes manipulés.
  • Trois parasites notables incluent un ver qui prend le contrôle du comportement des fourmis, un champignon qui les transforme en réceptacles à spores, et un nématode qui les rend attirantes pour les oiseaux.
  • Ces phénomènes illustrent la complexité des interactions entre parasites et hôtes dans le règne animal.

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