Passer au contenu

Le produit dopant expérimental « Wolverine » circule partout sans aucun contrôle : pourquoi les sportifs amateurs et les malades courent un gros risque ?

C’est une substance qui n’a jamais été approuvée pour un usage humain, interdit par l’Agence mondiale antidopage. Pourtant, il connaît un important regain de popularité outre-Atlantique, un phénomène qui ne manque pas d’inquiéter les autorités sanitaires.

Son nom de code de laboratoire : BPC-157, pour « Body Protection Compound 157 » ; c’est un peptide synthétique dérivé d’une protéine naturellement présente dans notre système intestinal, plus exactement dans nos sucs gastriques. Isolé dans les années 1990, il a démontré, en conditions précliniques (c’est-à-dire uniquement sur des rongeurs, à l’exception de quelques études non contrôlées sur l’être humain) des effets positifs sur la réparation tissulaire. Stimulation de l’activité des fibroblastes (cellules qui fabriquent la matière de nos tissus), synthèse accélérée du collagène, formation de nouveaux vaisseaux sanguins et accélération de la cicatrisation des tendons, muscles, ligaments et muqueuses digestives : des propriétés assez séduisantes pour qu’une communauté grandissante de sportifs s’en empare.

Les réseaux sociaux et les vendeurs de compléments alimentaires en ligne, principalement aux USA, en écoulent de plus en plus, contournant allègrement le fait qu’aucune agence sanitaire au monde ne l’ait approuvé. C’est grâce à une analyse conduite par la firme de données médicales nference, publiée le 15 septembre et relayée par Reuters, que les autorités commencent à comprendre l’ampleur du phénomène. En épluchant plus de 15 millions de dossiers médicaux, les chercheurs ont identifié 1 039 patients dont les médecins avaient consigné l’usage du BPC-157 dans leurs notes.

Un chiffre qui peut sembler dérisoire à l’échelle du territoire américain, mais c’est plutôt sa progression qu’il faut regarder : le nombre d’utilisateurs a été multiplié par 33 entre 2020 et 2026. Sur la même période l’âge moyen des usagers est passé de 55 à 49 ans. Le BPC-157 est souvent associé au TB-500 (un dérivé de la thymosine bêta-4, autre peptide non homologué), un cocktail que les amateurs de musculation surnomment le « Wolverine stack », en référence au personnage de Marvel aux capacités régénératives surhumaines. Au sens réglementaire, il s’agit bien d’un produit dopant interdit en compétition sportive et son essor devrait, selon les auteurs de l’étude récemment déposée sur la plateforme Preprints.org. rapportée par Reuters, « inciter à mener des études prospectives afin de mieux définir l’efficacité et la sécurité du BPC-157 chez l’être humain. »

Bpc 157
Une recherche d’à peine 15 secondes nous aura suffi pour tomber sur ce site commercial autralien, bien qu’il ne soit pas possible de se faire envoyer le produit en France par ce biais. © Aussiepeptidehub

Le BPC-157 : un produit dopant fantôme qui passe sous le nez des médecins

Selon Venky Soundararajan, auteur principal de l’étude, il y a de fortes chances que son usage soit, de plus, sous-estimé : « la plupart des médecins ne demandent probablement même pas à leurs patients s’ils prennent du BPC-157 ». Parmi les 1 039 patients comptabilisés lors des travaux, le motif de la prise n’apparaissait que chez 644 d’entre eux.

Ce qui signifie, que, dans un tiers des cas, les médecins traitants n’avaient même pas jugé nécessaire de préciser les motivations sous-jacentes à la prise du BPC-157, qui se fait principalement par voie orale (17,3 % des patients), injection sous-cutanée (13,6 %), l’injection intramusculaire arrivant en dernière place (1,4%).

Pour ceux dont les raisons étaient documentées, l’étude nous apprend que les patients l’utilisent pour se remettre d’anciennes blessures, accélérer la guérison post-chirurgicale, soulager la douleur ou traiter des troubles digestifs. Il est très facile de s’en procurer auprès de différentes sources : pharmacies préparatrices, vendeurs du marché gris, spas, cliniques, commerces de détail, vendeurs en ligne (voir capture ci-dessus) ou plateformes de télémédecine.

Le problème, c’est que l’on ignore si le BPC-157 a le moindre effet bénéfique, la moitié des patients de l’étude étant déjà chargés d’autres substances : testostérone, corticostéroïdes ou anti-inflammatoires. Impossible, dans ce cas, d’isoler l’effet seul du peptide.

En revanche, côté risques, les données existent : depuis 2021, 10 signalements d’effets indésirables graves sont inscrits dans la base de pharmacovigilance de la FDA (Food and Drug Administration), dont huit cette année. Symptômes neuropsychiatriques, dermatologiques ou gastro-intestinaux.

Certains l’utilisent également en automédication pour soulager des pathologies chroniques, notamment des troubles intestinaux sévères (maladie de Crohn ou ulcères), pour soulager des douleurs articulaires récalcitrantes ou hâter une convalescence un peu trop longue.

Un détournement à risque, puisque nous n’avons aucun recul sur la molécule. L’une des propriétés du BPC-157 étant de stimuler la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (angiogenèse) ; processus qui, en oncologie, est connu pour alimenter la croissance des tumeurs. Un composé pro-angiogénique comme celui-ci administré à un patient porteur d’une tumeur non détectée pourrait, en théorie, accélérer sa progression. Aucun essai clinique ne l’a démontré, mais l’hypothèse est scientifiquement crédible.

Malgré ces signes alarmants, le pouvoir politique en place aux États-Unis ne semble pas s’inquiéter outre-mesure. Sous l’impulsion de Robert Francis Kennedy Jr. (secrétaire à la Santé et aux Services sociaux depuis le deuxième mandat de Donald Trump), amateur de théories du complot et militant antivax notoire, les restrictions entourant le BPC-157 sont en passe d’être levées. En juillet dernier, un comité consultatif de la FDA s’est prononcéà huit voix contre six en faveur de sa réintégration sur la liste des substances autorisées à la préparation en pharmacie, ouvrant potentiellement la voie à sa fabrication sur ordonnance : un feu vert qui ne risque pas d’endiguer sa démocratisation, bien au contraire.

  • Le BPC-157, un peptide non approuvé pour usage humain, connaît une popularité croissante chez les sportifs amateurs aux États-Unis, avec un nombre d’utilisateurs multiplié par 33 entre 2020 et 2026.
  • Malgré des effets secondaires graves signalés et l’absence de preuves d’efficacité, le BPC-157 est facilement accessible en ligne et dans divers commerces.
  • Les autorités sanitaires restent peu préoccupées, et un comité consultatif de la FDA a même recommandé sa réautorisation en pharmacie, ce qui pourrait accélérer sa démocratisation.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

TousAntiCovid
TousAntiCovid
Par : Gouvernement français
4.4 / 5
324,3 k avis