Passer au contenu

NVIDIA perd du terrain en Chine : son PDG accuse la politique américaine d’avoir dopé la tech locale

Le boomerang des sanctions américaines est revenu à pleine vitesse et c’est NVIDIA qui ramasse.

Lors d’une conférence de presse organisée en marge du Computex de Taipei, Jensen Huang, le patron de NVIDIA a tiré à boulets rouges sur la stratégie américaine de contrôle des exportations technologiques vers la Chine. Washington voulait mettre un stop à la montée en puissance de l’innovation chinoise dans le secteur de l’IA, mais c’est complètement raté. C’est même l’effet inverse qui s’est produit. « Il y a quatre ans, NVIDIA détenait 95 % de parts de marché en Chine. Aujourd’hui, ce n’est plus que 50 %. Le reste, c’est de la technologie locale », a affirmé Huang.

De son point de vue, les entreprises chinoises, menées par Huawei – qui a largement profité de la situation – auraient rebondi sur ces restrictions pour mobiliser leur écosystème et bâtir leurs propres alternatives. « Ils utiliseront leurs propres puces. Elles seront peut-être moins performantes, mais ils les utiliseront ». Comme c’est le cas pour Tesla, la politique commerciale menée par Trump met des bâtons dans les roues de ses propres champions.

Des sanctions qui se retournent contre leurs auteurs

Depuis 2019, les États-Unis multiplient les restrictions sur l’exportation de puces IA vers la Chine, espérant ainsi freiner ses avancées dans des domaines jugés sensibles (traitement massif de données, modélisation d’IA génératives, ou développement d’applications militaires). En ciblant NVIDIA, reine absolue des GPU dédiées à l’IA, Washington pensait certainement bien faire en jouant les douaniers de la Silicon Valley.

Huang, lui, ne voit pas la situation du même œil. Les entreprises chinoises, forcées de contourner les sanctions, se sont réorganisées à marche forcée. Huawei a mis les bouchées doubles sur sa gamme de GPU Ascend, spécialement conçus pour tenir tête à NVIDIA. Les deux géants que sont Tencent et Alibaba ont redirigé leurs investissements vers des solutions nationales, délaissant progressivement les fournisseurs américains.

Un repli fortement encouragé par Pékin : subventions à la pelle, commandes publiques et protection du marché intérieur. La dépendance technologique à l’égard des États-Unis devra être – au plus vite si possible – un mauvais souvenir. Washington a joué, à ses dépens, le rôle de catalyseur à la souveraineté chinoise : l’arroseur arrosé.

Une régulation « fondamentalement erronée »

Si l’on met de côté ces mesures économiques, Huang n’a pas hésité à tacler ailleurs. Dans son viseur : l’AI Diffusion Rule, une régulation portée par l’administration Biden, censée encadrer encore plus strictement la diffusion de puces IA destinées aux centres de données. Cette règle, qui devait entrer en vigueur mi-mai, prévoyait un système de licences à trois niveaux : une complexité que le patron de NVIDIA juge complètement contre-productive.

« Les hypothèses à l’origine de cette règle sont fondamentalement fausses », tranche-t-il. Pour Huang, restreindre l’accès à la technologie ne fait que fragiliser le tissu économique américain lui-même. Sa recommandation est claire : il faudrait au contraire « maximiser la diffusion », accélérer l’adoption, et investir dans l’écosystème national plutôt que tenter de le verrouiller.

Le message semble avoir été entendu, partiellement, tout du moins : ce mois-ci, Trump a annoncé qu’il renonçait à mettre en œuvre l’AI Diffusion Rule tel qu’il se présente actuellement. Une nouvelle version, encore en cours de rédaction, est censée préserver la compétitivité des entreprises américaines sans faciliter l’accès des pays adversaires à leurs technologies. Aucun calendrier précis n’a été communiqué, mais un haut responsable a reconnu que la mise en œuvre prendrait du temps.

Mais c’est trop tard, le mal est fait. Il y a un peu plus d’un mois, NVIDIA a dû retirer du marché sa puce « bridée » H20, qui était normalement conçu pour rester dans les clous réglementaires. Son interdiction à l’export a engendré une dépréciation de 5,5 milliards de dollars, inscrite dans les comptes du groupe. Un montant qui correspondait aux stocks de H20, devenus invendables. Depuis, Huang a confirmé qu’aucun nouveau produit de la gamme Hopper (dont la H20 et la H100 font partie) ne serait proposé à la Chine.

Voilà ce que provoque la myopie politico-commerciale du gouvernement Trump, qui empire celle qui touchait celui de Biden. Une stratégie nationale anti-Chine insensée qui fait dévisser le leader du secteur et provoque une guerre économique pensée comme une démonstration de force (le fameux America First) qui se solde aujourd’hui par une perte d’influence doublée d’un recul technologique. Transformer une domination en marché perdu : un exploit qu’aucun président américain n’avait atteint. Chapeau bas !

  • Jensen Huang affirme que les sanctions US ont accéléré le développement des concurrents chinois, au lieu de les freiner.
  • NVIDIA a perdu la moitié de ses parts de marché en Chine et a subi une dépréciation de 5,5 milliards après l’interdiction de sa puce H20.
  • La politique américaine sur les puces IA, jugée inefficace et contre-productive, aurait renforcé la souveraineté technologique de Pékin.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech